Marisol Touraine choquée par une fresque paillarde

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)

Marisol Touraine ne comprend pas l’humour des étudiants en médecine. Et part en guerre contre des dessins.

Par Phoebe Ann Moses

Marisol Touraine (Crédits : tendencies Creative Commons)

La salle de l’internat du CHU de Clermont-Ferrand est décorée d’une fresque représentant cinq super-héros en version porno. Suivant l’actualité, elle a été agrémentée récemment de bulles de BD mettant en cause la loi de santé. Marisol Touraine, choquée, va demander qu’elle soit effacée : « L’esprit carabin ne peut justifier une telle démarche », et prétexte que cela ferait l’apologie du viol, ce que dénonce également Laurence Rossignol, secrétaire d’État.

tweet laurence rossignol

D’abord cette fresque, sans les bulles (qui redisons-le ont été ajoutées récemment) ne représente pas clairement un viol, plutôt une scène de « débauche assumée » entre super-héros. Les bulles ajoutées donnent certes un ton plus agressif à la scène, mais pas plus dérangeant que bien des couvertures de Charlie Hebdo.

Puisqu’en France il semblerait qu’on soit désormais d’ardents défenseurs de la liberté, voici la fresque en question (attention pour lecteur averti adepte de la liberté d’expression) :

fresque CHU Clermont-Ferrand

Si tout le monde s’accorde sur le goût douteux de la peinture, il faudra néanmoins que Marisol Touraine révise un petit peu l’histoire de l’humour paillard des carabins avant de l’interdire sans façon.

Il arrive en effet que les étudiants en médecine, lors de soirées où l’alcool n’est pas consommé avec modération, chantent des chansons paillardes et même – horreur – montrent leurs fesses. Ces excès ont une origine historique.

On admet dans le milieu médical que la grivoiserie, et même la grossièreté permettent d’alléger une pratique souvent difficile. En résumant beaucoup, cela donne ceci : la plus petite erreur dans ce métier peut vite tourner au drame. C’est pourtant une pression quotidienne.

Annoncer à quelqu’un qu’il va mourir est une expérience qui n’est vécue que dans ce corps de métier. Disséquer un corps, ou plus tard, explorer le corps et même l’intérieur du corps, suppose de dépasser des tas de complexes personnels, une éducation, des principes. On ne peut plus avoir de la pudeur face au corps qu’on examine.

Le médecin est la seule personne devant qui on se met nu quand il le demande, ce qui traduit parfaitement que c’est la seule personne qui regarde notre corps sans arrière-pensée. On ne se met pas nu à la demande lorsqu’on va chercher le pain, ou devant son garagiste ou lorsqu’on appelle le plombier (enfin ça dépend du contexte…). En clair, tous les tabous inculqués doivent tomber dans le cadre d’une consultation médicale. C’est la raison d’être de cet humour qui peut paraître déplacé.

Si Marisol Touraine se dit choquée, c’est qu’elle est peut-être sous l’influence de l’association « Osez le Féminisme », qui essaie visiblement de faire une interprétation fallacieuse de la peinture : « Les bulles ajoutées sur la fresque sembleraient indiquer que la femme violée, habillée en Wonder Woman, symbolise à leurs yeux (c’est-à-dire les médecins) la ministre de la Santé. C’est une menace misogyne en sa direction ».

Il pourra facilement être démontré que la fresque existait bien avant que Marisol Touraine fasse la une de l’actualité :

CHU de Clermont-Ferrand - salle des internes
Salle des internes il y a quelques mois.

 

On pourrait aussi expliquer qu’il est assez fréquent que les salles de gardes ou les locaux réservés aux étudiants en médecine soient décorés de motifs obscènes, que cela a même fait l’objet de plusieurs ouvrages fort bien documentés1, mais voilà pour cela il faudrait le minimum de culture que cette ministre en particulier (mais elle n’est pas la seule) n’a pas.

Mais cela ne suffira probablement pas aux censeurs de tous ordres, Conseil de l’Ordre des médecins, hommes politiques, CHU de Clermont-Ferrand, qui par des communiqués de vierges effarouchées ont tous en chœur condamné fermement cette « affaire inacceptable » (CNOM). Des poursuites seront même engagées contre les auteurs des « ces agissements inacceptables » (CHU). Bruno Leroux dit « stop aux dérapages » et EELV parle de « dérapage grossier, sexiste et infâmant ».

Il est déjà loin Charlie.

  1. Gilles Tondini : The Obscene Image: Parisian Hospital Break Room Graffiti (Anglais), novembre 2010.