Belgique : la FGTB s’en va saluer Castro, ce grand démocrate

Publié Par Emmanuel Perclus, le dans Belgique

Par Emmanuel Perclus.

Romeo y Julieta credits Andrew E Larsen (CC BY-ND 2.0)

Romeo y Julieta credits Andrew E Larsen (CC BY-ND 2.0)

 

D’abord, j’étais parti pour écrire un tout petit billet doux suite à l’intervention d’Yvan Mayeur, notre maïeur bruxellois, qui se plaignait à juste titre de ne plus pouvoir assurer la sécurité des sommets de l’UE. Pour faire court, ceux-ci se multiplient quand la dotation diminue. L’argent en question vient du fédéral, et je m’interrogeais sur deux choses. D’abord, le bien fondé de telles coupes budgétaires régaliennes (le cœur de raison d’être d’un État, je le rappelle) en période de terrorisme, réel ou fantasmé. Ensuite, je me demandais si ce n’était pas à l’UE de verser de l’argent à la police de Bruxelles pour sa sécurité, plutôt que les contribuables Belges.

Mais, en quelques minutes, la FGTB m’a fait changer de sujet grâce à sa dernière idée de génie.

Et quelle est-elle ? Envoyer 60 leaders syndicaux en vacances à Cuba à l’occasion du 1er mai. Pas en camp de redressement, non. En vacances.

Il y a tellement de trucs à relever que je ne sais même pas où commencer.

D’abord, l’évidence pour un libéral : Cuba est une dictature socialiste où le Che, grande figure de la gauche, y a gagné son surnom de « petit boucher de la Havane ». Que Cuba soit une dictature autoritaire, comme à peu près tous les pays socialistes, n’est pas un hasard. Comme je le soufflais à mon ami Raoul dans un précédent article, c’est le lot de ces États, même si cela ne se retrouve pas toujours dans la doctrine. Hayek avait nommé cela La route de la servitude. Peut-on imaginer que les militants socialistes (les vrais, les purs et durs, pas les sociaux-démocrates comme au PS) une fois arrivés au pouvoir prendraient le risque de tout perdre à la prochaine élection ? Une fois le pays entièrement à la botte de l’État ? Non, bien entendu. C’est pour ça que, invariablement, le socialisme mène à une forme d’autoritarisme plus ou moins accentuée (l’Argentine n’est pas la Corée du Nord). Que la FGTB fête son 1er mai à Cuba tend à montrer que ce n’est pas vraiment ça qui les dérange. Ses partisans argueront que ce n’est pas systématique et que le dernier voyage du type étant en Pologne, mais voilà, on pouvait aussi imaginer que la FGTB n’aille pas promener ses cadres au pays du socialisme ensoleillé justement parce que c’est une dictature. Mais cette idée ne semble pas les avoir effleurés.

On pouvait espérer qu’ils iraient au moins bosser, tant qu’à y aller, et éventuellement y retenir quelques leçons. Mais non, il semble qu’ils vont surtout là pour glander et profiter du soleil, puisque seulement 3 réunions de travail sont prévues.

Et la « preuve » est presque sous nos yeux quand on apprend que nos braves défenseurs du petit peuple et des opprimés vont tranquillement se caser dans un hôtel de luxe à 230€ la nuit en moyenne. Rien que ça. Je suppose qu’à Cuba, sans aller dans un squat insalubre, il n’y avait pas moyen de trouver quelque chose à prix raisonnable.

Le tout coûte bien entendu une blinde : plus de 100 000€. Payé par les affiliés, j’ose espérer que ceux-ci recevront une petite lettre de remerciements. Les quelques médias belges ayant relevé le prix de la facture ou le militant parlant de la « jalousie » de ceux restés en Belgique (les Indignés, c’est pour les autres) semblent tous avoir raté un joli paradoxe : Cuba est un pays où la pauvreté est endémique et où les gens crèvent encore littéralement de faim grâce à ce beau socialisme. La solidarité de la FGTB se fera donc dans un hôtel de luxe entre deux usines à cigares. Quelqu’un pour l’expliquer à nos militants des droits z’acquis ?

Je termine sur une petite note joyeuse à propos de l’argent des syndicats. Pour ceux qui l’ignorent, le syndicalisme belge est organisé comme une mafia, et je n’écris pas ça pour la forme. D’abord, ils sont investis d’une mission très importante : ce sont eux qui versent le chômage, ce qui leur donne un pouvoir démesuré, car pour percevoir le chômage, il faut donc être affilié. La raison pour laquelle le taux de syndication belge est si élevé, ce n’est donc pas tant parce que les travailleurs sont tous militants que parce qu’il faut bien cela pour bénéficier des largesses de l’État et des impôts. On apprend justement aujourd’hui qu’ils enquiquinent près de 75% de la population !

