Macron révolutionne l’univers des politiciens

Emmanuel Macron credits Official leweb photos (licence creative commons) (CC BY 2.0)

Il faut reconnaître à la loi Macron le mérite d’avoir secoué le monde des politiciens.

Par Bernard Zimmern.

Emmanuel Macron credits Official leweb photos (licence creative commons)
Emmanuel Macron credits Official leweb photos (licence creative commons)

 

Il est intéressant de voir un non politicien en train de révolutionner le monde de la politique. La loi Macron peut être considérée par des Français lucides comme insuffisante parce que beaucoup de ses réformes ne sont que demi-mesures. À l’inverse, ses défenseurs soulignent l’étendue de cette loi qui couvre plus de 200 articles dont l’extension des ouvertures dominicales n’est qu’une très petite face émergée.

Mais à voir les réactions de l’opposition, hors quelques députés lucides comme Hervé Mariton ou Jean-Christophe Fromantin, cette loi est un révélateur du retard pris par le monde des politiciens sur l’opinion publique et sur les besoins d’évolution du pays. Elle met en pleine lumière la formation des politiciens français, une école de postures et non pas celle des dossiers et des faits, sans préjugés. Un politicien doit continuer à servir la même soupe tiède à un électorat à qui il l’a vendue lors de son élection et dont il imagine mal que la recette doive évoluer.

Mais cette indigence est elle-même la résultante de la médiocrité de leur sélection. On pouvait espérer que les primaires permettraient un renouvellement des cadres d’un parti comme l’UMP. Il semble malheureusement que le carriérisme au sein des factions ait rendu impossible l’arrivée au sommet de nouvelles personnalités. Ce sont les mêmes que l’on retrouve pendant des années dans les directions, malgré leurs échecs ou leurs trahisons.

L’une des très grandes difficultés du redressement de la France est de trouver comment attirer vers la vie publique les meilleurs des jeunes. Pour l’instant, le seul escalier confortable vers les sommets de la politique s’avère être celui des grands corps de l’ENA. C’était le cas pour Jacques Chirac ou pour François Hollande, tous deux sortis à la Cour des comptes. C’est le cas pour Emmanuel Macron, sorti à l’inspection des Finances.

La seule différence nous paraît être qu’Emmanuel Macron n’a pas fait ses classes dans les préaux d’école. Il est arrivé directement à un poste ministériel, et pas pour le remercier d’une longue carrière au service d’un parti. Et il fait des réformes. Horresco referens !

L’autre trait qui nous semble caractériser cette crise, c’est d’avoir illustré la complexité des textes dans lesquels nous sommes enfermés. Plus de deux cents articles pour cette loi. Elle rappelle qu’aborder n’importe quel domaine législatif demande maintenant des connaissances approfondies de juristes, très loin de l’image de parlementaires, proches des besoins du peuple. Nous nous demandons comment ces parlementaires peuvent savoir ce qu’ils votent. De plusieurs années passées à les côtoyer, nous connaissons malheureusement la réponse : à part quelques spécialistes, ils ne le savent généralement pas.

On peut être contre la loi Macron pour ne pas avoir été assez loin, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir secoué le monde des politiciens et de faire entrevoir aux Français le dédale juridique dans lequel nous ont enfermé des dizaines d’années d’incurie parlementaire. La France étouffait ; elle n’est peut-être pas sortie de l’hôpital mais elle respire mieux.


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