Investir en fonds € d’assurance-vie, un placement de plus en plus risqué

Pièces euro argent (Crédits : Sylvain Naudin, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

La bonne santé de la collecte de l’assurance-vie est porteuse de mauvaises nouvelles pour les épargnants qui placent sur des fonds euro.

Par Alexis Vintray.

L'assurance-vie draine de fortes sommes. Une manne risquée pour les épargnants
Pièces euro argent (Crédits : Sylvain Naudin, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Mois après mois, l’assurance-vie aligne les bons niveaux de collecte : sur le premier trimestre 2015, la collecte nette (versements moins retraits) a été ainsi de +6,5 milliards €. En comparaison, la collecte du livret A et du LDD a été sur la même période de -1,9 milliards €. Pourtant, cette bonne santé de la collecte de l’assurance-vie est porteuse de mauvaises nouvelles pour les épargnants.

Les risques importants qui pèsent sur l’assurance-vie

Le cœur du problème de l’assurance-vie se trouve dans les obligations d’État dans lesquelles ses fonds euro sont majoritairement investis. Si les assurances-vie ont encore rapporté en moyenne 2,5% en 2014 (net de frais mais avant fiscalité), c’est grâce au portefeuille existant d’obligations, qui rapportent encore des rendements acceptables. Mais qui dit souscriptions importantes dit renouvellement important de ce portefeuille par des obligations d’État fraîches.

Or, les taux de rendement des obligations d’État en Europe ont rarement été aussi bas, suite à la politique de Quantitative Easing de la Banque Centrale Européenne menée par Mario Draghi. Ainsi, la Suisse est-elle le premier pays à emprunter à 10 ans à des taux… négatifs ! L’Allemagne, elle, n’emprunte qu’à 0,16% et la France à 0,44%. Pour les assureurs-vie qui achètent ces obligations d’État, poussés par une réglementation qui les y incite fortement, c’est la certitude de baisser le taux de rendement de leurs fonds euros, de façon d’autant plus forte que leurs produits ont du succès ! Avec des frais de gestion qui sont généralement au minimum de 0,6% pour un fonds €, ce sont des rendements négatifs certains pour l’assuré pour ces nouvelles émissions.

Quand on sait que plus des trois quarts de la collecte brute de l’assurance-vie en mars 2015 s’est faite sur les fonds euro, investis très majoritairement en obligataire, on réalise l’ampleur du problème : ce sont plus de 9 milliards € investis par les épargnants français en mars que les assureurs ont dû placer en obligations d’État qui ne rapportent rien (voire leur coûtent), et viendront réduire le rendement des fonds € dans les prochaines années.

Certes, cela est partiellement compensé par les plus-values que les obligations anciennes permettent de réaliser mais cela ne durera là aussi que tant que les vieilles obligations existent.

D’autres risques pour l’assurance-vie

En outre, à la baisse des rendements pour les épargnants pourrait s’ajouter une crise plus grave si les épargnants venaient à retirer massivement leur épargne en cas de chute de la rentabilité de l’assurance-vie. Des retraits massifs seraient susceptibles d’amener des conséquences que nul ne maîtrise vraiment, alors que les fonds de garantie bancaire sont notoirement insuffisants. Le capital versé sur des fonds euros est garanti, sur le papier au moins. Reste à voir comment cela se passera dans un monde de taux négatifs ou nuls.

Il est plus que temps pour l’épargnant français de chercher des alternatives aux fonds euro, que ce soit en unités de compte dans son assurance-vie, son PEL ou en trackers (ETF) son PEA…

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