Mais, jusque là, ce n’est pas extrêmement grave. Dans un monde libéral, il est très probable que le rôle de protection sociale reviendra en partie aux syndicats et aux mutuelles. Ce qui est grave, au delà de l’organisation étatique, c’est que les syndicats belges n’ont aucune structure juridique. Ce ne sont ni des sociétés, ni des associations, ni des coopératives. Rien : ils n’ont pas de personnalité juridique. Je vous laisse imaginer les possibles abus (porter plainte contre un syndicat ?) quand on pense à la propension au harcèlement juridique pour les entreprises privées que peuvent développer ces syndicats. Sans oublier qu’ils ne sont donc pas soumis à l’impôt. Eh oui, la solidarité et le « financement de l’économie réelle », c’est pour les autres aussi.

Et enfin, quand on imagine la masse d’argent qu’ils gèrent et génèrent, on ne peut être qu’atterré en apprenant que tout cet argent est déposé sur le compte d’une personne physique

Je résume : de l’argent pris de force par l’État à la demande notamment des syndicats et qui est censé être le filet de sécurité des travailleurs en cas de pépins, risque de finir sur un compte lambda sans presque pas de contrôles possibles, le tout au nom d’un organisme qui d’un point de vue juridique n’existe pas. Quel crédibilité donner à ces types prêts également à bloquer un pays plusieurs fois par mois au nom de la lutte contre un gouvernement que je n’apprécie pas plus qu’eux mais qui a été élu démocratiquement ?

Finalement, la FGTB à Cuba, cela fait parfaitement sens, ils sont à la maison. Qu’ils y restent. Pour moi, ça sera un rhum-coca-lemon, un Cuba Libre.

Sur le web

  1. Le Fisc, maintenant au courant, ne manquera pas de taxer les 60 bénéficiaires, en ajoutant des « avantages de toute nature » à leurs revenus. Le syndicat établira une fiche individuelle de renseignement pour chaque touriste.

    Ah, mais non ? On me glisse dans l’oreillette que les syndicats n’ont pas la personnalité juridique en Belgique ? Pas de fiche ? Pas de renseignement ? Pas de taxation alors ?

  2. on est le 1 mai pas le premier avril 😉
    une petite question , c’est pour toute la Belgique ou seulement la partie francophone ?

    1. La partie francophone, c’est-à-dire la Wallonie et l’annexion de Bruxelles.

      1. La partie francophone, tiens donc… pourquoi cela ne m’étonne t’il pas le moins du monde?

    2. Si vous parlez de l’absence de personnalité juridique des syndicats, c’est la même chose au Nord et au Sud de la Belgique. La FGTB a sa version flamande (ABVV). Vu que cette secte n’a pas de personnalité juridique, il n’y a évidemment aucun lien juridique défini entre FGTB et ABVV. Mais bon, ils ont le même site internet : ABVV, c’est juste la traduction flamande pour FGTB…

  3. Si c’est vrai que leur « tresor de guerre » est sur le compte d’une personne physique, je comprends alors sans peine pourquoi le PS annoncait toujours un impot sur la fortune mais ne l’a jamais applique quand il etait au pouvoir federal.

    1. Bien vu, je n’avais pas fait le rapprochement.

  4. Je ne savais pas que les belges étaient aussi bien servis par la solidaridité socialiste…

  5. Ces syndicats ont leurs « camps de vacances » (souvent des résidences de luxe), pourquoi leur payer Cuba ?? cela ne sent pas bon.

  6. Non, les cubains ne crèvent pas littéralement de faim. Ce petit pays du tiers-monde, sans ressources particulieres, est certes gouverné par un dictateur qui a surtout le défaut de ne pas avoir été choisi par le monde occidental mais pas celui d’affamer son peuple.

    1. Cuba est le seul pays latino-américain qui a vu diminuer son apport calorique diminué pour la population, en passant de 2.700 calories/jour/hab. en 1957 à moins de 2.500 après la fin des subventions soviétiques. De même Cuba doit être le seul pays au monde qui a vu son nombre de voitures par habitant diminuer depuis 1957. Au marché payable en devises, le pain coûte $0,80, le kilo de blanc de poulet, plus de $3. Ce qui veut dire qu’un Cubain ne peut même pas s’acheter un pain par jour et qu’il ne peut que subsister que grâce au système de rationnement. Enfin, à quelque chose malheur est bon : l’obésité n’est pas un réel problème à Cuba.

