Transition énergétique : warum ?

Les questions en suspens sur la transition énergétique ne manquent pas. Tour d’horizon de ces interrogations qui devraient amener à repenser cette transition.

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Transition énergétique (Crédits : baerchen57, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

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Transition énergétique : warum ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 mai 2015
- A +

Par Michel Gay [*]

Transition énergétique (Crédits : baerchen57, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Transition énergétique (Crédits : baerchen57, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Dans la recherche d’une transition énergétique en France pour diminuer notre consommation d’énergies fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre, pourquoi («warum ») n’exploite-t-on pas l’expérience de nos voisins allemands qui se sont aussi lancés dans une transition appelée « virage énergétique » (Energiewende) ? Le programme de cette transition allemande prévoit de sortir du nucléaire et de le remplacer par du charbon (essentiellement du lignite, le plus sale des charbons), du gaz, ainsi que par des énergies renouvelables (essentiellement des éoliennes et des panneaux photovoltaïques).

Pourquoi n’évoque-t-on jamais les problèmes de pollution et les coûts faramineux (bientôt insupportables ?) liés à cette Energiewende ? Estimé, il y a deux ans à 30 milliards d’euros par an sur huit ans, soit 2 000 euros par an et par foyer, le coût total de cette transition énergétique allemande est maintenant revu à 1 200 milliards d’euros !

Pourquoi ne dit-on pas que l’Allemagne compte installer 24 GW1 de centrales à gaz et à charbon d’ici 2020 pour compenser l’arrêt du nucléaire ? Elle émet aujourd’hui 9,1 tonnes de CO2 par habitant, à égalité avec la Belgique. En 2020, avec 12 t CO2/habitant, elle rejoindra les Pays-Bas, derrière l’Estonie et le Luxembourg.

Il n’y a pas que l’écologie qui souffre. Les ménages aussi. En 2014, le gouvernement allemand a reconnu que 6,9 millions de ménages vivaient en dessous du seuil de précarité énergétique2. Ces faits sont largement dus à l’Energiewende. Cette année, les consommateurs allemands devront subventionner l’énergie « verte » du montant astronomique approchant les 30 milliards d’euros, en sus de leur facture d’électricité, au nom de « la répartition des charges des énergies renouvelables ». 

Pourquoi des responsables politiques continuent-ils à prendre l’Allemagne comme modèle dans le domaine énergétique ? Les deux premières compagnies d’électricité d’Allemagne (E.ON et RWE) ne se sont pas remises du brusque arrêt des centrales nucléaires ordonné par Angela Merkel en 2011. Le 11 mars 2015, E.ON a présenté une perte record de 3 milliards d’euros pour 2014. Fin 2014, elle s’est scindée en deux pour pouvoir survivre, isolant ainsi les énergies renouvelables de la production conventionnelle (charbon, gaz, hydraulique). Au total, E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall ont supprimé 25 000 emplois ces dernières années3. Les Allemands sont en train de supprimer des emplois bien réels alors que les emplois « virtuels » prévus ne sont pas là. SMA Solar, numéro un de l’énergie solaire en Allemagne, compte supprimer environ 1 600 emplois, soit le tiers de ses effectifs.

Pourquoi, à la lumière de ce qui se passe chez nos voisins, laisse-t-on dire que le développement des énergies renouvelables serait source de centaines de milliers d’emplois dans notre pays ?

Pourquoi dissimule-t-on que, sur les quatre milliards d’euros de déficit d’Areva, 570 millions proviennent d’études et de développement des sources d’énergies renouvelables ?

Pourquoi ne souligne-t-on pas que les sources d’énergie intermittentes (éoliennes et photovoltaïque) nécessitent d’autres sources d’appoint qui prennent le relais en cas d’absence de vent ou de soleil ? Ces sources sont principalement le gaz et le charbon. Plus la part de ces énergies intermittentes va augmenter dans notre « mix » énergétique, et plus nos rejets de CO2 vont croître.

Pourquoi exprime-t-on toujours la puissance de ces sources d’énergies renouvelables en valeurs de « puissance installée » et non de kWh produits ? Leur rendement étant faible, cela permet de « hausser » artificiellement la valeur de la fourniture potentielle d’énergie : 9 120 MW4 en 2014 pour près de 6 000 éoliennes par exemple, donnent un potentiel de production d’électricité d’environ 80 TWh sur une année (8 760 heures) alors que la production réelle n’est que de 18 TWh (de manière variable non pilotée), soit 22% de « facteur de charge », constant depuis des années.

Pourquoi cache-t-on que la justification principale de l’installation de telles sources d’énergie intermittentes et à faible rendement tient dans les subventions dont bénéficient les exploitants contre toute légitimité économique ?

