Patriot Act : victoire du terrorisme sur la liberté

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Dr Stangelove credits J Vaughan (licence creative commons)

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Patriot Act : victoire du terrorisme sur la liberté

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 janvier 2015
- A +

Par Aurélien Véron.

Dr Stangelove credits J Vaughan (licence creative commons)

La tuerie de Charlie Hebdo a déclenché une vague d’émotion sans précédent en France. Quatre millions de Français sont descendus dans la rue le 11 janvier en mémoire des victimes et pour défendre la Liberté, cette Liberté chérie magnifiée sous la plume de Paul Éluard et qui triomphe dans la 6ème strophe de la Marseillaise. Les réactions en faveur de la liberté d’expression se sont multipliées dans le monde entier. Cette victoire des symboles n’a pas duré. Le même jour, Valérie Pécresse a appelé à l’instauration d’un Patriot Act à la française. Et les (très) mauvais esprits qui ont cédé à la tentation de la provocation, par haine du système ou par simple irrévérence, ont été systématiquement poursuivis et, pour certains, placés en garde à vue. Nous ne pouvions imaginer pire hommage au très irrespectueux Charlie Hebdo !

La liberté, se sentir en sécurité ?

Les Français craignent d’autres attentats, ils ont sans doute raison. Les signaux ne manquent pas. Le terrorisme islamiste est perçu comme une menace exceptionnelle qui appelle des mesures exceptionnelles. Sous l’effet de la peur, il est tentant de croire qu’en sacrifiant un peu de liberté, le pays aurait plus d’atouts pour l’emporter dans cet obscurantisme meurtrier. La liberté ne consisterait alors plus à penser et agir dans les limites de ce qui ne nuit pas à autrui, mais à se sentir en sécurité. Pas si simple. Ce travestissement de la liberté est dangereux. L’objectif de la terreur, c’est de diviser les communautés, miner la confiance et affaiblir les fondements démocratiques d’un pays. Chaque fois que nous renions nos valeurs, c’est donc la nébuleuse terroriste qui marque des points.

Une dangereuse addiction des pouvoirs publics américains

patriot act (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

D’autant que les lois d’exception engendrent une dangereuse addiction des pouvoirs publics. Le Patriot Act devait durer quatre ans lors de sa mise en place en 2001. Dix ans plus tard, cet arsenal sécuritaire est toujours en place. Et il ne sert plus, pour l’essentiel, à lutter contre le terrorisme. Guantanamo, le recours à la torture, l’assassinat sans jugement de citoyens américains par des drones hors du territoire et les exactions commises par les services secrets au nom de la lutte contre le terrorisme marquent d’une tâche bien sombre l’histoire des États-Unis.

Ces atteintes graves et répétées aux principes démocratiques laisseront des séquelles. Au prix d’un recul sans précèdent des libertés civiles aux États-Unis, ces dispositions n’ont pas amélioré sensiblement la sécurité des Américains : 152 attentats (39 morts et 363 blessés) ont eu lieu sur le territoire américain depuis le 11 septembre 2001 selon le Global Peace Index.

La France a déjà son Patriot Act

En réalité, la France dispose déjà de son Patriot Act avec la Loi de Programmation Militaire du 18 décembre 2013 venue renforcer la LOPPSI 2. La police n’avait pas attendu cette loi pour mettre en place un programme illégal de géolocalisation et de surveillance téléphonique, baptisé « Pergame ». En livrant 70.3 millions de conversations téléphoniques collectées entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013 à la NSA, la DGSI va un peu plus loin qu’une simple coopération. Dorénavant, la DGSI peut pénétrer légalement chez n’importe quel suspect en son absence pour perquisitionner et pirater ses ordinateurs.

L’enregistrement des conversations téléphoniques, la géolocalisation des portables à l’insu de leur détenteur, la lecture des mails privés, le suivi des opérations bancaires, tout est à portée de clics sur simple décision administrative, sans passer par un juge. Les FAI et les hébergeurs sont devenus des indics malgré eux. La loi sur le renseignement est en passe d’autoriser la pose de balises et de caméras dans des lieux privés. Toujours sans magistrat. Cette ingérence dans la vie privée des Français n’est pas plus concluante que le Patriot Act aux États-Unis.

