Le désastre du financement des start-ups françaises

Les chiffres que vient de publier la DGE de Bercy sur le financement des start-ups donnent l’explication de cet effondrement.

Par Bernard Zimmern.

hindenburg disaster credits rupert colley (CC BY 2.0)
hindenburg disaster credits rupert colley (CC BY 2.0)

 

Avec 40.000 entreprises employeuses (ayant au moins un salarié) par an avant la crise de 2008, nous avions déjà créé la moitié du nombre d’entreprises employeuses créées par les Allemands ou les Britanniques. En 2009, ce chiffre est tombé à 33.000 et a poursuivi sa chute.
Eurostat publiait ainsi, qu’en 2012 nous avons créé seulement 26.000 entreprises employeuses avec 100.000 emplois salariés et les Britanniques 237.000 entreprises employeuses avec 600.000 emplois salariés. Un désastre qui explique la montée inexorable du chômage en France alors que les Allemands et les Britanniques sont proches du plein emploi.

Les chiffres que vient de publier la DGE de Bercy sur le financement des start-ups donnent l’explication de cet effondrement.

La DGE (la Direction Générale des Entreprises) est la direction de Bercy qui rassemble les experts de l’ex-ministère de l’Industrie. Dans un PowerPoint présenté lors du dixième anniversaire de la naissance des Réseaux de Business Angels, la DGE a montré que les sources principales de financement des start-ups, que sont normalement les Business Angels, et accessoirement, le capital-risque, étaient insignifiantes :

– 60 millions d’euros pour les Réseaux de Business Angels et vraisemblablement autant, d’après un rapport européen, pour les Business Angels que l’on peut qualifier d’indépendants (voir explications en annexe pour définitions). Pour référence, le même chiffre aux USA cité par le PowerPoint, était de 20 milliards de dollars. Nous pouvons ajouter qu’au Royaume-Uni, les statistiques du Trésor britannique montrent que sous l’impulsion du seul avantage fiscal que représente l’EIS, l’équivalent de l’avantage Madelin en France, les Business Angels investissent déjà plus de 1 milliard de livres.

– Le Powerpoint indique par ailleurs que le capital-risque injecte dans nos entreprises environ 6 milliards d’euros, mais en donnant la distribution des apports par taille et en commençant avec un premier échelon qui se situe à 5 millions d’euros, il montre bien, « en creux », que les apports du capital-risque français dans la zone critique du démarrage des start-ups, celle entre 100.000 et 1 à 2 millions, sont également négligeables. On le sait depuis longtemps : il y a plus de 50 ans que les Américains ont reconnu que le capital-risque ne trouvait pas sa rentabilité dans des investissements situés dans cet intervalle ; et ils ont mis en place des dispositifs fiscaux pour multiplier les Business Angels. Pour faire traverser aux entreprises la « vallée de la mort », seuls des apports de fonds par des individus se sont révélés rentables et non ceux d’institutions comme les fonds de capital-risque.

– Un petit coup de chapeau est donné par le Powerpoint à la BPI (successeur d’Oséo) et à la Caisse des Dépôts qui viennent saupoudrer un peu tout le monde avec des fonds publics ; mais quel est le Français qui peut encore croire que les représentants syndiqués de la BPI vont se défoncer pour l’entreprise dans laquelle ils n’ont aucun investissement personnel et avoir, même de loin, l’efficacité des investisseurs privés risquant leurs fonds personnels ?

Il faut savoir gré à la DGE de Bercy d’avoir avoué publiquement ce que les connaisseurs savent depuis longtemps et que ceux qui ont essayé de créer des start-ups ont appris à leur dépens.
Il serait cependant bon que la DGE corrige officiellement une erreur indiquant un investissement moyen par Business Angel aux USA de 400.000 dollars et de 114.000 euros en France alors que le document européen source cite pour la France seulement 16.000 euros. Ce montant de 114.000 euros pourrait laisser croire que les investissements des 8.000 Business Angels estimés pourraient atteindre 900 millions alors que le document source indique bien que l’investissement total est d’environ 120 millions, tous Business Angels confondus.

Explications complémentaires 

– Différence entre réseaux de Business Angels et Business Angels indépendants : les Business Angels sont ceux qui apportent des fonds à une entreprise dans sa phase de démarrage en contrepartie d’actions ou de titres de participation en espérant faire un jour des plus-values. Les montants moyens mis par un Business Angel américain étaient déjà en 1990 (rapport Gaston) l’équivalent de 200.000 euros de nos jours, permettant ainsi à un créateur d’entreprise de réunir 500.000 euros avec une poignée d’actionnaires. Il y a quelques années se sont développés aux USA des réseaux, des groupes de petits Business Angels mettant individuellement 5 à 10 fois moins et se groupant pour parvenir à investir collectivement le même montant qu’un Business Angle indépendant. Mais ils représentent seulement quelques pourcents de l’investissement total des Business Angels opérant individuellement et que nous désignons par Business Angels indépendants. Le peu de succès des Business Angels de réseau, qui en fait presqu’un apostolat, s’explique par le fait que le créateur d’entreprise veut bien accroître son assemblée générale de quelques actionnaires, mais pas de dizaines qui rendent les prises de décision beaucoup plus difficiles.

– Faute de dispositifs fiscaux adéquats comme en ont les USA ou le Royaume-Uni, la France n’avait pas en 2002 de Business Angels et les faisait même fuir avec l’ISF. Comme leur absence est devenue évidente et insoutenable politiquement, Renaud Dutreil, ministre des PME et Bercy ont imaginé de faire croire que le problème était résolu en encourageant par des subventions la création de réseaux mais en évitant soigneusement tout dispositif qui pourrait créer des vrais Business Angels indépendants, seuls à même d’avoir un impact sur la création d’entreprises. Un village Potemkine de plus imaginé par Bercy après un Avantage Madelin plafonné au dixième des Britanniques et le rendant inopérant, la SUIR (Société Unipersonnelle d’Investissement à Risque dont il a été créé moins de 10 exemplaires), etc.

Documents publics à consulter :

« Éléments sur la politique française d’innovation et son impact sur les start-up ».DGE.11 mars 2015.
– Document européen cité ici
Eurostat

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