Énergie : le jeu dangereux de l’Europe

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Gazprom Credit Thawt Hawthje (Creative Commons)

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Énergie : le jeu dangereux de l’Europe

Publié le 18 janvier 2015
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Par Jean-Pierre Riou

Gazprom Credit Thawt Hawthje (Creative Commons)

Le gazoduc South Stream devait sécuriser l’approvisionnement en gaz de l’Europe en réduisant sa dépendance aux pays de transit que sont actuellement l’Ukraine et la Turquie. EDF et l’italien ENI étaient partenaires du russe Gazprom dans ce projet. En raison du contexte politique, Vladimir Poutine vient d’annoncer son abandon le 1er décembre.

Le vice président de la Commission européenne chargé de l’énergie, Marcos Sevcovic, devait éclaircir cette situation, lors de sa visite à Moscou ce 14 janvier. Non seulement l’abandon a été confirmé, mais le PDG de Gazprom Alexeï Miller a ajouté : « À l’ avenir, Gazprom cessera tout transit de gaz destiné à l’Union européenne via l’Ukraine, pour se focaliser sur la Turquie ». Selon La voix de la Russie, devant son étonnement, il a précisé « qu’en cas de refus de l’UE de travailler selon les nouvelles réalités, les volumes de gaz russe destinés à l’Union européenne iront vers d’autres marchés. »

Ce gaz  passera donc par la Turquie et non pas par l’Ukraine, privant celle-ci des sommes importantes que la Russie lui versait pour son transit. À condition, toutefois, que ni la Russie ni la Turquie ne changent d’avis, et que l’UE construise, à ses frais, le gazoduc nécessaire. C’est à prendre ou à laisser, la Russie signifiant clairement qu’elle n’a pas besoin de notre marché. Peu d’analystes, jusqu’alors, imaginaient cette éventualité.

Vendredi 19 décembre, 70% des activités d’Alstom passaient sous contrôle américain par la vente à Général Electric (G.E.). Contrairement à ce qui était prévu et dans le plus grand silence, sa branche nucléaire a fait partie de la vente, avec les turbines Arabelle, fleuron de la technologie française. Qu’on le veuille ou non, le développement et la maintenance de notre parc nucléaire dépend désormais du bon vouloir américain.

Il est tentant, après ces deux événements stratégiques majeurs, d’évoquer le rôle de certains médias, aussi bien au sujet de la politique énergétique que dans la montée des tensions avec la Russie. Udo Ulfkotte, journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonce, entre autres, cette véritable propagande de guerre à l’encontre de la Russie et confesse son propre rôle d’agent non officiel des services secrets.

La filière nucléaire n’est pourtant pas moribonde, comme on se plait à le répéter en Europe.
De nombreux pays comme la Russie ou la Chine se sont lancés dans un programme nucléaire ambitieux, sans parler de l’Inde, de l’Iran ou de la Corée. De la Corée du sud, bien sûr puisqu’en Corée du nord, malgré l’éventualité d’un moratoire, c’est surtout la programmation des 80 ogives nucléaires militaires supplémentaires qui pose problème. Ainsi que leur rayon d’action

Il ne s’agit pas de sombrer dans le catastrophisme, simplement d’éviter de se cacher derrière son petit doigt. Et d’espérer une politique européenne lucide et responsable et non des compromis à visée électorale et médiatiquement corrects. Ce 14 janvier, Ségolène Royal annonçait la relance de l’énergie nucléaire française. Entre autre par le développement du démonstrateur Astrid du CEA, capable de répondre aux exigences d’indépendance énergétique, de gestion des déchets et bien sûr, de l’objectif considéré prioritaire de lutte pour le climat.

Aucune concession sur la sécurité ne doit, pour autant, être accordée. À la mise en service de chaque centrale de nouvelle génération, il paraît sage d’en arrêter d’autres plus anciennes. Mais en fonction d’un risque et non d’une doctrine figée. Avec les perspectives des avancées technologiques et non en pariant sur la conviction que les techniques de demain seront forcément intermittentes.

Et en donnant du temps au temps, puisque la surcapacité massive de notre parc de production électrique et la baisse de notre consommation nous le permettent. Pourtant, des dizaines de milliards d’euros d’argent public sont engagés dans le développement des technologies de stockage, des interconnexions, des smarts grids, des subventions au mécanisme de capacité ou à l’effacement diffus, nouvelle bulle spéculative convoitée par les affairistes.

