Climathon, semaine 16 : désastre culinaire

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Par Benoît Rittaud.

Pretty cooked credits Eole Wind  (CC BY-NC-SA 2.0)
Pretty cooked credits Eole Wind (CC BY-NC-SA 2.0)

 

C’est encore une grosse semaine de propagande climatique qui vient de s’écouler. Avertissement : les âmes sensibles sont invitées à ne pas prendre connaissance du vainqueur de cette semaine, auteur d’une révélation qui pourrait heurter leur sensibilité fragile.

Il devient difficile de faire un tri dans la foule compacte de compétiteurs qui se battent pour la désinformation climatique. Saluons tout d’abord cette belle performance du Figaro qui, sous la plume de Marianne Skorpis, nous apprend que « L’année 2015 a connu le mois de mars le plus chaud de l’histoire ». La photo introduisant l’article (un splendide coucher de soleil au-dessus d’un boulevard périphérique américain) donne d’emblée l’occasion subliminale au lecteur de confondre la couleur orangée d’un coucher de soleil avec le feu dévorant du réchauffement climatique. Les nuages font une fumée parfaite, les voitures des coupables tout aussi parfaits.

Ce bel exploit de propagande par l’image accompagne un article qui, donc, nous annonce un terrible record pour un mois de mars. Songez-y : le record précédent vient d’être pulvérisé de 0,05°C ! Pas moins ! On en tremble.

Deux ombres toutefois à ce puissant tableau. La première est que l’article a la très mauvaise idée de signaler que le record précédent datait de 2010. Attention en effet : nos habituels prolongeurs de courbes risqueraient de suggérer que, à ce rythme de records de +0,05°C tous les 5 ans, le record à prévoir en mars 2100 pourrait être à peine un degré plus chaud que celui de 2015. Sachant que la limite-très-dangereuse-à-ne-dépasser-sous-aucun-prétexte-sinon-tout-va-s’emballer est à +2°, ne vous tirez pas une balle dans le pied, au Figaro, quoi ! Deuxième ombre : l’article donne stupidement la courbe des températures des mois de mars depuis 1880, qui confirme justement une progression de l’ordre de +1°C par siècle ! Amateurisme, quand tu nous tiens…

Accessit, donc, mais pas plus. Copie à revoir pour la prochaine fois.

Cette erreur de débutant consistant à montrer les vraies courbes de températures ne peut heureusement pas être reprochée à cette mignonne petite animation diffusée sur Arte, qui a la bonne idée d’introduire l’argument climatosceptique sur la stagnation récente des températures en signalant qu’il est porté par Ted Cruz, l’un des candidats à l’investiture du parti républicain pour les élections présidentielles américaines. En effet, la logique binaire « républicain américain = méchant arriéré » (la voix off le présente comme un « sénateur ultraconservateur du Texas » : la messe est dite) peut habilement ici servir de repoussoir à un argument qui est en soi parfaitement défendable est logiquement qualifié de « bobard » par Arte. La « réfutation » de l’argument par le reportage nous apprend entre autres que le phénomène El Niño se produit dans l’Atlantique (jusque là, on croyait que c’était dans le Pacifique), mais aussi que l’ « équipe de la NASA » (sic) fait plus confiance aux mesures de températures au sol qu’aux mesures satellitaires. Une position parfaitement logique s’agissant d’une agence spatiale, et qui n’est donc pas questionnée par les journalistes. Autre bon point : le reportage n’hésite pas à affirmer que la terre se réchauffe toujours, en utilisant la bonne vieille ficelle du « les x années les plus chaudes sont parmi les plus récentes », sans rien quantifier ni surtout, horresco referens, montrer une courbe qui risquerait de permettre au téléspectateur de se faire un avis par lui-même. Que le Figaro en prenne de la graine.

Le vainqueur de la semaine 16

Le titre de champion d’hiver accordé à Jean Jouzel a résolument orienté les compétiteurs du climathon vers une stratégie de ridicule assumé. Une fois de plus, c’est cette stratégie qui l’emporte cette semaine, avec un nouvel item à ajouter à la liste de John Brignell de toutes les choses causées par le réchauffement climatique.

Que faut-il craindre cette fois-ci ? Un débarquement extraterrestre ? Non, celui-là, on l’a déjà fait. La mort du monstre du Loch Ness ? Pareil : déjà fait. En l’occurrence, ce qui nous attend est encore pire, au point que le jury renouvelle son avertissement : les âmes sensibles sont priées de ne pas lire ce qui suit.

Pire que le Déluge, pire que la poêle à frire, pire que les cyclones, nous devons nous faire à l’idée que les célèbres « fish and chips » britanniques ne seront bientôt plus qu’un souvenir (comme la neige, selon ce qui était prophétisé il y a encore quelques années). La faute au réchauffement en mer du Nord, qui va poser des problèmes aux aiglefins, ces poissons à la base de la préparation du plat so british. Cette « information » vaut au magazine Le Point qui la relève (en provenance directe de l’AFP) le titre de vainqueur de la semaine 16 du climathon.

« La mer du Nord, partie de l’océan Atlantique qui s’étend entre la Grande-Bretagne, la Norvège, le Danemark et l’Allemagne, s’est réchauffée quatre fois plus vite que la moyenne mondiale au cours des quatre dernières décennies » nous explique l’article, reproduisant une nouvelle fois une erreur stupide consistant à faire des rapports d’accroissement de température un moyen très scientifique de présenter ce qui se passe. Soit +1,8° en plus, ce qui indique en passant, selon les propres termes de l’article, un réchauffement global de 1,8/4 = 0,45° en quarante ans pour l’ensemble du globe. Absolument horrible, d’autant plus que, s’ils s’avéreraient, ces +1,8° prophétisés annoncés pour dans 50 ans en mer du Nord ne montreront donc aucune accélération significative par rapport aux +1,5°C observés depuis 1962 (et qui sait si les +0,45°C en 40 ans déduits du calcul précédent ne suivraient pas le même chemin, confirmant le calcul de coin de table fait plus haut à partir des données du Figaro…). Bravo donc au Point de n’avoir pas fourni ce genre d’éléments de comparaison, qui auraient pu donner à croire que l’évolution du climat ne montrait aucune accélération particulière.


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