Médecine : la France sous la botte de Bruxelles

Les règles édictées par Bruxelles poussent le système français à la ruine.

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défense médecine (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

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Médecine : la France sous la botte de Bruxelles

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 juin 2015
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Par Bernard Kron.

défense médecine  (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)La Grande Bretagne a servi d’exemple pour la loi santé avec le P4P (payement à la performance) en créant le « National Health Service » en 2004, mais elle revient actuellement en arrière.

Ses « general practitioners » (GP), l’équivalent de nos médecins généralistes, recevaient chaque mois une « carotte » pouvant majorer de 25% leurs revenus.

Le coût du dispositif, supérieur à un milliard d’euros par an, est contesté car selon les chercheurs, le P4P peut encourager les mauvaises pratiques. Selon un article du British Medical Journal, certains médecins anglais trichent pour arrondir leurs fins de mois. D’autres délaissent les actes qui ne donnent pas un supplément de rémunération. Les médecins pénalisés par de mauvais scores ou qui se décourageraient pourraient baisser les bras car cette mise sous tension ne motive pas les professionnels. Le gouvernement de Tony Blair a dû faire face à cette déliquescence : échec total ! Les délais pour une intervention n’ont pas été diminués.

Une nouvelle idée a succédé à cet échec : « pourquoi ne pas donner au patient le pouvoir de choisir son médecin, son hôpital ou son opérateur le plus performant ? » C’est ce modèle que le premier ministre David Cameron a renforcé avec, à la clé, l’objectif d’une réduction des coûts de 20 milliards. La France avec la Loi Santé va dans un sens opposé.

En Suède, le système est tout autre ; il est certes public mais régionalisé, avec un taux d’hôpitaux le plus faible de l’OCDE. L’accessibilité aux soins reste cependant médiocre car en Suède, on est bien soigné si on arrive à rencontrer un médecin. Le recours aux urgences a augmenté en dépit de l’augmentation du nombre des centres médicaux.

Aux Pays-Bas, la solution a été plus radicale avec la privatisation de l’assurance maladie. L’assurance est obligatoire, il n’y a pas de sélection et l’assurance est gratuite pour les enfants. Toutefois une franchise a été instaurée pour limiter les abus.

Au Canada, une couverture universelle publique a été instaurée par étapes successives. Les soins sont gratuits mais il faut être inscrit sur la liste d’un médecin qui sert de filtre. Il n’y a pas de co-paiement, pas de franchise, pas de système privé, sauf pour les soins dentaires. Ceux-ci ne sont pas pris en charge car ils sont le domaine exclusif des assureurs privés. La régulation se fait par l’offre car il y a peu de médecins et peu de lits d’hôpitaux, la réduction des lits ayant été draconienne dans les années 1990. Des infirmières cliniciennes participent aux soins car il manque nombre de médecins généralistes, peu attirés par les régions isolées malgré des salaires de 250.000$ (Cf. le film La Grande séduction).

Aux États-Unis, le Medical Care a entraîné une levée de boucliers. Quelques 45 millions de personnes sont pourtant sans assurance maladie ou mal assurées. À l’étranger, les citoyens américains sont souvent confrontés à de longues attentes avant d’obtenir un rendez-vous de spécialiste ou d’accéder à une intervention chirurgicale élective. Même les Américains ayant des revenus supérieurs à la moyenne considèrent qu’il est plus difficile que pour leurs homologues étrangers d’obtenir des soins de nuits ou de week-end. Les États-Unis se classent bons derniers sur presque toutes les mesures d’équité dans la qualité des soins donnés aux citoyens les plus riches et les plus pauvres. Le taux d’erreurs médicales des médecins et des hôpitaux américains est supérieur à celui de leurs homologues des autres pays industrialisés. De plus, l’obésité morbide relève d’un formidable phénomène épidémique. A contrario, les centres hauts de gamme y dominent le pavé mondial par leur technicité et leurs équipements. L’Obamacare a essayé de pallier ces difficultés mais il s’avère être une véritable catastrophe.

En Europe, la situation diffère. La France va à l’encontre de la politique européenne concernant ses médecins. Cette politique européenne est un modèle de mort économique car les salaires et la fiscalité sont trop différents dans les pays ayant subi le rideau de fer ce qui attire nombre de leurs médecins vers l’Hexagone. Cela pèse sur la médecine et rend, pour les pays du Sud, l’accès au soin de plus en plus difficile car nombre de leurs médecins viennent chez en France.

Comment concevoir que nos enfants doivent subir une hyper sélection en première année de médecine alors que nos frontières s’ouvrent largement aux médecins étrangers, attirés par notre niveau de vie ?