    2. « . Ce petit pays du tiers-monde, sans ressources particulieres » il faut vous renseigner. avant la révolution cubaine, Cuba était l’un des pays les plus riches d’amérique latine. aujourd’hui, il est l’un des plus pauvres d’amérique latine. Il faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que Cuba s’est appauvri à cause de Castro. Il est normal que l’occident n’appuye pas à un dictateur qui les hait. ce que vous oubliez de préciser c’est que Cuba a recu bcp d’aides de la part des pays communistes ainsi que du Vénézuela. Il ne fait aucun doute que sans cette aide, cela ferait longtemps que le régime se serait écroulé. pourquoi il y a un rapprochement USA Cuba ?? parce que le vénézuela est aujourd’hui ruiné donc il ne peut plus financer Cuba comme avant ce qui fait que le régime cubain est obligé de se rapprocher des USA pour éviter son effondrement. Fidel Castro lui même a reconnu que le modèle cubain ne marchait pas.

    3. c’est justement grâce à la faim et à la misère que le régime tient. Il a mis un système de rationnement qui lui permet de controler sa population. le livret de fourniture est un moyen pas du tout subtil de contrôle social et une manière contondante d’obliger à l’obéissance. La dictature castriste serait inimaginable sans la pauvreté du peuple cubain : elle a consacré plus d’un demi-siècle à « résoudre » la pauvreté, en la maintenant et en l’augmentant, au lieu d’implémenter des institutions qui canalisent les incitants pour éliminer la dépendance et créer de la richesse. Le castrisme n’a rien fait de tout cela en 50 ans, plus préoccupé à ce que les pauvres continuent d’être pauvres et, par conséquent, vulnérables et dépendants du pouvoir politico-militaire qui soutient et administre la laisse autour de leur cou.

    4. Le « Cuba actuel » devrait (mais ce n’est que mon avis!) bénéficier d’une certaine « indulgence » volontaire ou une « patience », actuellement, tout en restant évidemment très vigilant.

      Je n’ai, nous n’avons pas le pouvoir de changer l’histoire et bien futé (ou vrai crétin) celui qui croit avoir assez d’éléments incontestables pour juger de faits historiques d’une période bien trouble que fut la « guerre froide ». Aurait-il mieux valu que Rubén Fulgencio Batista y Zaldívar reste président? Rien n’est moins sûr. Les U.S.A. furent-ils incritiquables? J’en doute. Mais ce qui est fait est fait!

      Il faut être aveugle pour ne pas avoir vu que Fidel a cédé la place à son (probable 1/2-) frère Raùl, complice de toujours, légitimement nommé puis élu, à l’origine d’une ouverture certaine, y compris des relations avec Barak Obama.

      Et si on pense à la population avant de penser à l’autorité politique, je trouve « globalement positif » ce qui se passe, actuellement. (Notons que Raùl Castro a déjà annoncé son retrait de la vie politique pour 2018, en conformité avec la constitution: d’autres n’ont pas cette « élégance »!

      Les copains de M. Goblet, cette caricature de syndicaliste de type F.G.T.B., (traduire C.G.T. pour « nos amis Français), « bras armé » du P.S. qui veut dicter ses volontés au politique sans jamais s’avouer responsable de rien mais en critiquant tout, comme si les « travailleurs » (terme qui dans sa (gu…) bouche, est évidemment réservé aux salariés (les chômeurs étant évidemment des « travailleurs-sans-emploi), les autres professionnels ne foutant que dal (ou « dalle », comme vous préférez), les amis de M. Goblet se sont montrés aussi maladroits qu’intouchables (comme un M. Blondel avec son chauffeur): ce n’est pas très malin, évidemment!

      Et à ce propos, le récent sondage belge montrant qu’en aucun cas (aucune question) il n’y a une majorité de la population pour faire confiance aux syndicats paraît très rassurant: je ne suis en rien opposé à l’existence de syndicats, au contraire, si l’évolution se fait vers une scission franche d’avec les partis politiques et leurs différents « agrégats » (« mutuelles » – différentes des mutuelles françaises -, surtout mais pas seulement), mais évoluant plutôt vers un système allemand, partenaire de la direction d’entreprise, pour la meilleure évolution de ces entreprises, personnel compris.

