Conquêtes musulmanes et conversions

Beaucoup de chrétiens sont persuadés que l’islam a été imposé par la force aux populations conquises. À tort.

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Conquêtes musulmanes et conversions

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 5 avril 2015
- A +

Par Yves Montenay

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Jean-Léon Gérôme [Public domain], via Wikimedia Commons

Beaucoup de chrétiens sont persuadés que l’islam a été imposé par la force aux populations conquises, et les horreurs de l’Émirat Islamique les confortent dans cette opinion.

Or ce n’est arrivé qu’exceptionnellement, comme pour le christianisme (Charlemagne en Saxe, puis certains Allemands en Europe du nord-est, sans parler du retour un peu brutal dans le giron papal de nos compatriotes du Languedoc). D’ailleurs les conquérants arabes tenaient à leur spécificité culturelle et religieuse (et à la supériorité sociale qu’elle entraînait) et ont longtemps vu d’un mauvais œil les convertis, ressentis à juste titre comme des concurrents.

En effet, la carte des conquêtes musulmanes ne correspond pas à la diffusion de cette religion. Par exemple, le Sénégal et l’Indonésie (qui, je le rappelle, comptent plus de musulmans qu’il n’y a d’Arabes) n’ont pas été conquis, mais ont été convertis par des marchands prosélytes, probablement parce que l’islam était infiniment plus simple que les religions qu’il a remplacées, respectivement l’animisme et l’hindouisme. Inversement l’Europe centrale et balkanique est restée en grande majorité chrétienne malgré des siècles d’occupation turque.

Et même le Proche-Orient est resté largement chrétien jusqu’à tout récemment : mettre 13 siècles pour convertir une majorité renvoie à des raisons fiscales et sociales et non à des conversions forcées lors de la conquête. Reste le Maghreb, qui est resté partiellement chrétien pendant des siècles, l’histoire de son islamisation totale étant plus complexe que quelques coups de sabre (voir l’œuvre de Xavier de Planhol et d’innombrables articles et ouvrages).

Les conversions à l’islam n’ont donc été que très partiellement dues aux conquêtes, puisqu’il y a des centaines de millions de musulmans dans les pays qui n’ont jamais été conquis, et d’importantes populations restées chrétiennes dans les zones conquises. Cette analyse très factuelle risque de susciter quelques protestations énergiques, certains Occidentaux concevant mal que l’islam puisse être attractif intellectuellement, ce qui a pourtant été le cas face à l’animisme en Afrique et à l’hindouisme dans le monde malais, et l’est aujourd’hui très ponctuellement en Europe (des dizaines de milliers de cas, ce qui est une proportion très faible, mais une contribution non négligeable au djihadisme). L’arrière-plan de telles critiques peut provenir d’une confusion entre violence et contrainte religieuse. Je m’explique : quand les Barbaresques razzient les villages méditerranéens, il s’agit de violence à but commercial puisque l’on veut vendre les prisonniers, soit comme esclaves, soit à des œuvres chrétiennes qui vont les rapatrier. Il s’agit d’autant moins d’en faire des musulmans que la conversion à l’islam libère automatiquement l’esclave et prive donc le prisonnier de toute valeur marchande. Même remarque en Afrique, dont certaines régions ont été très sauvagement dépeuplées, surtout au XIXe siècle en Afrique orientale, par des razzias arabes à l’issue desquelles une partie des populations était massacrée et le reste vendu comme esclaves… qu’il ne fallait surtout pas convertir.

Ces violences ont évidemment entraîné une vision très négative de l’islam et surtout des Arabes chez les chrétiens et les populations subsahariennes de ces régions. Et il est regrettable que l’épisode barbaresque soit souvent présenté dans les ports du sud de la Méditerranée comme une période glorieuse, ce qui accroît encore l’incompréhension réciproque. Mais, encore une fois, il s’agit de violences et non de conversions.


Sur le web.

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  • J’aime bien les musulmans chez eux. A priori, ils souffrent dans nos sociétés capitalo-communiste, ils seraient plus heureux chez eux pour pratiquer librement leur culte.

    • Chez nous, au Maroc, la France est venu sans qu’elle soit invitée, et a construit des routes sans su’on ne lui demande. Par conséquent, les tribus qui vivaient du transport entre les villes ont vu leur gagne pain détruit. Cela a mené à une migration vers les grandes villes et ensuite vers l’Europe. Apparemment, les gens aiment bien avoir un gagne pain.

      • Au contraire, Moulay Abdelhafid a sollicité l’aide française en 1911 car il perdait pieds face aux révoltés berbères. Il l’a obtenu, cette aide de la France, d’ailleurs, et c’est l’origine du protectorat français au Maroc.

        Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

        • Moulay Abdelhafid n’était pas un monarque à l’européenne, c’était le sultan de Fez, et il n’aurait jamais pu imaginer qu’un jour les français donneraient autant de pouvoir à ses descendants. Il est clair que les français ont travaillé les intérêts de ce sultan.

          Quand je dis « on », cela veut dire il n’y a jamais eu de volonté des musulmans installés chez eux de la venue des français chez eux, que ce soit en Syrie, au Sénégal ou au Maroc ou ailleurs

      • CONTREPOINTS >> Message supprimé.