La baisse des dépenses publiques est insuffisante : les vraies réformes ne sont pas faites, les économies sont à la marge, tandis que l’on continue d’augmenter les impôts. Le marché transatlantique en négociation avec les États-Unis risquerait, s’il aboutissait, d’aggraver encore cette situation. Cela prouve que vouloir faire l’Europe de la santé est un leurre. L’exception française permet à l’État de ne pas respecter les décisions européennes quand cela l’arrange, comme accepter la fin du monopole de la Sécurité sociale.

La France a imposé au cursus médical le modèle européen avec la réforme du LMD (Licence, Master, Doctorat). Le diplôme de docteur en médecine passait ainsi à bac+8 dès 2006 avec l’internat de spécialité nécessaire pour être médecin généraliste. Nos théoriciens de la santé nous mènent au bord du précipice.

Une question peut-être iconoclaste doit être posée : « ne faudrait-il pas (peut-être) supprimer purement et simplement l’ENA et l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) pour sortir de cette crise qui anémie le corps social et menace l’avenir ? »

En effet, leurs conseillers hantent les ministères et continuent d’être leurs mauvais génies. La situation n’a pas cessé d’empirer avec les ministres successifs de la Santé, Xavier Bertrand, Roseline Bachelot, Nora Berra et Marisol Touraine. Faudra-t-il être « réactionnaire » en réformant les 35 heures qui tuent l’Hôpital et en revenant au système des concours qui étaient l’exception Française ?


Bernard Kron est l’auteur de Chirurgie : chronique d’une mort programmée, paru aux éditions de L’Harmattan.

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  • En France, la P4P (payement à la performance) ou ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) atteint déjà plus de 6000 euros par an en moyenne par médecin adhérent (volontariat particulièrement alléchant à ce niveau). Mais cela réduit l’autonomie du médecin « libéral ». Particulièrement la vaccination antigrippe fait partie des objectifs: qu’importe que le vaccin soit inefficace, voire dangereux!

    • Je ne connais rien à ces nouveaux sigles, mais votre conclusion sur le vaccin anti grippal, que je me suis fait moi-même en son temps et qui comme vous le dites est peut être dangereux.
      Quand on connait le caractère mutant de la grippe cela ne preivent que des grippes existantes, mais pas celle à venir.
      Sur l’évolution de la médecine générale et de sa pratique, il n’y a qu’un seul modèle d’enseignement: l’hôpital, or c’est un lieur d’exception avec ses références mais qui sont beaucoup trop lourdes pour la praqtique quotidienne.
      Les stages chez le praticien devenus obligatoires commencèrent en 1979 de manière facultative. Le premièrs stagiaires volontaires furent excellents car ils avaient un véritable désir de se familiariser à ce monde immense et parfois banal des petits bobos.
      La généralisation des stages n’a rien réglé, car certains voyaient dans cette pratique de boutiquier une offense à leurs prétentions de cette médecine industrielle qu’est l’hôpital.
      Je me souviens que lorsque j’étais à Baltimore chez un confrère, il m’avait fait savoir que le John Hopkins de réputation mondiale était en déficit de patient et de médecin de famille qui font quotidiennement cette tache obscure de soigner des petits bobos.
      Mais il existe aussi un problème économique majeur d’honoraires basés sur la quantité d’actes avec un coup moyen par consultation plus que bas car on arrive à gagne moisn qu’un plombier (noble profession)
      Le massacre de la profession a commencé avec s.Weil qui a multiplié les hopitaux sans calculer le prix de revient.
      La France leader au 19º et début du 20º siècle en medecine est devenue un pays secondaire même s’il reste des spécialistes de renommée mondiale

  • Merci chers confrères pour vos commentaires:
    Les vaccins sont un progrès extraordinaires, mais les politiques par leurs erreurs les font remettre en cause et c’est dommage: deux exemples:
    -La vaccination/Hépatite B
    -La vaccination contre H1N1 malheureusement menée par RB.
    On a la chance en France d’avoir le temps de préparer le vaccin car l’épidémie de grippe se développe en Asie
    Cette année le virus avait muté, d’où la faible efficacité.
    Cordialement
    Lisez dans Chirurgie »Médecins et politiques » p145

    • Continuez à faire la promotion de ces vaccins moisis…

      Le peuple en majorité est plus malin que ça.

      • Si la majorité pense comme vous sur les Vaccins, alors elle n’est pas très maline!

        En espérant que vos enfants n’attrapent pas la polio et surtout qu’ils ne la refilent pas aux miens!

