Les profs sont-ils sous payés ? L’Éducation nationale et ses totems

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À la suite d’Anne Hidalgo, beaucoup pensent qu’augmenter le salaire des profs résoudrait les problèmes de l’Éducation nationale. Est-ce si sûr ? 

Par Jean-Baptiste Noé.

Difficile de savoir combien est réellement payé un professeur. Certes, il existe une grille salariale, mais de nombreux autres paramètres entrent en compte, comme les heures supplémentaires, les diverses primes, les responsabilités au sein de l’établissement, etc.

Compte tenu de leur temps libre, certains professeurs du public exercent en complément dans des établissements privés ou bien ont d’autres métiers à côté. La question salariale dans l’Éducation nationale se focalise trop sur la fiche de paye sans voir l’origine du problème : la nature même de l’Éducation nationale.

Fixation des prix

Le salaire est un prix, celui auquel un employeur achète une force de travail. Comme tous les prix, le salaire doit être libre et résulter de la loi de l’offre et de la demande, du rapport entre l’employeur et l’employé, de la qualification et de la compétence des personnes recrutées. L’Éducation nationale et sa gestion socialiste et administrative bloquent les prix en enfermant les professeurs dans une grille salariale. De ce fait, il se produit ce qui se passe à chaque fois que l’on bloque les prix : pénurie et baisse de la qualité.

En matière salariale dans l’école ce sont plusieurs totems qu’il faut briser, or ceux-ci touchent à la nature même de l’institution.

Premier totem : la grille salariale

L’évolution du salaire ne dépend ni de la qualité du professeur ni des besoins de l’établissement, mais uniquement de la grille salariale et de l’avancée en âge. C’est une profonde source de démotivation. Les professeurs n’ont pas intérêt à être bons puisque qu’un bon professeur sera moins payé qu’un mauvais professeur, si celui-ci est plus âgé. Pourquoi alors passer du temps pour préparer de bons cours ou bien corriger les copies puisque le salaire n’est nullement fonction de la qualité intrinsèque du professeur ? Avoir une rémunération personnalisée et non pas indiciaire est la première chose à faire pour valoriser le métier du professeur. Mais faire cela, c’est rémunérer au mérite et créer une concurrence entre les professeurs, ce qui est contraire au principe même d’Éducation nationale.

Deuxième totem : l’égalité géographique.

Un professeur est rémunéré selon la même grille, qu’il enseigne à la campagne ou en Île-de-France. Or le coût de l’immobilier et de la vie en général n’est pas du tout le même. Là aussi, le salaire devrait varier en fonction de la situation géographique. Mais c’est heurter de front le mythe de l’égalité géographique.

Troisième totem : l’égalité disciplinaire

La grille salariale est la même quelle que soit la discipline enseignée. Sauf que préparer un cours de mathématiques est autrement plus long et compliqué que préparer une séquence de dessin ou de sport. Certaines disciplines ont des copies à corriger, d’autres non. Au lycée, les corrections de dissertation des disciplines littéraires prennent beaucoup de temps ; un temps de travail que n’a pas le professeur de sport. La grille salariale devrait donc varier en fonction des disciplines. Face aux manques béants de professeurs dans les disciplines scientifiques, notamment en mathématiques et en physique, il faudrait revoir ce mythe égalitaire. Difficile de recruter un ingénieur de 50 ans qui désire se reconvertir en lui expliquant qu’il va devoir commencer tout en bas de la grille indiciaire et donc diviser son salaire par quatre.

 

Si les professeurs ont le salaire qu’ils ont, c’est donc en raison de la nature même de l’Éducation nationale, de son socialisme et de son mythe égalitaire. Un socialisme que beaucoup dénoncent, mais que peu veulent remettre en cause. Qui est prêt, dans l’Éducation nationale, à libérer les salaires et à rémunérer non plus en fonction de grilles indiciaires mais en fonction de la qualité du professeur et des besoins des établissements ?

À cela s’ajoutent d’autres problèmes : les charges salariales et les taux d’imposition qui, comme pour tous les salariés français, mangent une grande partie du salaire ; l’obésité du système administratif, qui absorbe plus de 40 % de la masse salariale, quand la moyenne est autour de 25 % dans les autres pays de l’Union européenne.

L’Éducation nationale meurt de sa nature même, du fait d’être une administration obèse, centralisée, égalitariste et refusant toute liberté. Aucune réforme n’est possible, car ce n’est pas un problème de déviance, mais de nature même du système. D’où les démissions et les difficultés de recrutement.

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