        • Quelle vision stupide, comment un tel commentaire à pu passer sur ce site ?

          Les musulmans sont 1.5 milliards dans le monde. Est-ce qu’ils découpent forcément des têtes dés qu’ils viennent à vous ? Il serait tant d’arrêter de regarder la télé et de voir comment les musulmans se comportent dans des pays où les USA ne sont jamais venus faire le bazar et laisser des bandes maléfiques ravager et tuer les musulmans en nombre (éminemment plus de victimes sont musulmanes dans ces conflits, comme avec Daesh).

          Ce genre de commentaire témoigne de la profondeur de votre inculture.

    • L’islam est pour tout le monde. Il n’a pas de nationalité ni de nation.

    • Le pire c’est qu’ils passent leurs temps a se plaindre alors que personne ne les a forcés a venir et personne ne les force a rester.

    • Nafy-Nathalie Diop
      6 avril 2015 at 7 h 54 min

      Heu CAS, c’est de l’humour dites ?!
      Vous savez quand même que beaucoup des musulmans des sociétés capitalo-communistes étaient chez eux aussi dans les sociétés capitalo-communistres ? 😉
      Musulman n’est pas une nationalité.

  • Merci pour cette tranchante clarification

  • Sorry, toutes vos assertions manquent cruellement de sources scientifiques vérifiables… ou elles portent sur un échantillonnage de sources passablement fragmentaire.

    Ces « épisodes barbaresques » ne furent que très mal rapportés par des historiens et les populations (décimées) ? En lieu et place de quoi il se colporta de seuls récits lénifiants, à charge et rédigés puis propagés par qui ça ?
    Qui furent les esclavagistes des 14 derniers siècles : des marchands arabes et des milices adjointes !

    Si la forme de diffusion d’islam pouvait correspondre à celle de l’évangélisation chrétienne des premiers temps (une forme douce), nous admettrions plus facilement de réviser nos perceptions présumées « foireuses ».

    Or, même en une époque contemporaine, à quoi assistons-nous donc et encore ?
    a) à des rivalités sanglantes entre leurs divers courants de pensées religieuses … où l’on massacre à qui mieux-mieux, entre eux et d’autres humains qualifiés d’impies et de « non-croyants » !
    b) à des normes sociales et systèmes de valeurs considérés comme rétrogrades aux yeux des tenants des droits de l’homme 1949 !
    c) à une proportion inqualifiable de déviants, parmi chacun des courants religieux précités !
    L’actualité est riches de témoignages pour en attester.

    Croire ainsi que ces comportements ancestraux de diffusion et/ou de conquête ne furent guère sanglants nous ramène à croire au Saint Esprit des chrétiens. Ceci énoncé sans trop d’ambages par un agnostique.

    • Il y a deux choses a prendre en considération.
      Le christianisme s’est développé dans l’immense empire romain, c’est là qu’il a réussi. Dans l’empire perse il se développa aussi mais fut considéré par le roi et les satrapes comme une religion étrangère romaine lorsqu’au IV° siècle, il émergea de la clandestinité où l’avaient maintenu les persécutions (Edit de tolérance de Milan en 313) avant de devenir religion d’Etat sous Theodose 1er (édit de Thessalonique en 380). Par ailleurs la Perse fut conquise militairement par les cavaliers arabes et donc les églises chrétiennes perses en subirent les conséquences.
      Toujours dans la même idée, le Christ ne s’est pas présenté comme un « Législateur » et donc il n’y a pas de loi chrétienne. Toutes nos lois sont d’origine romaine (code Théodose puis code Justinien) ou d’origine germaine barbare – les us et coutumes. Toutes ont été patiemment corrigées par la morale chrétienne pour donner notre Corpus Juridique actuel.

      L’Islam est une religion, une morale et un code civil et pénal. Il considère que l’humanité se divise en trois, les vrais croyants, les « gens du Livre juifs et chrétiens, qui sont « protégés » à condition qu’il payent un impôt spécial en s’humiliant – les dhimmis – et enfin le païen, l’idolâtre (l’athée est dans cette catégorie) qui doit être contraint à se convertir ou à être massacré, au mieux, il peut vivre comme esclave.
      Celui qui a parlé le mieux de l’islam est un ex-musulman:

      « Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d’un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’ecole, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’Islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »
      Kemal pacha plus connu sous le nom d’Ataturk, le père des turcs ou le turc-père.

