La nostalgie du téléphone à cadran

téléphones credits dan brady (licence creative commons)

Vous vous souvenez quand converser était aussi utile qu’agréable ?

Par Daniel Girard.

téléphones credits dan brady (licence creative commons)
téléphones credits dan brady (CC BY-NC 2.0)

 

Il était une fois… une époque… où nous étions obligés de nous parler. C’était l’époque du téléphone à cadran. Il n’était pas facile à manier. Il était posé sur une table ou accroché au mur. Lorsqu’il sonnait, on pouvait peut-être deviner qui appelait, mais on ne pouvait en être sûr : il fallait décrocher. Il n’y avait pas de répondeur ; l’afficheur relevait de la science-fiction.

Si on n’avait pas le goût ou le temps de parler à la personne qui nous appelait, il fallait trouver une manière de lui dire en espérant ne pas l’insulter. Les conversations étaient parfois brèves avec peu de formules de politesse, parce que nous étions occupés. Ça faisait partie du rituel de la communication.

Pas de réponse

En 2015, les gens veulent savoir à qui ils ont affaire. Ils regardent l’afficheur. Fantastique pour contrer la sollicitation téléphonique, ignorer les impertinents, mais parfois aussi les gens qui comptent. Saisir le récepteur du gros téléphone noir obligeait à dire quelque chose. La technologie a supprimé cette obligation.

Le silence oblitère maintenant de grands pans de la communication. Appels, messages, courriels restent sans réponse. Pas de réponse est une réponse. Elle dit parfois : je n’avais pas le temps de vous parler, je ne trouvais pas cela important ou ce n’était pas dans mes priorités.

Le silence est interprété et mène parfois à des conclusions erronées. Ne pas communiquer a cette conséquence. L’explosion des canaux de communication et des réseaux sociaux a amené l’humain à être sélectif dans ses réponses. Parfois, obtenir une réponse est plus significatif que le contenu de la réponse lui-même. La réponse veut dire qu’on a établi le contact avec quelqu’un.

Montée du narcissisme

Les occasions de communiquer n’ont jamais été aussi nombreuses, mais combien d’entre elles mènent-elles à de vrais dialogues ? Cet appauvrissement de la communication survient alors que la faune narcissique n’a jamais été aussi active.

C’est l’âge d’or des internautes au profil narcissique. Ils s’exhibent avec fierté sur leur page Facebook, comptent leurs abonnés sur twitter et obtiennent même des certificats virtuels soulignant l’achalandage de leur compte LinkedIn. La fréquentation des réseaux sociaux est évidemment souhaitable… tant qu’elle ne devient pas une fin en soi.

À quoi sert d’avoir des milliers de contacts alors qu’on entretient des liens significatifs avec presque personne ? S’intéresse-t-on aux autres seulement pour les compter et les inventorier ? À quoi bon avoir des milliers d’amis sur Facebook, twitter et LinkedIn si on n’est pas là pour leur répondre ? On finit par regretter la sonnerie du téléphone à cadran.