Ainsi, les éoliennes installées en France ont rapporté plus de 1,5 milliard d’euros aux constructeurs de machines, payés par le consommateur et contribuable. En 2015, la facture pourrait se situer autour de 2,5 milliards d’euros uniquement pour les éoliennes en France. Idem pour le photovoltaïque qui perçoit l’essentiel des subventions : le « facteur de charge » en 2014 est de 12%, et il ne changera guère sauf découverte miraculeuse toujours attendue. Cette manne prélevée de façon discrète sur nos factures d’électricité ne bénéficie même pas aux industries de notre pays ! Ces éoliennes et ces panneaux photovoltaïques sont fabriqués à l’étranger.

La France et sept autres pays européens5 (ne comprenant pas l’Allemagne…) ont appelé à une plus grande souplesse des aides publiques accordées à la filière nucléaire dans une lettre ouverte adressée à la Commission européenne. Cette coalition estime que la filière devrait bénéficier de subventions européennes pour la recherche, l’innovation et le financement de nouveaux projets, au même titre que les énergies renouvelables. Ces pays expriment leur souhait de voir l’énergie nucléaire reconsidérée par l’Europe et reconnue enfin comme une énergie décarbonée indispensable à la lutte contre le changement climatique.

Pourquoi les médias tentent-ils de nous faire croire que le nucléaire est fini et que l’avenir est d’imiter les Allemands ? En réalité, 436 réacteurs nucléaires sont en activité dans le monde (380 GW) et il n’y en a jamais eu autant en construction (82 réacteurs en 2014 pour 100 GW, dont 42 en Chine). La France ne devrait-elle pas rester dans cette dynamique industrielle ?

Pourquoi évoque-t-on si peu l’étude de la revue scientifique Environmental Science & Technology (2 avril 2013) qui affirme que l’utilisation de l’énergie nucléaire a permis de sauver 1,84 million de vies de 1971 à 2009. En se fondant sur les scénarios de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), les scientifiques estiment qu’il y aurait entre quatre et sept millions de morts supplémentaires en 40 ans (2010-2050) si l’énergie actuellement produite par le nucléaire était compensée par du charbon. Dans le cas où toute cette énergie serait produite par du gaz naturel, les décès évités iraient de 420 000 à 680 000. La source d’énergie actuellement la plus exploitée au monde reste le charbon sous ses diverses formes.

Pourquoi ne souligne-t-on pas plus que la France est l’un des meilleurs élèves au monde, et donc en Europe, pour les rejets de CO2 avec 5,7 t CO2/habitant ? Seuls deux pays comparables en Europe font légèrement mieux que nous : la Suisse et la Suède dont les sources d’énergie électrogène sont l’hydraulique… et le nucléaire.

Pourquoi quasiment aucune publicité n’est faite par nos médias sur les excellentes performances énergétiques de notre pays ?

En mars 2015, la France vient de se placer au troisième rang des meilleurs systèmes énergétiques mondiaux selon le « Global energy architecture performance index 2015 ». Sans surprise, c’est le poids du nucléaire dans le mix énergétique français qui explique le bon classement de l’Hexagone. Notre pays se situe même au deuxième rang mondial sur le critère de développement durable, derrière la Suède. Les énergies décarbonées représentent 51% de l’énergie primaire utilisée en France, dont 42% liées au nucléaire. Ce taux monte à 90% pour la seule production d’électricité. En 2014, celle-ci provient à 75% du nucléaire, à 11,8% de l’hydraulique, à 2,8% de l’éolien et à 0,7% du solaire photovoltaïque.

Pourquoi faudrait-il cacher l’apport positif de l’énergie nucléaire aussi bien sur le plan économique qu’écologique ?

Pourquoi les politiques de tous bords font les yeux doux aux « Verts » alors qu’ils n’ont obtenu que 2% des voix aux dernières élections présidentielles et départementales ? Près des deux tiers des Français (63%) ont une mauvaise opinion des écologistes6. Les Français ne les trouvent ni « courageux » (54%), ni « sympathiques » (50% contre 46%), ni « proches des préoccupations des Français » (68%), ni « compétents » (64%), ni « crédibles » (68%).

Pourquoi, enfin, n’a-t-on pas suffisamment entendu l’appel suivant7 de plusieurs anciens ministres, dont Robert Badinter, Jean Pierre Chevènement, Alain Juppé et Michel Rocard ?

« Nous appelons solennellement les médias et les femmes et hommes politiques à exiger que les débats publics vraiment ouverts et contradictoires puissent avoir lieu sans être entravés par des minorités bruyantes et, parfois provocantes, voire violentes. Il est indispensable que les scientifiques et ingénieurs puissent s’exprimer et être écoutés dans leur rôle d’expertise. L’existence même de la démocratie est menacée si elle n’est plus capable d’entendre des expertises, même contraires à la pensée dominante. »

Face à l’obscurantisme manœuvrier de quelques écologistes antinucléaires nourris d’idéologie, face à la couardise de certains élus plus soucieux de leur réélection à court terme que de l’intérêt général de la France, il ne reste que l’information du plus grand nombre sur la réalité car, en démocratie, le nombre est une qualité reconnue par les « politiques ».