Nos libertés ont déjà trop reculé

La DGSI fait d’abord un travail minutieux d’enquête sur le terrain. Sa contrainte pour suivre ses suspects, ce sont les moyens. C’est la raison qui a poussé la DGSI à abandonner la piste des frères Kouachi 6 mois avant l’attentat. Rien ne sert d’ajouter de nouvelles mesures intrusives et répressives. Nos libertés ont déjà trop reculé, ne perdons pas notre âme en allant plus loin dans le dépeçage de l’état de droit. Exigeons de l’État qu’il renforce les moyens budgétaires destinés à lutter contre la menace terroriste, mission régalienne au poids encore très modeste. Ne fermons pas les frontières au sein de l’Union Européenne mais encourageons la coopération déjà largement en œuvre entre pays européens.

Nous devons être déterminés à préserver nos libertés pour ne céder en rien à la terreur. La victoire viendra de la supériorité de nos valeurs démocratiques et libérales.

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  • patriot act….je soupçonne les perchés d’en haut de vouloir avant tout surveiller tout les français , et pas seulement les éventuels térroristes ; quand à préserver nos libertés , comment vont s’y prendre les français qui , je le rappele , ce sont jetés sur les anti déprésseurs suite à l’attentat de charlie hebdo ; ça doit bien faire rigoler les voyous ! le peuple français est devenu pleutres à force d’être couvé par l’état ; et ce n’est pas avec  » ça  » que l’on va pouvoir relever la tête et défendre nos libertés ;

    • Les pleutres sont ceux qui sont sortis dans la rue par millions pour clamer le droit à choquer ou bien les autres ?

      Et vous Marie, vous êtes sortie ?

  • Cher M. Véron,

    Si je vous lis avec sympathie et reconnais avec vous les dangers de l’Etat sécuritaire, surtout lorsque ses outils sont utilisés pour d’autres fins, je crains que vous fassiez preuve de trop d’angélisme et que certains de vos propos sont trop peu nuancés.

    Au passage, je note que l’article 2 de notre déclaration de 1789 énnonce que la sûreté fait parti, avec la liberté et la résistance à l’oppression, des droits naturels que le corps politique doit protéger. Vous ne pouvez être libre si vous ne vous sentez pas en sécurité, c’est pire qu’une interdiction légale car connue, qui permet de régler sa conduite.

    Vous savez, je vis au Cameroun et fait partie d’une minorité visible, cible potentielle. Les perspectives sont différentes que lorsque vous êtes 1 parmi 60 millions. Les moyens utiles pour déjouer les menaces ont plus de valeur.

    Vous reprochez à Barack Obama  » le recours à la torture, l’assassinat sans jugement de citoyens américains par des drones hors du territoire et les exactions commises par les services secrets « .

    Concernant l’accusation d’assassinat : ces gens ne sont pas de simple criminels « crapulleux », mais font partie d’organisations ayant déclaré la guerre à nos pays. En guerre, on n’arrête pas les ennemis pour les juger. On les met hors d’état de nuire, en les capturant ou les tuant, selon les possibilités.

    Quant à la torture : le mot est très mal choisi, car vous l’utilisez pour englober des pratiques extrêmement différentes, et toutes ne sont pas utilisées. Par ailleurs, les objectifs de mauvais traitements ne sont pas autres que la protection de vies innocentes. Pensez-vous que la vie d’innocents que vous mettez en balance à peu de frais, vaut moins que la peine que peuvent avoir les terroristes maltraités, ou une intrusion dans votre vie privée ?

    Dire que ce faisant nous perdons nos valeurs et qu’ainsi l’ennemi a gagné, ce n’est que de la rhétorique, comme lorsqu’on dit que gifler son enfant c’est une preuve d’échec. Eh bien ! Oui, il y a échec, mais il faut le corriger avec les moyens qui restent, avant qu’il ne soit trop tard.