Ces sommes colossales ont toutes pour objectif de chercher à rendre utilisable une électricité intermittente, produite selon les caprices météorologiques et non lorsqu’on en a besoin. Les subventions directes aux énergies renouvelables ne représentant qu’une petite part de cet argent public. Subventions qui étaient d’ailleurs appelées à décroître. Le tarif préférentiel étant présenté comme fixe et le prix du marché devant s’envoler.

C’est bien sûr l’inverse qui s’est passé, puisque ce tarif obligatoire est indexé. Notamment, le MWh éolien qui est passé de 82€ à 90,6 € actuellement, pendant que le prix du marché qui devait s’envoler se trouve au plus bas, à 28,2€/MWh au 3e trimestre 2014, soit 25% de chute en un an. Ce qui promet un surcoût supplémentaire sur nos factures d’électricité, par le biais de la CSPE (Contribution au service public de l’électricité). Pourtant, l’état d’urgence semble décrété dans la nouvelle loi sur la transition énergétique, qui limite les consultations, accélère les procédures et remet en cause les dispositions de la protection de l’environnement afin de hérisser au plus vite le territoire français d’éoliennes, comme si le scandale de leur inutilité devait éclater demain.

L’Allemagne espère parvenir à se passer du nucléaire. Avec 23,6 milliards d’euros en 2014 pour le seul surcoût du tarif d’achat de ses énergies renouvelables, elle n’a aucunement réduit la part de cette production nucléaire par rapport à 2013, avec 15,4% en 2013 et 15,9% en 2014, soit +0,5% (source BDEW). Et n’a pratiquement pas diminué la part charbon/lignite (43,6% au lieu de 44,6% soit -1%). Elle conserve ainsi son titre de plus gros pollueur européen après un quart  de siècle de coûteuse « transition énergétique ». Mais du moins elle conserve son espoir affiché.

Les réductions d’émissions de CO2 ne concernent pas le parc électrique français qui en est exempt pour 90% de sa production. Si la filière nucléaire doit effectivement être prolongée en France, la question est de savoir si les sommes colossales d’argent public investies dans les énergies renouvelables, mais surtout dans l’adaptation à l’intermittence de leur production, n’auraient pas été mieux affectées ailleurs.

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  • Je ne vois en aucun cas comment un approvisionnement en gaz venant de la Russie pourrait être considéré comme sécurisé, sachant que ce pays se sert de son gaz pour faire de chantage géopolitique.

    Ensuite pour le nucléaire je vois pas l’intérêt de la 3e génération de réacteurs, chers et qui n’apportent pas grand chose. Je trouverais plus intelligent de reconstruire des REP, technologie moins cher avec laquelle on a une grande expérience en attendant la maturité de la technologie à sels fondus.

  • « Ce gaz passera donc par la Turquie et non pas par l’Ukraine, privant celle-ci des sommes importantes que la Russie lui versait pour son transit. À condition, toutefois, que ni la Russie ni la Turquie ne changent d’avis, et que l’UE construise, à ses frais, le gazoduc nécessaire. C’est à prendre ou à laisser, la Russie signifiant clairement qu’elle n’a pas besoin de notre marché. Peu d’analystes, jusqu’alors, imaginaient cette éventualité. »

    OMG quel horrible mensonge o_o
    Bien sûr que la Russie ne peut pas survivre sans le marché européen qui représente 75% de ses ventes de gaz, il faut arrêter d’affabuler, la propagande pro-russe est vraiment malhonnête intellectuellement, certains n’ont honte de rien.
    La vérité est que la Russie est perdante car ses actions ont favorisé la diversification énergétique de l’Europe et les sources d’approvisionnement, la Lituanie est le plus bel exemple car elle achète désormais du gaz norvégien alors qu’avant la Russie était le fournisseur exclusif, sans oublier la volonté des Etats baltes et de la Pologne d’acheter du gaz US.

    • Les russes sont perdant (à répéter).

      Cependant :
      – Ils ont encore de l’argent
      – Ils ont des clients à l’ouest (Turquie) et à l’est
      – Ils se réorganisent
      – Ils se désengagent des dépendances qu’ils avaient avec l’Europe

      Pour une Russie foutue…

      Le pire pour eux n’est pas la baisse des cours ou les sanctions. C’est la garantie de leurs investissements futurs. Il est évident qu’ils l’ont perdu dans l’Europe. Turques et Chinois sont désormais plus fiables…

  • la russie est surtout en train de le mettre bien profond aux imbéciles qui ont suivi les usa dans leur politique de sanctions ; d’autant que les usa , dont les dirigeants sont moins cons que les notres , continuent à faire leurs petites affaires avec la russie ; quand à la russie , elle a enfin compris qu’elle doit se diversifier économiquement , et c’est ce qu’elle fait ; petit à petit , l’oiseau fait son nid ….la grande perdante sera l’europe ;elle l’est déjà ;

    • la différence entre la russie et l’europe ( et même les USA ) c’est que les décisions n’y sont pas prise sur des critères idéologiques.