[*] Inspiré directement du texte « Sag, Warum ? Dis, Pourquoi ? » de Jacques Foos, Professeur Honoraire au Conservatoire National des Arts et Métiers (Sciences et Technologies Nucléaires).

Lire aussi : Notre dossier sur la transition énergétique.

  1. GW = GigaWatt = un milliard de watts. Une centrale nucléaire moyenne représente une puissance de 1 GW.
  2.  Seuil déterminé par un taux d’effort des dépenses en énergie supérieur à 10% des revenus d’un ménage.
  3.  Cité dans la revue Challenges n°414, p. 41
  4.  Source : RTE
  5.  Royaume-Uni, Roumanie, Pologne, République Tchèque, Lituanie, Slovénie et Slovaquie.
  6.  Sondage Odoxa. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1055 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogé par Internet les 2 et 3 avril 2015. Méthode des quotas.
  7.  Libération du 14 octobre 2013.
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  • pourquoi pourquoi pourquoi , que de ‘pourquoi’ alors que la réponse est connu de tout le monde !

    Qui dépense des milliards et Qui reçoit ces milliards est la seule question a se poser pour comprendre cette fumisterie

  • « Pourquoi, enfin, n’a-t-on pas suffisamment entendu l’appel suivant (7) […] ? »

    Parce qu’aujourd’hui, a contrario de ce que prescrivait cet appel, la « pensée dominante » contre qui plus personne ne se manifeste, se doit d’être conforme à celle-ci :

    « 16es Assises – Bordeaux – 2015 »

    « Les ASSISES de l’Energie : Le plus grand rendez-vous des collectivités locales françaises dans le domaine de l’énergie ! »

    http://www.assises-energie.net/fr/16eassises2015/

    On y retrouve, entre autres, monsieur Juppé…

    • nos politiques sont lamentables , pas un pour relever l’autre. et si jamais une tête dépasse elle est immédiatement décapitée en place publique ou est bannie des médias .
      faut dire une chose importante : l’écologie ça paie bien , en son nom il n’est nullement question de parler finance , et pour cause , c’est l’état qui paie et avec plaisir et pas question de songer à l’abus de biens publics , c’est pour une bonne cause , la vie de nos arrière arrière petits enfants en 2100 !

  • Pourquoi ❓ Peut-être à cause des dessous de tables juteux …

  • Surtout « pour qui » ?

    Concernant les énergies renouvelables, la tonte malgré eux de millions de moutons connectés au réseau d’électricité (via la CSPE) produit une laine qui sert à confectionner de confortables vêtements aux constructeurs d’éoliennes (à part le français Vergnet, dommage … ) et de PV, aux financiers et grands groupes qui investissent leur trop plein d’argent dans des parcs éoliens ou photovoltaïques. SER et FEE sont des lobbys bien organisés qui ont réussi à instaurer le rachat obligatoire de la production à un tarif exhorbitant, surtout supérieur au tarif de production d’EDF. Ca arrange aussi les fond de pension qui y investissent et rétribuent leurs actionnaires (retraités anglo-saxons)

    Il faudrait revenir de ce modèle économique loin des lois du marché … mais avec la lobotomie ambiante autour des enr, c’est mal barré … rappelons qu’en France, l’électricité, c’est « seulement » 30% de l’énergie consommée … … pour fonctionner, le bateau France dépend de 20% du gaz, et surtout de 50% du pétrole !

  • Pourquoi : parce que les pays développés ne veulent pas que les pays en voie de développement progressent en utilisant des énergies pas chères comme le charbon et le pétrole ou n’accèdent au nucléaire, histoire de ne pas avoir une concurrence économique trop forte…. alors on mets le climat et les énergies renouvelables en avant pour culpabiliser les gens …..

    • On en revient toujours à la théorie du complot, mais cela évident : l’occident crée et fonde sa richesse en transformant l’énergie en travail (c’est le principe des machines). Si l’Asie entre en concurrence, le prix de l’énergie montent (faiblesse de l’offre) et la valeur de la production mécanisée baisse (abondance de l’offre). L’occident a tout intérêt à inventer de nouvelles sources d’énergies plus chères et plus techniques et à interdire au monde l’usage des anciennes énergies afin de conserver le leadership dans la production de richesses, d’autant qu’il est incapable de concurrencer l’Asie sur les coûts de production.

      Mais ils prennent vraiment les Chinois pour des c… et leurs désirs pour des réalités, et ils sacrifient les pays pauvres en leur interdisant l’accès à l’énergie.

      • c’est pas un complot..c’est un trou noir, vous parlez à des vert friendly..ils sont contre la consommation et la productivité, mais pour la retraite à 60 ans, les 32 heures par semaines, et pour que tout le monde ait un revenu décent…

  • Pourquoi: Parce que l’argent publique attire les requins en tout genre. Et que la farce des EnR est un casino juteux.

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