      Je sais être en opposition avec beaucoup, si je soutiens qu’il existe bien un ultralibéralisme qui a fait son apparition fin des années ’70, début des ’80, quand les anciens « capitaines d’industrie » (souvent de type « ingénieur », capables de régler des problèmes au jour le jour, pour la viabilité à moyen terme mais aussi avec une vision à plus long terme) ont cédé la place à des « managers » (pour qui le rendement financier à court ou très court terme était la priorité, sans aucune autre considération).

      L’effet favorable de cette étape fut que l’Europe s’est bien rendue compte qu’entre une machine robotisée ou une voiture de classe allemande (y compris une Rolls Royce ou une Bentley), chère, et une copie étrangère, le choix reste vite fait, comme il l’est entre un sac à main Louis Vuitton original hors de prix et une copie « juste pour jouer les snobs » quelques instants et le temps d’une photo ou deux, pour « l’apparence »! (je me rappelle ce reportage sur les « polos Lacoste », fabriqués en Turquie mais qui recevaient, en France, leur crocodile et leur étiquette, avant d’aller dans le système de distribution: Si 33% du prix (valeur ajoutée) provenait de France (c’était le cas puisque vendus bien au-dessus de leur valeur intrinsèque, (le commerçant final se faisant, à lui seul, une marge bénéficiaire irrationnelle), l’article avait droit au « made in France » simplement malhonnête!).

    5. « sans ressources particulieres » cuba possède de nombreux atouts: sa position géographique, son sous-sol (pétrole et surtout nickel), sa canne à sucre, ses fameux cigares sans parler du tourisme. Il est faux de dire que cuba n’a pas de ressources. cela montre votre ignorance, vous aurez mieux fait de vous taire au lieu de raconter des conneries

  7. quelques livres à lire sur cuba: le livre de Jacobo Machover : « Raul et Fidel : La tyrannie des frères ennemis », le livre de Jacobo Machover : « Cuba : l’aveuglement coupable : Les compagnons de la barbarie », « La face cachée du Che » de Jacobo Machover, « La véritable histoire d’Ernesto Guevara » de Pierre Rigoulot , « Cuba : mémoires d’un naufrage » de Jacobo Machover

  8. Pour bien comprendre d’où viennent les sous de ce syndicat, et comment ils peuvent se payer des voyages à Cuba, il faut quand même ajouter qu’en Belgique, l’Etat a sous-traité la distribution des allocations de chômage aux milices privées de la FGTB et autres syndicats. Un marché juteux, qui rapporte chaque année, en « intervention dans les frais de gestion », 74,65 millions d’euros, rien qu’aux milices privées de la FGTB. 165,91 millions d’euros d’argent extorqué au contribuable par les fonctionnaires, si l’on additionne l’argent octroyé à toutes les milices privées syndicales réunies, qui se partagent le magot. Milices privées qui, rappelons-le, n’ont absolument aucune existence juridique, et ne déclarent nulle part ces revenus. Du noir à 100% payé par l’Etat. Corolaire : On a donc un système où plus il y a de chômeurs, plus il y a des « frais de gestion » et plus les syndicats s’enrichissent. Et pour créer davantage de chômage, s’enrichir, et prendre des vacances à Cuba, c’est très simple : il suffit d’envoyer les milices privées syndicales bloquer la circulation sur les routes, dans les villes, dans les zonings, et paralyser l’activité économique. La police est présente à ces barrages routiers. Le délit de « entrave méchante à la circulation » ? Là, elle ne connaît plus. Les fonctionnaires de police sont chargés par l’Etat de protéger les milices privées qui tiennent les barrages, contre les battes de baseball que la partie la moins résignée de la population transporte dans le coffre de la voiture à l’occasion de ces journées « chaudes ». Agissant ainsi comme supplétifs des milices privées, les fonctionnaires de police permettent – tout en étant payés par le contribuable – aux syndicats de bloquer tout le pays en affectant 2 pelés et un tondu à chaque barrage, ce qui leur permet d’économiser beaucoup d’argent pour les voyages à Cuba !

  9. >>> car pour percevoir le chômage, il faut donc être affilié

    Entièrement FAUX ! Ce qui en dit long sur l’article et les contenu de ce site…

    Aucune obligation puisque c’est la CAPAC (Caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage) qui paient pour ceux qui ne souhaitent pas s’affilier…

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