        Ne soyez pas si obtus et n’embarquez pas les autres dans vos certitudes.

        Merci.

        • 1/ expliquez-moi comment attraper la polio dans un pays où elle n’existe plus!
          2/ expliquez-moi comment les vôtres, vaccinés je suppose, pourraient l’attraper, à moins que vous ne pensiez le vaccin inefficace et donc inutile…

          Personne de sensé ne risque de s’embarquer dans vos certitudes!
          Le vaccin polio est néanmoins un acte médical obligatoire en contradiction faisant fi du consentement préalable de l’intéressé…

          • La polio n’existe plus parce que la population a été vaccinée massivement, justement !!!
            Un pays dont la population sera de moins en moins moins vaccinée entrera en contacte avec des populations toujours plus nombreuse qui ne le sont pas. Ca s’appelle la mondialisation.
            Libre à vous de mettre en danger vos proches tant que vous ne participez pas à la diffusion des virus.
            Quand on pense que ceux sont souvent les enfants gâtés de nos pays qui hurlent à la vaccination obligatoire et qui appellent à des dons pour les populations du bout du monde qui tueraient pour être protégés.
            D’où la vaccination obligatoire pour lutter contre les irresponsables…

            • Les irresponsables sont ceux qui généralisent l’utilisation de médicaments non testés comme les nouveaux vaccins.

          • « Le vaccin polio est néanmoins un acte médical obligatoire »

            alors qu’il n’est même plus disponible!

            Que va faire le juge de cette contradiction, c’est là qu’on va juger la Justice!

  • « Le taux d’erreurs médicales des médecins et des hôpitaux américains est supérieur à celui de leurs homologues des autres pays industrialisés. »

    On attaque sur tout et rien au USA alors que ce n’est pas du tout dans la culture française. Combien d’erreurs médicales glissées discrètement sous le tapis en France ?

    Probablement largement de quoi combler l’écart.

    • En France, il est très difficile d’obtenir une indemnisation, qui sera souvent minable.

      De plus il faudra affronter les « experts ».

  • Chez nous aussi la stratégie de la carotte a été mise en place
    Il s’agit de savoir si le rôle du médecin est de soigner des patients ou bien la sécu.
    Si c’est un échec en grande Bretagne ce le sera aussi en France

    Sur quels critères sont établis la notoriété d’un médecin, chirurgien ou médecin.
    Je ne connais pas un médecin, un chirurgien, un obstétricien qui n’ai jamais commis d’erreur … ceux qui s’en vanteraient seraient de fieffés menteurs.
    Je ne vois pas pourquoi ce choix du patient serait générateur d’économies surtout à hauteur de 20 milliards.

    La Suède, je connais bien pour y avoir résidé et y avoir de la famille. Système public lourd et déshumanisé, peu ou pas de dialogue avec un praticien qui change sans arrêt par contre des expériences géniales comme le centre psychiatrique de Järna au sud de Stockholm.

    Au Canada j’ai fréquenté l’hôpital de Sherbrooke . Un enseignement hors pair très pointu dont nous nous sommes inspirés pour la formation de générations de médecins en France : maitrise de stage, stage chez le praticien … et surprise par le niveau de l’exercice médical qui ne me semble pas être à la hauteur et la qualité de l’enseignement. Enormes difficultés de recruter des médecins praticien dans les zones isolées

    Aux Etats Unis un système délirant qui exclue une énorme partie de la population et qui en fin de compte coûte bien plus cher en % de PIB que chez nous pour des résultats ??? Mieux vaut avoir des revenus haut de gamme si vous voulez être correctement soigné.`

    En France le délire schizophrénique est total : Numérus clausus abscons qui ne tient pas compte des tables démographiques de la population médicale et de la population générale. Technocratie envahissante et omniprésente, un ordre hyper conservateur qui bloque toute évolution, des syndicats médicaux qui font concurrence au niveau de la médiocrité avec la CGT ,CFDT … Envahissement de technocrates de tout poil investis de la toute puissance qui décident de tout ce qui me fait dire que la médecine ne devrait plus être enseignée dans nos facs mais à E.N.A.
    La médecine française enseignée à l’E.N.A. et vous verrez fleurir des résultats mirobolants à l’image de tous ces résultats si positifs à tous les niveaux comptes, déficits, efficacité.

    Notre système a besoin de réformes élaborées, pensées, concertées, organisées dans le temps contrairement à toutes ces mesures prises à la hussarde dont on ne peut que constater les effets pervers et délétères

    Mais ce n’est pas à la portée d’un système politique décadent, d’une technocratie ou d’une énarchie hors d’âge

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