      Les plus grands massacres eurent lieu aux Indes ou chaque Moghol rivalisait avec son prédécesseur pour l’anéantissement des idolâtres.
      Le bouddhisme, qui était la religion des rois indiens, n’y survécut pas. Il disparut de sa région d’origine et se réfugia en Asie du sud-est et en Chine et au Japon. Seul l’hindouisme résista.
      Cette histoire marqua les indiens et, depuis, hindouistes et musulmans s’adorent – l’Inde et le Pakistan.
      Ce petit poème pour conclure:

      « Then a pile of heads he laid …
      Thirty thousand heaped on high ..
      All to please the Kafir maid,
      Where the Oxus ripples by.
      Grimly spoke Atullah khan:
      Love hath made this thing a Man »

      Rudyard Kipling – plain tales from the hills (simples contes des collines)

  • « Et même le Proche-Orient est resté largement chrétien jusqu’à tout récemment : mettre 13 siècles pour convertir une majorité renvoie à des raisons fiscales et sociales et non à des conversions forcées lors de la conquête. »

    Bien entendu…

    Être maintenu a un status inférieur si on ne se converti pas ne correspond pas a une conversion forcée, c’est la liberté absolue dit donc.

    « Ils sont encore soumis à plusieurs dispositions dégradantes qui ont pour but d’assurer la supériorité des musulmans vis à vis d’eux : interdiction des attaques verbales à l’encontre des musulmans ou de l’islam, interdiction de mariage avec une musulmane – le contraire étant possible -, interdiction de construire une maison plus élevée que celle des musulmans, interdiction de prosélytisme, de boire du vin ouvertement, de porter des armes, d’aller à cheval mais seulement à dos d’âne… D’une manière générale, Bernard Lewis relève l’interdiction de se hisser au-dessus de sa condition de soumis. »

    C’est sur Wikipédia, pas franchement la même image de « tolérance  » et de paix que vous voulez véhiculer.

    D’ailleurs le dhimmi doit payer un impôt écrasant dit jizya et s’humilier. Il a toujours tort en justice contre un musulman et ne peut se protéger contre les abus. Diverses obligations sur les vêtements, l’habitat, les comportements, les métiers ont été appliqués localement à l’encontre des dhimmis. C’est l’existence de ce statut spécial qui fait dire à certains musulmans que leur religion est tolérante…

    Bref propagande.

  • Intéressant point de vue.

    Pas de commune mesure entre une conversion à l’Islam, qui peut être très facilement de convenance ou de façade et une conversion au catholicisme (plusieurs années de préparation pour être baptisé pour un adulte, ce que l’on appelle le catécumenat).

    • Oui enfin, se convertir pour éviter d’être un sous citoyens n’est pas ce qu’il y de plus volontaire comme conversion…

      D’autant plus que la plupart de ces convertis aurait évité de le faire s’il en aurait eut la possibilité.

      • Nafy-Nathalie Diop
        6 avril 2015 at 7 h 57 min

        Tiens c’est drôle ce que vous dites, si on regarde l’histoire de la France, on retrouve beaucoup de ce que vous dites …

        • non, en France depuis que les Francs ont débarqué, cela a été le royaume de paix et de tolérance, toutes les religions y étaient les bienvenues, d’ailleurs partout en Europe, il n’y avait que de la tolérance, sauf en Andalousie, là où il y avait les barbares

      • Vous portez bien votre nom « Foutaise ».

        La paiement de la capitation est imposée aux « gens du Livre » car ces derniers ne payaient pas la Zakat, qui elle est un impôt à part entière, avec obligation de donner au moins 2.5% de tout capital du musulman.

        La capitation (ou jizya) est un impôt à teneur plus symbolique qu’autre chose car elle amène ceux qui le paie à payer les droits de protection de leur communauté en terre d’Islam (les soldats musulmans devaient donc protéger les citoyens chrétiens de la même manière que les citoyens musulmans).

        A ce sujet, il est établi à de nombreuses reprises que cette capitation a été plusieurs fois abolie à de nombreuses époques car la richesse du califat suffisait amplement à assurer le revenu de l’état.

        Le statut de « sous-citoyen » que vous énoncez donc n’existe que dans les chimères que vous vous faites, probablement en parcourant des sites peu-orthodoxes et propagandistes (le plus souvent d’extrême droite et à tendance atlantiste). Et le mot « humiliation » mentionné dans le Coran concerne non seulement les chrétiens mais également les musulmans qui se sont humiliés devant Dieu bien avant (en se convertissant et en acceptant la soumission totale au Seigneur de l’Univers).

        En gros, cette « humiliation » n’a rien à voir avec votre conception occidentalo-centrée de sa définition. Il est temps d’arrêter d’interpréter le Coran comme bon vous semble en utilisant les définitions occidentales car elles sont trop souvent inapplicables aux mots d’origine arabe que continent à ce titre le livre saint des musulmans.

  • Il est faux de dire qu’il y a « d’importantes populations restées chrétiennes dans les zones conquises » : que l’auteur donne les chiffres!!
    Avec les Moghols en Inde ceux qui ne voulaient pas se convertir ont été exterminés par dizaines de millions!
    Prétendre que l’islam n’a pas été imposé par la force est une imposture. Il ne suffit pas de citer des contre exemples ( Indonésie, Sénégal) pour oublier ce qui s’est passé dans certaines zones.

  • Je me demande pourquoi il y a autant d’articles sur les musulmans ici, cela va faire baisser le chômage, cela va t’il me donner a manger ?

    Ça commence a me rebuter, je préfère des articles économique de la vie réelle (vivre d’amour et d’eau fraiche, ça ne fonctionne pas)

  • Les commentaires sont fermés.

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