La croissance en Afrique : mythe ou réalité ?

Malgré des chiffres impressionnants, la croissance africaine semble bloquée. Quelle est la raison de cette faiblesse ?

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africaines (Sahara) credits Michal Huniewicz (licence creative commons)

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La croissance en Afrique : mythe ou réalité ?

Publié le 19 juin 2015
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Par Jacques Garello.

africaines (Sahara) credits Michal Huniewicz (licence creative commons)
africaines (Sahara) credits Michal Huniewicz (licence creative commons)

Les nouvelles d’Afrique ne sont pas bonnes : les islamistes radicaux occupent un bon tiers des terres, les populations fuient vers l’Europe. L’Afrique du Sud, jusque-là économie pilote, est en stagnation. Pourtant, certains analystes comme ceux de la Banque Africaine d’Investissement (BAI) et de l’OCDE parlent d’une « accélération ». En fait, les perspectives sont moins riantes et l’Afrique n’est pas près d’exploiter ses ressources naturelles. En cause : le contexte politique.

Des rythmes de croissance impressionnants

Les taux de croissance annoncés par la BAI sont impressionnants, surtout si on les compare aux médiocres performances européennes : 4,5 % cette année, après 3,9 en 2014 et 3,5 en 2013. On enregistre des taux supérieurs à 6 % dans plusieurs pays, comme la Cote d’Ivoire (7,9), le Mozambique (7,5), la Tanzanie (7,4) et la Zambie (6,5). Une belle performance est attribuée à la République Démocratique du Congo et au Tchad (avec 9% de croissance du PIB). Mais la palme revient à la Libye avec 14,5 %.

Donc ces chiffres, pour spectaculaires qu’ils soient, n’ont pas en eux une grande valeur : le niveau de PIB est tellement faible que la moindre hausse est considérée comme un grand bond en avant. D’autre part, le passage d’une économie de subsistance à une économie marchande monétisée fait entrer dans les statistiques des régions entières jusque là ignorées de la comptabilité nationale. On comprend le zèle de la BAI, puisque sa mission est d’accompagner le développement africain, mais on ne saurait tenir ces taux pour réalistes voire même fiables.

Des changements réels

Mais la BAI ne fait peut-être qu’anticiper une évolution que d’autres ont perçue, telle la Banque Mondiale ou la CNUCED (Conférence des Nations Unis sur le commerce et le développement). Et des changements réels se sont produits en Afrique depuis plusieurs années. Tout d’abord, les ressources naturelles ont été mieux répertoriées et certaines d’entre elles sont déjà exploitées. Il s’agit des ressources minières, ou forestières, touristiques, mais surtout du pétrole. Nigeria, Angola, Cote d’Ivoire, Gabon abritent des gisements (notamment off shore) considérables et l’Afrique fournit déjà un sixième de la production mondiale de brut.

Un autre changement est l’intérêt des investisseurs pour mener des projets de grande envergure. Les Chinois, après leur incursion en Algérie, sont maintenant partout, construisent les immeubles, les infrastructures, et transforment certains pays en colonies de peuplement. Les Américains, longtemps insensibles au sort de ce continent, commencent à en comprendre les potentialités. Les Français sont toujours là, bien que leur présence politique et militaire en Afrique tropicale et équatoriale les cantonne à des rôles de policiers ou de médecins plutôt que d’entrepreneurs. Seuls le Maroc et à un moindre titre le Gabon, la Côte d’Ivoire et les deux Congo sont en partenariat économique avec la France.

Le fléau politique

Le fléau qui depuis un demi-siècle a empêché les Africains de voir émerger une économie dynamique et stable est toujours le même : c’est le fléau politique. Les « jeunes nations », comme disait François Perroux, le grand fossoyeur de l’Afrique francophone, ont été créées de toutes pièces, à quelques exceptions près (comme le Maroc). La décolonisation a dessiné des frontières artificielles, mêlant des populations très diverses, les traditions et structures tribales ayant survécu à l’administration « à la française ». Les droits de la propriété foncière et de la libre entreprise étaient mal définis et peu respectés. Dans ce contexte, c’est le pouvoir politique qui a pris de l’importance et ce sont des militaires qui ont installé leur loi, en attendant que d’autres militaires les en chassent. À cette instabilité politique s’est ajouté depuis cinq ans au moins le fanatisme religieux, des peuples entiers ont enduré de vrais martyres, comme au Darfour, dans la Corne africaine, et maintenant en Libye et au Sahel.

