Hollande : fayot mais mauvais élève européen

contrepoints 953 redoublement François Hollande

Comment le gouvernement Hollande enfume la commission européenne pour tenir encore deux ans…

Par Serge Federbusch.

contrepoints 953 redoublement François HollandeRebsamen, le ministre qui donne deux ans aux Français pour réaliser à quel point ils sont dirigés par un homme d’État d’une envergure interplanétaire, a de nouveau pondu la formule la plus hilarante de la semaine. Face à la forte augmentation du chômage : « Notre politique de l’emploi a permis de limiter les effets de la crise pour de très nombreux Français… il faut accompagner le retour de la croissance en levant les freins au recrutement qui subsistent ». À ce niveau de déni, on peut parler de schizophrénie. La logique rebsamienne voudrait qu’on retire la nationalité française aux chômeurs, le niveau de vie de l’électeur moyen sera alors amélioré.

Ces résultats calamiteux sont pourtant de vrais exploits. Malgré la création massive d’emplois bidons sous le nom d’« avenir » et des consignes strictes de radiation par Pôle emploi, le gouvernement ne parvient pas à trafiquer suffisamment les statistiques pour faire baisser, même en apparence, les chiffres du chômage. Qu’à cela ne tienne ! On créera cent mille jobs artificiels supplémentaires, annonce Rebsamen. Grâce à cette initiative digne des Ateliers nationaux de la Deuxième république, « le prochain mandat (de président) bénéficiera peut-être de la reprise » a osé François Hollande, reprenant l’avantage sur son ministre de l’emploi dans leur concours de petites blagues. Il parlait certainement du second mandat qu’il espère effectuer après avoir convaincu ses concitoyens de ses immenses qualités. Même Rebsamen est dépassé : ce n’est plus de la schizophrénie rampante, c’est un lock-in syndrome politique, une impossibilité de communiquer avec le monde extérieur.

Le coup de massue fiscal et la multiplication des entraves à la création de richesses, dont témoigne cette semaine l’entrée en vigueur de nouveaux textes sur les locations meublées qui vont dissuader les bailleurs de mettre leurs biens en location, ont été telles que l’activité redémarre trop poussivement pour conduire les employeurs à embaucher.

Au même moment ou presque, les mensonges du gouvernement sur l’amélioration de la situation budgétaire sont apparus au grand jour grâce à la Cour des comptes. Valls et consorts n’avaient de cesse, relayés par la plupart des médias, de se réjouir d’un déficit « meilleur que prévu et d’une dépense remarquablement maîtrisée ».

En réalité, le déficit budgétaire de l’État s’accroît d’une année sur l’autre de plus de 10 milliards d’euros et la dépense publique n’est maîtrisée qu’au prix d’expédients, malgré une économie de 1,7 milliard due à des taux d’intérêt exceptionnellement bas. Les manipulations budgétaires atteignent des niveaux inégalés : non prise en compte, pour 3,3 milliards d’euros, de crédits destinés aux investissements d’avenir mais qui sont venus se substituer à des dépenses qui auraient dû être effectuées à partir du budget de l’État, réductions artificielles de dépenses, hausse des reports de crédits de paiement sur 2015 à 2,35 milliards d’euros, soit le montant le plus élevé depuis 2010, dette de l’État vis-à-vis de la Sécurité sociale augmentant de près de 50 % pour atteindre 368 millions d’euros. En résumé, le gouvernement a fait de la cavalerie budgétaire pour enfumer la Commission européenne et justifier un répit électoral de deux ans en éludant les vrais efforts.

Le plus étonnant n’est pas ce brigandage comptable mais le fait qu’à Berlin, Francfort et Bruxelles on fasse semblant de ne pas s’en apercevoir. Pourquoi cette indulgence ? Le cancre Hollande a fayoté auprès de la maîtresse Merkel en se rangeant derrière l’Allemagne pour donner des leçons à la Grèce ou à la Grande-Bretagne. Il était proprement hallucinant de voir le président français tancer Cameron qui vient d’être brillamment réélu et qui affiche une croissance économique et une baisse du chômage à nous faire pâmer d’envie. Les présidents socialistes, ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît.

La solidarité de la gauche européenne passe aussi à la trappe, Hollande lâchant en apparence la Grèce afin que ses propres turpitudes soient pardonnées. Tout cela n’est pourtant que comédie. Les dirigeants européens font les gros yeux mais ils se demandent surtout comment renflouer Tsipras sans donner le mauvais exemple à tous les impécunieux qui ne voudront plus rembourser leurs dettes.

L’Euroland est devenu un empilement de mensonges, de subterfuges et de mauvaise foi. D’où et quand viendra la pichenette finale ? Les hommes ne sont pas maîtres du temps et c’est pour l’oublier qu’ils ont inventé les horloges. Les performances relatives des Anglais ou des Américains sont dues à deux facteurs qui font défaut à la France : une baisse délibérée du taux de change de leurs monnaies et des réformes libérales du marché du travail. La dépréciation de l’euro est trop tardive et trop faible pour doper suffisamment notre économie, elle n’intervient qu’à raison de sa faiblesse et elle est entravée par l’Europe du Nord qui se porte un peu mieux. Quant aux réformes, Valls, qui ne parle d’économie que très rarement pour se protéger des sujets qui fâchent, vient de réaffirmer qu’il ne toucherait pas au contrat de travail à la française. Bref, le marasme va perdurer.

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