« Assise – Une rencontre inattendue » de François Cheng

François Cheng a découvert l’être passionné qu’était Saint François d’Assise.

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« Assise – Une rencontre inattendue » de François Cheng

Publié le 14 janvier 2015
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Par Francis Richard.

assiseD’origine chinoise, François Cheng a dû s’exiler en 1949. En 1971, il est naturalisé Français. Comme la loi l’y autorise, il décide « d’opter pour un prénom autre que celui qu’il porte depuis sa naissance ». Et il choisit François.

Certes François signifie français, mais c’est pour une raison plus déterminante qu’il choisit ce prénom : dix ans plus tôt il a fait une rencontre inattendue, celle du frère universel François, en se rendant avec un groupe à Assise.

François Cheng découvre une fois sur place qu’Assise est le lieu, son lieu. Alors qu’il aurait dû retourner en France avec son groupe, il reste. Trois sites emblématiques où a vécu François le retiennent plus particulièrement. Car ils incarnent « à l’origine les trois niveaux constitutifs de sa spiritualité en devenir » et sont représentatifs des deux voies, en apparence opposées, qu’il a choisi de suivre.

Ces trois lieux inspirés lui permettent de découvrir en François d’Assise un être passionné qui a transformé sa volonté de puissance et de gloire mondaine en amour absolu, un être bon qui a surmonté ses mauvais démons, un être joyeux qui « a pris en charge les souffrances personnelles et les douleurs du monde ».

Les Carceri se trouvent sur les hauteurs de la colline d’Assise. Pèleriner jusque là-haut ne le dépayse pas : « La tradition chinoise a exalté elle aussi l’expérience de ceux qui faisaient l’ascension d’une montagne à la recherche d’un moine ou d’un ermite. » Dans la grotte, « François avait trouvé ce qu’il recherchait : une radicale solitude où l’humain ne peut plus dialoguer qu’avec l’invisible créateur ».

La Portioncule est, elle, une chapelle lovée au pied de la colline. C’est là que le Grand Vivant a poussé son dernier soupir. Et c’est de là « qu’il est allé à la rencontre des blessés de la vie, des déclassés, des déshérités, des déconsidérés, à commencer par les lépreux, traités comme les derniers rebuts de la société ».

François Cheng a dormi « en sa proximité à la belle étoile » : « Au fond des ténèbres, à la stridulation des insectes se mêlait la sourde rumeur du monde – doux murmure des amoureux, rires immondes des criminels, mais surtout gémissements de toute une humanité en gestation. »
Saint Damien est à mi-hauteur de la colline. C’est en ce lieu médian que convergent les deux voies suivies par François, non exclusives, pour lui, l’une de l’autre : « se consacrer à la prière » et « partager le sort des créatures ».

En ce lieu primordial, où François se vit enjoindre par le Christ en croix de « relever l’Église », il compose, à la fin de sa vie, le Cantique du soleil, plus communément appelé le Cantique des créatures. À son époque, le XIIlème siècle, le Cantique a un grand retentissement : « La théologie régnante, au nom du surnaturel se méfiait du monde d’ici-bas réputé corruptible ».

François Cheng explique ce grand écho du Cantique : « Il lui suffit de dire frère Soleil ou sœur Eau, et subitement le rapport entre l’homme et la nature se révèle autre, confiant et fraternel. Du coup, l’univers prend une autre coloration, et l’homme une autre dignité. »

À la fin de sa vie, de retour à la Portioncule, François complète le Cantique avec une dernière strophe :

« Loué sois-tu mon Seigneur,
pour notre sœur la Mort corporelle,
à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent
en péché mortel ;
heureux ceux qu’elle surprendra
faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire. »

Pour François la mort corporelle « en son essence, n’est nullement une fin absurde, une figure d’épouvante venant du dehors » : « Du dehors peuvent venir toutes les agressions possibles ; mais la mort elle-même est la part la plus intime de chacun, le fruit que chacun porte en soi, fruit contenant chair, jus et graine, par lequel on pourra renaître autrement, accédant à un autre état d’être. »

François était « fort de cette conviction née de sa confiance en le Ressuscité ». Cette conviction, si elle était largement partagée par les vivants, par ceux qui restent, ne leur mettrait-elle pas du baume au cœur et ne leur permettrait-elle pas de continuer à vivre ?


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