Climathon, semaine 8 : tout est lié

Dominos risque systémique (Crédits Adrià Ariste Santacreu, licence Creative Commons)

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Par Benoît Rittaud.

Dominos risque systémique (Crédits Adrià Ariste Santacreu, licence Creative Commons)
Dominos risque systémique (Crédits Adrià Ariste Santacreu, licence Creative Commons)

 

Pas de vacances pour le climathon, toujours dans le rythme avec encore de belles envolées réalisées par nos compétiteurs de tous horizons.

Pour notre premier accessit, rappelons tout d’abord qu’en France, un rapport officiel, premier du genre et paru il y a à peine trois mois, a établi que la profession d’agriculteur est la plus exposée au suicide (trois fois plus de cas en proportion que chez les cadres). Il était donc à craindre que ce point noir figurât en tête des préoccupations du ministère concerné. Fort heureusement pour l’avenir de la planète, ce ne sont pas ces considérations de second ordre qui ont été mis à l’honneur lors du forum organisé par les plus hautes instances de la République la veille du Salon de l’agriculture, mais cet autre sujet à l’évidence beaucoup plus crucial pour les représentants de la filière :  « Agriculture et changement climatique » . Sans doute doit-on penser que la crainte de l’apocalypse climatique est la cause première du désespoir de si nombreux agriculteurs (même si, curieusement, le rapport susmentionné n’en parle pas). Quoi qu’il en soit, il est réconfortant de voir que, dans les allées du Pouvoir, l’on garde en tête l’importance qu’il y a à bien se positionner pour le climathon.

L’économiste Patrice Geoffron fait lui aussi son entrée dans la liste des accessits, pour cette conclusion de haut vol d’un article sur la chute du cours du pétrole :

« -2100 milliards pour le pétrole échangé (1/3 de la production), dont -600 milliards pour 2015. Cette réallocation entre exportateurs et importateurs est une bonne nouvelle pour une Europe convalescente (d’autant que le prix du gaz sera tiré vers le bas), mais une alerte à l’abord de la conférence sur le climat de Paris de décembre 2015 : il est plus facile de réduire l’emprise du pétrole si la conviction commune est que son prix a vocation à être élevé. Il est toutefois possible de faire de ce choc une opportunité pour le climat : à la conférence de Copenhague en 2009, l’engagement a été pris d’abonder un fonds de 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, pour soutenir les efforts dans ce domaine des pays les plus pauvres. Gageons qu’Européens et Américains sauront utiliser les nouvelles marges de manœuvre que leur donne cette chute des prix du pétrole pour accélérer leur abondement de ce fonds et contribuer faire de la COP 21 de Paris un succès. »

Le style « zut, ça nous coûte moins cher », qui avait déjà partiellement valu à Laurence Tubiana son accessit de la semaine 6, se double ici d’une remarquable analyse politico-économique. Nul doute en effet que les économies réalisées en Europe et aux États-Unis grâce au pétrole meilleur marché doivent être reversées au Fond Verdoyant pour un Climat plus Frais. À notre époque où l’argent coule à flots, il suffisait d’y penser.

Fidèles au poste, les pages « Planète » du journal Le Monde nous apprennent, par l’intermédiaire de Stéphane Lauer, qu’à New York la température pourrait monter de 7°C d’ici la fin du siècle. Et pour faire bonne mesure, la mer pourrait quant à elle monter de 1,82 m. On appréciera la précision au centimètre près du journaliste, mais aussi cette belle lapalissade des experts cités dans l’article :

« Il est virtuellement certain que l’élévation du niveau de la mer va conduire à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations le long des côtes au fur et à mesure que nous avancerons dans le siècle. »

Si la mer monte, alors les côtes seront touchées : heureusement qu’il y a des experts pour le savoir, et des journalistes pour nous le rapporter.

Le vainqueur de la semaine 8

Le jury du climathon aime à récompenser l’innovation. C’est donc avec un vif plaisir qu’il prime cette semaine une interview de Naomi Klein, qui contient une construction de propagande remarquable d’originalité. Chacun se souvient du fameux coup de Klaus Schwab, vainqueur de la semaine 4 pour avoir lié climat et terrorisme quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo. C’est avec beaucoup de talent et de conviction que Naomi Klein a réutilisé cette même stratégie du « tout est lié », cette fois en jetant un pont entre réchauffement climatique et crimes racistes :

« Certains d’entre vous auront peut-être lu mon article qui tentait de faire le lien entre le mouvement #BlackLivesMatter [Mouvement apparu aux États-Unis après l’assassinat d’un Noir par un policier blanc à Ferguson] et celui pour la justice climatique. Tout ce pour quoi nous nous battons est basé sur le principe de justice raciale. La manière dont nos gouvernements gèrent la crise climatique ne tient pas compte de la dépréciation de la vie des Noirs par rapport à celle des Blancs. Nous devons dénoncer cette gestion raciste de la crise climatique, et pour cela, il va falloir se mobiliser. »

Comme souvent pour nos brillants vainqueurs, la citation parle d’elle-même. Nul besoin de la commenter, si ce n’est d’un coup de chapeau.

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