    En revanche ce que vous faites, c’est accréditer l’idée que nous sommes moralement équivalent, ce que je conteste. Vous nous affaiblissez.

    • Nous occidentaux récoltons le fruit nos actes passés. Vous semblé suggérer que la France par exemple serait une innocente vierge injustement attaqué et obligé, le cœur dans l’âme, de se défendre comme elle peut. Mais quid de la colonisation, quid du support au dictateurs tyrannique à travers le monde durant les 150 dernières années? Ne sommes nous pas en guerre depuis très longtemps contre beaucoup trop de peuple dans le monde? Comment imaginer que le sol national ne serait jamais atteint? Avant d’anéantir les libertés des Français, de transformer la police et l’armée en une force d’occupation intérieure, de violer la correspondance et la vie privé de tous les français, un examen de conscience et une réévaluation de la politique étrangère de la France est nécessaire. Et c’est sans compter sur le fait que, en bon pompier pyromane, l’état à laisser entré en France des quantité massive d’étranger provenant justement de ces pays que nous avons (ou continuons) à martyrisé. Oui l’état Français (entre autre) à du sang sur les mains, des hectolitre de sang, et comme toujours c’est le peuple qui doit trinquer. Et comme le souligne l’article ces lois « d’exception » ne seront jamais abrogé car le pouvoir appel le pouvoir c’est comme une drogue à accoutumance forte d’une part et d’autre part cela sers les dessins de n’importe quel dirigeant : rendre les gens dépendant de l’état (même si c’est illusoire). Toute la machine technocratique à parfaitement intégré tous les « bienfaits » du terrorisme pour eux même. Hollande qui gagne 20 points dans les sondages, les policiers applaudis dans la rue, les pouvoirs des fonctionnaires se rapprochant de ceux des juges, décidément le malheur de quelques-uns est finalement bon pour d’autre…et le terrorisme n’est pas près de mourir, on y veillera…

      • Nous sommes en guerre contre qui?

        La colonisation est terminée depuis combien de temps?

        • Oui c’est vrai quand on envoie des soldats en dehors de la France ça n’est pas pour faire la guerre mais du « maintiens de l’ordre »…

          Suis je obligé de répondre à cette deuxième questions? la France à et continue de s’immiscer lourdement dans les affaire intérieure de beaucoup trop de pays notamment africain et nous avons passé le plus clair de notre temps à y faire la pluie et le beau temps, à manipuler ou mettre en place divers tyrans dans beaucoup trop de pays soit disant décoloniser. Tout comme les USA nous n’avons vraiment aucune leçon de démocratie et d’intégrité à donner au monde et un grand nombre de personnes ont de très bonne raison d’en vouloir à la France.

  • Pour permettre de visualiser la différence entre certaines techniques d’interrogation et ce que peut être la torture, je vous propose un extrait traduit d’un texte de William Shawcross, datant des controverses sur la prison d’Abou Graïb :

    « La différence entre l’inexcusable abus sur certains prisonniers par les troupes américaines, et la torture infligée systématiquement au cours des années Saddam, était explicite dans des vidéos faites au cours de l’époque de Saddam, dans lesquelles on montrait les prisonniers se faire couper les mains, casser les bras, arracher la langue. Selon Nick Schulz, un ancien producteur de documentaires qui a vu ces vidéos, elles sont presque impossible à regarder. Il a décrit les dans National Review :

    « [Une] clip s’ouvre au milieu des troupes d’élite de Saddam, les Fedayin de Saddam, scandant « Avec le sang et l’esprit, nous vous racheterons, Saddam ». Les Fedayins se tenaient debout dans une cour, applaudissant et aboyant. Un prisonnier yeux bandés, forcé à s’agenouiller et maintenu en position, voit ses bras écartés devant lui le long d’un mur de béton de faible hauteur. Un homme masqué membre des Fedayins lève une lame de trois pieds de long et farouchement claque sur la main de l’homme, lui tranchant le bout des doigts. La victime est lamentations, hurlant à l’agonie.

