École : la révolution des « Academies » et des « Free Schools » en Angleterre

L’Éducation nationale serait bien avisée de s’inspirer des innovations menées au Royaume Uni accordant plus de liberté aux établissements scolaires.

Par Lionel Devic, président de la Fondation pour l’école.

West London Free School opening - Hammersmith & Fulham Council - (CC BY-NC-ND 2.0)
West London Free School opening – Hammersmith & Fulham Council – (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Comme en France, notre voisin anglais a été confronté à une baisse de qualité patente de son école publique. Mais la force de Londres a été de le reconnaître sans ambages et de chercher des solutions pragmatiques. Comme les États-Unis qui admettent sans fausse honte que leur système public compte des « failing schools », le gouvernement britannique a eu le courage de reconnaître le problème et d’innover en suscitant le développement d’Academies et de Free schools pour permettre aux enfants piégés dans des écoles publiques de piètre niveau d’aller étudier dans de bonnes écoles.

Les premières Academies ont été ouvertes en septembre 2002 pour le secondaire et les
quartiers ayant de mauvais résultats académiques, avant d’être étendues à partir de 2010 à tous types d’écoles. De nombreuses écoles publiques se sont « converties » en Academies. À cela se sont ajoutées les Free schools à partir de 2011. Ce sont des écoles ouvertes cette fois-ci à l’initiative des parents et non de l’État. Il y a en ce moment 4 167 Academies et 251 Free schools. 13% des écoles primaires et 60% des écoles secondaires ont aujourd’hui le statut d’Academies ou de Free schools en Angleterre, tant le taux de conversion d’établissements publics ordinaires a été important ces dernières années.

Les Academies, ces écoles publiques indépendantes 

Les Academies sont des écoles publiques indépendantes financées directement par l’État et échappant aux instances locales habituelles de contrôle du système éducatif anglais. Elles donnent plus de libertés aux directeurs et professeurs dans l’espoir de promouvoir la diversification (et l’innovation) de l’offre scolaire globale afin d’en améliorer la qualité.

Elles reçoivent le même financement que les écoles publiques ordinaires. Ce qui fait la différence c’est que l’école gère et décide de l’emploi de 100% de son budget alors que les écoles ordinaires n’en gèrent librement qu’une partie, l’autre étant répartie par l’autorité scolaire locale. Les écoles situées dans des zones aux résultats académiques préoccupants sont confiées à des « sponsors », groupes de personnes responsables de l’amélioration des résultats de l’école. Il peut s’agir d’universités, d’organisations caritatives, d’organisations religieuses, d’écoles indépendantes (privées). Plus récemment, certaines Academies ayant un niveau de réussite exceptionnel ont pris la responsabilité, en tant que sponsors, de sortir de l’échec d’autres écoles publiques.

Leurs obligations

Elles doivent accepter tous les élèves qui se présentent, gratuitement, et respecter le même cadre réglementaire en matière d’accueil des élèves que les autres écoles publiques. Elles doivent adhérer à un « trust d’Academies », qui négocie les accords financiers avec l’État et est garant de leur respect ; leurs sponsors ne sont pas autorisés à faire du profit de leur implication dans l’école. Leur budget est plus étroitement contrôlé par l’État : « Academies are subject to a robust accountability system », contrepartie logique de la plus grande liberté dont elles jouissent.

Leurs libertés 

Par rapport aux écoles publiques ordinaires gérées par l’autorité académique locale, les Academies jouissent de trois libertés fondamentales : liberté de programme (« freedom in delivering the curriculum »), lequel doit rester large et équilibré ; liberté de recrutement et de rémunération du personnel, au besoin en dehors du vivier des « qualified teacher status » ; et liberté de fixer la durée de l’année scolaire.