Dans ces conditions, le capital humain s’est dégradé, il s’est souvent exilé et l’on trouve la jeunesse africaine dans les universités françaises, européennes et de plus en plus américaines.

L’espoir d’une Afrique entrepreneuriale

Si la vie politique se stabilisait, si la liberté et l’État de droit s’installaient en Afrique, nul doute que les jeunes africains, d’une part, les investisseurs étrangers, d’autre part, feraient un pari gagnant sur le développement africain. Seule l’intégration des économies dans le commerce mondial est de nature à faire émerger le potentiel réel de l’Afrique. Pendant un demi-siècle, les pays riches ont cru aider l’Afrique à travers l’aide publique, qui n’a profité qu’aux dictateurs. Le « socialisme helvéto-africain » a sévi pendant tout ce temps. À Bill Clinton qui proposait au Caire une nouvelle voie pour l’Afrique « Trade, not aid », Jacques Chirac avait tout naturellement répondu « Aid, not trade » ! Ce n’est qu’en instaurant la loi du marché et l’investissement privé qu’une génération d’entrepreneurs pourra féconder ce continent ; il en va du développement de l’Afrique comme de la paix dans le monde.

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  • « Le fléau qui depuis un demi-siècle a empêché les Africains de voir émerger une économie dynamique et stable est toujours le même : c’est le fléau politique. »

    Non, non et non : c’est le clanisme et le tribalisme qui empêchent d’avoir des Etats de droit.

  • L’un des problèmes de l’afrique est la démocratie qui n’est pas adapté à la mentalité africaine, les africains doivent inventer un nouveau système démocratique qui soit plus adapté à l’afrique car la démocratie africaine d’aujourd’hui s’est la dictature de la majorité. Or le vote en Afrique est essentiellement ethnique ce qui donne le pouvoir à l’éthnie dominante et créer une frustation chez les ethnies minoritaires. Les occidentaux doivent arrêter d’essayer d’imposer les valeurs occidentales à l’Afrique (droits de l’homme, démocratie,….) et laisser les africains avec leurs propres valeurs.
    Les européens doivent aussi arrêter avec cette attitude d’autoculpabilisation, de se culpabiliser pour l’Afrique. Les européens doivent changer les relations avec l’Afrique et adopter des relations pragmatiques comme le font les chinois

  • Ma vision : j’ai une amie au Togo qui habite à Atakpamé, et je suis allé passé avec ma famille 15 jours chez elle, cela faisait 4 ans qu’on n’y était pas allé.
    Oui il y a une évolution : elle avait la seule maison en dur de son quartier, maintenant il y en a plus de 90 et cela continue à se construire.
    Ils ont organisé un système de ramassage des ordures.
    Elle a fait isoler l’extérieur et plâtrer l’intérieur, certains de ses voisins ont fait de même.
    Il y a des fenêtres et des grillages anti-insectes… Le chef du quartier a fait emmené des points d’eau à chaque maison, certain n’en un qu’un, mon amie, a fait distribuer à l’intérieur pour la cuisine et la salle de bain.
    Les Chinois leur vendent des systèmes des 10 Plaques solaires avec batterie pour 150euros, payable en 24 fois. C’est suffisant pour éclairer la maison la nuit, pour la TV, charger les téléphones et pour les ventilateurs.
    Je lui ai emmené en cadeau : un de ces fours solaires, qui sont vraiment efficaces pour la cuisine du midi et préchauffer celle du soir.
    Je n’aurai pas comme d’autre la prétention de connaître toute l’Afrique, mais j’ai pu voir que dans ce pays
    cela avançait. Lomé reste coquette, et les nana benz (vendenuse exclusive pour l’Afrique, de tissu pour pagne de marque WAX) prospères.
    Dans les marchés, supérettes et chez les les marchands Libanais on trouve presque de tout, à des prix défiants toute concurrence –Il semble ne pas y avoir de taxes- Et dans certaines Librairies on trouve la presse Française –
    Par contre une association venait d’offrir un tracteur, au chef de quartier, quand nous sommes repartis, il était encore en place et le sera dans 150 ans.
    De telles erreurs en 2015 ?? Tout le monde sait que ce sont les femmes qui cultivent et vendent leur production sur le marchés en Afrique… C’est à elle qu’il fallait offrir le tracteur.

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