    « Le tortionnaire, pas assez satisfait de son premier effort, soulève de nouveau l’épée et l’abaisse une fois de plus sur l’homme immobile. Cette fois, il coupe les doigts plus proche de la main, le sang giclant sur la dalle de béton. La victime émet un cri que je n’avais jamais entendu – ne pouvait jamais imaginer entendre – venant d’un homme adulte, cette fois plus fort, plus dur que le premier.

    « La caméra se tourne ensuite vers l’assemblée des fedayins qui continuent rythmiquement à chanter..

    « Dans un autre clip, un détenu en capuchon et les yeux bandés est conduit dans une pièce où il est forcé de s’agenouiller, les mains liées derrière le dos. Un autre homme est assis devant le prisonnier avec d’épaisses pinces de métal et un scalpel. De sa main gauche il saisit la langue du prisonnier et la tire en avant avec la pince. Le scalpel dans son autre main, il tranche la langue du prisonnier avant de la jeter sur le sol.

    « Ce rituel est répété avec d’autres prisonniers qui sont alignés, accroupis, en rangée, comme des pièces sur une chaîne de montage.

    « Dans un premier temps je ne pouvais regarder ces clips sans me détourner à plusieurs reprises …. Ces extraits de films révèlent – et aident à « apprécier » la plénitude de l’inhumanité, l’absence d’âme, l’horreur, du régime de Saddam. Elles révèlent le caractère et la constitution morale de l’ennemi que les forces de la Coalition doivent affronter sur une base quotidienne.

    « Mais c’était les photos des abus limités des Américains dans la prison d’Abou Ghraib qui ont dominé l’actualité, pas l’horreur totale de l’époque de Saddam. Dès lors, Abou Ghraib a été invoqué par les opposants au renversement de Saddam Hussein pour tenter de remettre en cause les fondements de l’Opération « Liberté pour l’Irak. » « 

    • Le fait que le plupart des dictateurs soient d’immondes être sanguinaires ne doit pas nous entrainer à vouloir les imiter même de loin. Nous savons tous qu’il est possible d’obtenir une société parfaitement sécurisé, nous savons tous à quelle prix celle ci est obtenu. Les libéraux sont convaincu qu’une société ou la liberté est considéré comme le bien le plus précieux est non seulement moralement supérieur mais également une société qui permet d’accomplissement et l’enrichissement des individus qui la compose. En résumé une société d’individus libre est supérieure à une société d’esclave. ça n’est donc pas en rognant nos liberté, en rapprochant le fonctionnement de nos société de celle des tyrans que nous nous extrairons de nos problèmes bien au contraire. L’attaque contre charlie habdo est bien une attaque contre le liberté mais une attaque indirect. les terroristes ont obtenu exactement ce qu’ils désiraient : Une société française moins libre, plus violente, avec plus de censure, de contrôle, bref un pas dans la « bonne » direction pour eux puisque la liberté est leur ennemie.

  • Stéphane Lallement
    25 janvier 2015 at 1 h 55 min

    Aurélien Véron a écrit «Exigeons de l’État qu’il renforce les moyens budgétaires destinés à lutter contre la menace terroriste, mission régalienne au poids encore très modeste.»
    Suis-je le seul à y voir un problème, pour ne pas dire un danger ?
    Car enfin la principale chose qui protège les citoyens de la violence gouvernementale, ça n’a jamais été la loi, ça a toujours été le caractère limité des moyens matériels dont dispose le gouvernement.

    • Il n’y a pas besoin d’augmenter le budget de l’état pour lutter contre le terrorisme, il suffit d’arrêter de dépenser de l’argent a faire la guerre au 4 coins de la planète et d’affecter la police et la gendarmerie à ses vrai missions au lieu de persécuter les automobilistes par exemple. la France est le pays qui dispose du plus grand nombre de policiers par habitant, employons les correctement voilà tout!

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