Le parti conservateur britannique, un exemple pour l’UMP ?

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Analyse de cette machine de guerre électorale renouvelée par David Cameron et qui inspire aujourd’hui l’UMP dans sa refondation.

Par Jan Bediat.
Un article de Trop Libre.

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence Creative Commons)
David Cameron en 2010 (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

En 2010, deux éléments majeurs ont permis à David Cameron de s’imposer : la modernisation de l’image et de la doctrine conservatrice grâce à un recentrage sur les classes moyennes, mais aussi et surtout un parti décentralisé au service de la victoire aux élections législatives. Analyse de cette machine de guerre qui inspire aujourd’hui l’UMP dans sa refondation.

Professionnaliser le parti et faire du siège un lieu incontournable

Depuis un certain nombre d’années, le parti des Tories se professionnalise. Le siège national est organisé autour d’une année de permanents ayant pour objectif de coordonner les trois branches du parti (professionnelle, bénévole et parlementaire) et les sections locales pour gagner les législatives. 1

Au sein du siège national, c’est le Conservative Campaign Headquarters qui structure la campagne. Il coordonne les différents départements du parti. L’un des plus importants est celui de la recherche : il est chargé de réaliser le programme en partenariat avec les think-tanks et les associations de la société civile. Surtout, il offre à des jeunes diplômés la possibilité de faire leurs armes : c’est une rampe de lancement pour prendre des responsabilités au sein du parti.

Cibler toujours plus précisément les électeurs à convaincre

La professionnalisation s’illustre également par le tournant de la communication qu’opère le parti sous l’ère Cameron. Les spin-doctors et les permanents sont de plus en plus recrutés dans le monde de la communication, du marketing et de la publicité2. Le parti conservateur investit également les médias, comme la télévision avec le premier débat réalisé entre les différents leaders des partis en 2010 ; et s’associe dans des relations de proximité avec des quotidiens comme The Sun. Le parti a aussi été le premier à investir Internet par le développement de blogs « indépendants »3 : un réseau de campagne en ligne MyConservatives.com a été créé, tout comme WebCameron sur le site officiel du parti ; des centaines de milliers de mails ont été envoyés à des électeurs potentiels ; des applications ont été créées pour fournir des argumentaires « anti-travaillistes » aux candidats conservateurs et pour appeler les militants à faire voter conservateur lors des élections.

Cette professionnalisation du parti est aussi marquée par le développement d’une nouvelle stratégie de campagne, qui consiste à analyser la carte électorale de façon plus subtile. Elle permet au siège national d’envoyer ses militants vers les circonscriptions susceptibles de faire basculer l’élection, délaissant ainsi celles que le siège juge perdues. Par ailleurs, le porte-à-porte est affiné afin de convaincre en particulier les électeurs indécis. Ces techniques, en partie utilisées par le PS en 2012, devraient arriver à droite, en France pour les élections régionales de décembre 2015, notamment en Ile-de-France sous l’impulsion de Valérie Pécresse.

Décentraliser le parti pour s’appuyer sur une armée de militants 

Les militants s’engagent au sein de sections locales tournées vers la conquête des circonscriptions. Chacune est autonome et s’organise d’elle-même pour choisir ses candidats, rédiger et imprimer ses tracts et gérer ses fichiers d’adhérents. L’exécutif de chaque circonscription est composé des représentants de tous les quartiers électoraux.  Certaines circonscriptions se sont même regroupées au niveau régional pour augmenter leurs moyens. Dotées d’une grande autonomie pour s’adapter aux réalités locales, les circonscriptions se réunissent deux fois par an au sein de la Convention Nationale des sections locales. Cela leur permet d’avoir un réel poids au sein du bureau politique et dans la détermination de la stratégie électorale. C’est ainsi que le président de la convention nationale est aussi le vice-président du parti. Toutefois, le Bureau national s’immisce de plus en plus dans leurs actions en déterminant des objectifs de nombre d’adhérents, de fonds collectés, et de degré d’activité militante. Lorsque les sections sont défaillantes, le siège national y dépêche ses responsables. Ce système devrait être importé quasiment à l’identique par Nicolas Sarkozy pour atteindre les 500 000 militants « républicains » d’ici 2017.

L’usage des nouvelles technologies pour rapprocher les cadres et les militants 

Si les militants ont une place importante au niveau local, ils sont régulièrement consultés au niveau national : des référendums sont organisés ; les militants choisissent leurs candidats au niveau des circonscriptions et leur leader au niveau national ; le Creative Policy Forum leur permet même de s’exprimer et de participer aux décisions du bureau politique ! En outre, les délibérations de militants au sein des sections locales sont remontées vers le département de la recherche au siège par le CPF : les dirigeants des principaux groupes de travail thématiques reçoivent ainsi des synthèses des discussions des militants, ce qui leur permet de prendre le pouls de leur permanence. Là encore, les leaders de la droite française devraient sous peu adopter ces outils, avec l’exemple de l’application de référendum en ligne « Direct Citoyens ».

Mobiliser toutes les composantes du parti

L’organisation de la section exécutive du parti est faite pour mobiliser toutes les composantes et notamment les trois branches (professionnelle, bénévole et parlementaire). C’est leur représentation au sein du bureau politique qui permet au chef de parti d’asseoir son autorité. Cette diversité permet à un groupe restreint de membres nommés de diriger le parti.4

Outre la doctrine, c’est donc la professionnalisation, la décentralisation et la représentativité des instances dirigeantes du parti qui ont assuré la victoire du camp conservateur en 2010. Si le parti conservateur a gagné, c’est qu’il était en avance sur tous les plans par rapport au parti travailliste. Pas étonnant dès lors que les ingrédients de son succès soient largement importés par la droite française.

Sur le web

  1. Ce recrutement actif de permanents se fait au dépend des cadres régionaux. Le nombre de permanents a augmenté de 72% entre 1964 et 1998 au sein du siège national, et que le nombre de cadres régionaux et d’agents de sections locales a diminué de 62% sur la même période.
  2. Rappelons que sur les 9 millions de livres dépensés par l’ensemble des partis dans le domaine de la publicité, 7,5 millions ont été dépensés par le parti conservateur.
  3. Conservative Home, Blue Blog, TrueBlueBlog, ToryBear,…etc
  4. On peut rappeler les compétences élargies du bureau politique : gestion et administration du parti, organisation du congrès annuel, gestion des adhésions, sélection des candidats, collecte de fonds.