Leurs performances

L’amélioration de niveau est incontestable pour les Academies issues d’écoles publiques de faible performance académique. Ainsi, en moyenne, selon le ministère, une Academie ouverte depuis trois ans enregistre une augmentation de 12% des résultats de ses élèves au GCSE (l’équivalent de notre diplôme de brevet, mais passé en seconde). Un effet positif d’entraînement sur les écoles publiques locales a pu aussi être constaté puisque les écoles publiques ordinaires ont progressé de 6%. L’institut national d’évaluation (OFSTED) a établi que 27% des écoles primaires et 16% des collèges convertis en Academies ont des résultats excellents contre seulement 12% des écoles primaires publiques et 10% des collèges publics ordinaires. La Westminster Academy (sponsored secondary academy in West London), avec ses 90% d’élèves issus de l’immigration et ses 50% d’enfants éligibles aux repas gratuits, a su obtenir 69% de bons résultats aux GSCE contre seulement 46% en 2011 avant leur conversion.

L’école a été classée par l’OFSTED parmi les « oustanding » schools. Ce seraient la priorité
accordée à la qualité du personnel et l’implication des sponsors qui seraient responsables de tels progrès.

Avec les Free schools, place aux parents

Toute personne ou groupe de personnes ayant une vision éducative forte et un plan éducatif précis, apportant la preuve d’une demande importante de la part des parents pour une telle éducation, présentant des finances saines et une aptitude à lancer rapidement une nouvelle école peut déposer son dossier auprès du Department for Education. Les Free schools peuvent être installées dans d’anciennes écoles ou dans des locaux reconvertis à cet effet. Les initiateurs de Free schools peuvent être des associations ou fondations, des universités, des entreprises, des groupes éducatifs, des professeurs visionnaires, des parents motivés. Les Free schools sont majoritairement implantées dans les quartiers les plus pauvres de villes comme Bradford, Birmingham. 72% des écoles ont été ouvertes pour pallier une surpopulation dans les écoles publiques ordinaires ; 24% des Free schools sont confessionnelles (ce qui est moins que dans le réseau des écoles publiques ordinaires existantes, qui peuvent être confessionnelles au Royaume-Uni). Ces écoles ont le droit de réserver 50% de leurs places aux enfants de leur confession.

Si le projet est approuvé par le ministère, les financements nécessaires pour acheter, construire ou louer et équiper l’école sont intégralement apportés par l’État. Les coûts d’investissement sont de 40% plus bas que ceux supportés pour une école ordinaire. Une fois l’école lancée, elle reçoit la même somme par élève que celle reçue par les écoles publiques ordinaires avoisinantes. L’idée fondamentale est de miser sur la société civile et les meilleurs professeurs ou directeurs pour régénérer le système. Les écoles sont gérées par des « independant charitable trusts » dont les membres travaillent pro bono. Les responsables politiques ou responsables administratifs en sont exclus. Elles jouissent des mêmes libertés académiques et de recrutement et management de leurs équipes que les Academies. De même, elles ne peuvent générer un profit qui ne soit pas réinvesti dans l’école. Leurs différences résident dans leur aptitude à impliquer davantage les parents d’une part et à tirer davantage profit des capacités d’innovation et de l’énergie de la société civile d’autre part. Actuellement, 112 nouvelles Free schools sont en cours de préparation.

Conclusion

Réformer un système éducatif est généralement un processus très long, ce qui est dissuasif pour les responsables politiques toujours soucieux de récolter eux-mêmes les fruits politiques de leurs initiatives. Réformer l’Éducation nationale française, qui est le 6e plus grand employeur au monde (!), paraît à bien des égards impossible. Et les réformes successives décidées et mises en œuvre d’en haut passent de plus en plus mal. Or, la force de la réforme scolaire anglaise est justement sa rapidité de déploiement et de résultat. C’est un avantage que nos responsables politiques pourraient prendre en considération. De surcroît, les Free schools ont un effet d’entraînement positif sur les écoles ordinaires (ce que reconnaissent 72% des directeurs d’écoles publiques ordinaires interrogés) et ne leur « prennent pas d’argent » puisqu’elles sont, comme elles, financées au prorata du nombre d’enfants scolarisés.


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