Un écart salarial Hommes-Femmes à géométrie variable

Leadership (Crédits Atos, licence Creative commons)

Belgique : confusion autour de l’écart salarial entre les hommes et les femmes. Est-il de 20%… ou de 3,5% ?

Par Alain Borgrave

Leadership management femmes féminisme business (Crédits Atos, licence Creative commons)
Leadership management femmes féminisme business (Crédits Atos, licence Creative commons)

« 2.000€ pour lui, 1.600€ pour elle »
« Vous êtes un femme salariée dans le secteur bancaire, vous gagnez donc par mois 888 € de moins qu’un homme. Partagez ce résultat sur Facebook / Twitter »
« Malgré les lois belges existantes, les femmes gagnent environ 20% de moins que les hommes »

C’est en ces termes éloquents que la Fédération Wallonie-Bruxelles en Belgique communique sur l’écart salarial hommes-femmes, sur un site créé à l’occasion de la journée internationale des femmes, ce 8 mars 2015. Les termes sont éloquents… mais faux. Le site en question, qui porte le nom poétique de « Convertisexe.be« , est tout entier basé sur une différence salariale entre les hommes et les femmes d’environ 20%. Et laisse entendre, pour qui ne lit pas les notes de bas de page, qu’il s’agirait d’une différence à travail égal dont seraient injustement victimes les femmes.

Mais qu’en est-il en réalité ? Le site se base sur des chiffres provenant d’un rapport réalisé en 2014 sur les différences salariales entre les hommes et les femmes. Que dit-il ? D’abord (p. 5) on peut lire que « sur l’ensemble de l’économie belge, une femme gagne en moyenne 10% de moins qu’un homme par heure de travail ». Tiens ! Ici il n’est plus question de 20% mais de 10%. D’où vient alors ce chiffre de 20% ? On le trouve page 6 où l’on apprend que « cette différence s’élève à 22% lorsqu’elle est calculée sur une base annuelle. »

Le chiffre de 22% mélange en réalité, sur une base annuelle, les salaires à temps plein avec ceux à temps partiel. Les femmes travaillant (p. 29) plus souvent à temps partiel (46%) que les hommes (10%), il est facile de comprendre que la différence de 22% illustre le fait que les femmes travaillent en moyenne moins d’heures que les hommes. Notons qu’en Grande-Bretagne, une ministre des Femmes, Harriet Harman, a été remise à l’ordre en 2009 par un organisme de contrôle, l’Autorité britannique des statistiques, pour avoir cité, comme le fait ici le site « Convertisexe.be », des chiffres qui mélangeaient les salaires à temps plein avec ceux à temps partiel. Méthode qui selon cet organisme « risquaient d’embrouiller le grand public » et de « donner une représentation trompeuse du différentiel salarial ».

Mais continuons notre lecture. Nous apprenons p.11 que quand on compare les salaires horaires des temps pleins masculins et féminins, la différence n’est plus que de 7%. Si l’on suit les recommandations de l’Autorité britannique des statistiques, c’est ce chiffre qui devrait servir de base pour parler du différentiel salarial, et pas le chiffre de 20-22% qui en réalité mélange, avec une certaine malhonnêteté, des temps pleins masculins avec des temps partiels féminins. Cela veut-il dire qu’à travail égal, une femme serait payée 7% de moins qu’un homme ? Non, car les 7% ne tiennent compte ni du secteur, ni de l’ancienneté, ni de la fonction, ni de l’expérience. Or les hommes sont sur-représentés dans les secteurs rémunérateurs et/ou risqués, ont en moyenne plus d’ancienneté, plus de responsabilités, etc.

Si l’on tient compte de ces éléments (p. 55), on peut expliquer 50% du différentiel. Ce qui nous laisse au final avec une différence de salaire inexpliquée de 3,5%. Cela veut dire que, dans l’hypothèse où les femmes seraient l’objet d’une discrimination, celle-ci devrait être inférieure ou égale à 3,5%. Soit presque zéro, étant donné que les éléments statistiques explicatifs dont on dispose sont partiels. Et qu’ils n’incluent pas par exemple la pression que représentent les attentes du sexe opposé, selon toute vraisemblance plus importante pour les hommes, qui pourrait expliquer une partie de ces 3,5% résiduels, et globalement leur plus grande implication professionnelle. Au final, si l’on disposait de tous les éléments nécessaires, il n’est pas impossible que l’on arrive à la conclusion que, dans le contexte actuel, ce sont les hommes qui font l’objet d’une discrimination, comme l’a découvert une étude américaine récente qui conclut que pour les candidatures aux postes de professeurs d’université, les femmes sont largement préférées aux hommes.