Une injustice méconnue : un meilleur salaire dans le public

Comment expliquer une telle différence alors que le point d’indice, servant de base au calcul du traitement des fonctionnaires, est bloqué depuis 2010 ?

Par Henri Dumaine.

Fonctionnaire - René Le Honzec - Contrepoints301Afin de brouiller les pistes, les syndicats du secteur public ont obtenu l’abrogation de l’article 15 de la loi Le Pors (2007) qui prévoyait la publication d’une annexe aux projets de loi de finances permettant d’établir une comparaison entre les salaires du public et du privé.

C’est désormais l’Insee qui se charge de calculer ce différentiel. Dans deux rapports datés de juillet et décembre 2014, l’institut indique qu’en 2012 le salaire net moyen mensuel dans la fonction publique d’État s’établissait à 2 434 euros contre 2 130 dans le privé. Ce dernier chiffre étant à prendre avec des pincettes puisque l’Insee prend en compte dans son calcul les salariés des entreprises publiques

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Comment expliquer une telle différence alors que le point d’indice, servant de base au calcul du traitement des fonctionnaires, est bloqué depuis 2010 ?

Un mécanisme d’avancement automatique

Tout d’abord parce que la faible progression de l’inflation a permis aux fonctionnaires de préserver une partie des gains acquis après une longue série de coups de pouce salariaux. Ensuite, parce que même si le gel du point a freiné les revalorisations automatiques, d’autres mécanismes jouent encore. Les fonctionnaires profitent notamment du système de « glissement vieillissement technicité » (GVT), un mécanisme d’avancement automatique, de l’accroissement des primes et des indemnités et d’une garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA), leur assurant un supplément de salaire en cas de perte de revenu par rapport à l’inflation.

Le GVT garantit une augmentation de salaire tous les 3 à 4 ans, le GIPA garantissant à ceux qui n’ont bénéficié d’aucune revalorisation salariale durant quatre ans une hausse égale à l’inflation cumulée la cinquième année. Autant de béquilles sociales dont les salariés du privé, confrontés à la crise depuis 2008, ne bénéficient pas.

La moyenne des salaires du public masque cependant des différences importantes. Selon l’Insee, les ouvriers et employés d’État et ceux des hôpitaux disposent d’un revenu moyen plus élevé que leurs homologues du privé. Par contre, les cadres des trois familles de la fonction publique sont, en moyenne, moins rémunérés que dans le privé. Ces cadres sont toutefois plus nombreux et plus âgés que dans le privé. Quant aux professions intermédiaires, leur salaire est quasiment équivalent entre le public et le privé, en dehors de la filière soignante et sociale (infirmiers compris).

  • «Les inégalités public-privé»Les Enquêtes du contribuable de février/mars 2015. 3,50€€. En kiosque le lundi 2 février et sur abonnement. Vous pouvez commander en ligne ce numéro.

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