  • L’auteur semble ignorer que la Russie poutinienne se comporte en voyou: elle envahit militairement les états indépendants, elle ment de manière éhontée et arrogante, elle corrompt les hommes politiques et les partis dans toute l’Europe, elle soutient les terroristes, elle menace la paix à l’échelle globale. Ne pas le voir c’est faire preuve de la mauvaise foi monstrueuse. Les USA sont loin d’être parfaits, les européens sont lâches et amnésiques… De là, inverser les rôles et présenter la Russie comme victime, il faut le faire. La clique poutinienne est criminelle, elle mène son propre pays à la destruction et toute personne soucieuse de destin de la Russie doit contribuer à mettre cette racaille hors état de nuire.

  • J’ai dû mal m’exprimer, si j’ai laissé l’impression que j’aurais fait confiance à l’un ou l’autre des protagonistes, quant à leurs vertus respectives ou la réalité de leurs menaces. Je ne voulais pas attribuer de rôles de gentils ou de méchants, seulement me borner à rapporter des faits, fussent ils publiés dans la presse russe.

    Si j’ai écrit qu’« qu’en cas de refus de l’UE de travailler selon les nouvelles réalités, les volumes de gaz russe destinés à l’Union européenne, iront vers d’autres marchés » je n’ai fait que citer la phrase du président de Gazprom au vice président de la Commission européenne.
    Quantité d’analystes politiques considéraient que même en cas de crise grave, la Russie ne pouvait se passer du marché européen. Je ne connais pas les cartes de V.Poutine dans cette partie de Poker et ma boule de cristal refuse de me dire s’il bluffe ou non.
    Et si l’Europe avait décidé l’embargo sur les importations de gaz russe, je n’aurais pas porté plus de jugement de valeur sur les gentils et les méchants que sur le partenariat nucléaire d’EDF avec la Chine.

    Un article comparant l’éthique et les valeurs morales de chaque état serait passionnant, ce n’était pas mon propos. Pour répondre aux attentes, cet article ne saurait être de rédaction uniquement occidentale…

    D’autre part, je n’ai pas porté d’avis sur la comparaison des mérites du refroidissement au sodium avec celles du sel fondu.
    « Un lecteur » considère plus « intelligent de reconstruire des REP, technologie moins cher avec laquelle on a une grande expérience en attendant la maturité de la technologie à sels fondus ».
    Loin de moi l’idée de lui donner tord, la Chine a décidé de gagner la course dans cette technologie, je l’avais déjà publié il y a peu. http://fr.irefeurope.org/Les-echecs-tres-couteux-de-la-transition-energetique,a2910
    J.P.R.

  • réchauffement climatique : lire le climatologue français Marcel Leroux – et également : Résistance71-l’escroquerie du réchauffement climatique

    « l’innocence du CO2 » de François Gervais –

  • Chute de la consommation électrique, surproductions saisonnières ( en hiver production carbonée Allemande de co-génération ) et surplus de production des énergies renouvelables, un cocktail qui fait chuter le prix de gros du marché, l’électricité à tarif d’achat non obligé qu’elle soit d’origine fossile ou fissile ne peut concurrencer avec celle subventionnée des énergies renouvelables, pas étonnant que les énergéticiens Européens ( GDF, EoN entre autres ) ne jurent plus que par les renouvelables, mais où est le profit pour les ménages et PME, alors que la chute du prix de gros signifie une hausse forte de la CSPE ( Contribution au Service Public de l’Electricité ).

    Et dire que tôt ou tard il faudra que les mêmes ménages et PME mettent la main à la poche pour financer de nouvelles centrales pour assurer la sécurité de la production…

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/02/06/privilegier-les-energies-renouvelables-penaliserait-notre-competitivite_1639429_3234.html

    « L’Europe prend-elle du retard sur l’investissement ?
    Qui peut investir aujourd’hui dans un contexte de baisse des prix, de recul de la consommation d’énergie et de hausse des taxes ? Les électriciens se lancent dans les énergies renouvelables et les réseaux de transport et de distribution d’électricité car ils assurent des revenus garantis et récurrents. Mais personne n’est incité à construire de nouvelles centrales. »

    http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0204083158117-electricite-la-baisse-des-prix-de-marche-met-edf-sous-pression-1084427.php

    Electricité : la baisse des prix de marché met EDF sous pression

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