Les animaux, « êtres vivants doués de sensibilité » : la réforme inachevée

La définition d’un statut juridique de l’animal par le code civil présente l’intérêt de rompre avec une approche essentiellement pénale de la protection de l’animal.

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Les animaux, « êtres vivants doués de sensibilité » : la réforme inachevée

Publié le 4 novembre 2014
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Par Roseline Letteron.

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Les députés ont voté le 30 octobre 2014, en dernière lecture après échec de la Commission mixte paritaire, le projet de loi relatif à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. Certes, les désaccords qui ont marqué les débats parlementaires portaient d’abord sur des questions de procédure, et notamment sur le recours aux ordonnances par le gouvernement, mais ils apparaissent aussi dans la rédaction de l’article 1 bis de la loi. Celui-ci introduit dans le code civil un article 515-14 ainsi rédigé : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. »

Le texte est issu d’un amendement déposé par Jean Glavany, Cécile Untermaier et le groupe socialiste, amendement déposé en première lecture, en séance publique à l’Assemblée nationale, le 16 avril 2014. À l’époque cependant, seul figurait dans la texte la référence à l’animal comme « être vivant doué de sensibilité ». La soumission des animaux au régime des biens est venue dans le cours du débat, la recherche du consensus ayant finalement abouti à adopter une norme qui ne modifie que très modestement le droit positif.

Approche pénale de l’animal

La définition d’un statut juridique de l’animal par le code civil présente l’intérêt de rompre avec une approche essentiellement pénale de la protection de l’animal.

Le code pénal sanctionne les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques depuis la loi Grammont du 2 juillet 1850. À l’époque, seuls étaient sanctionnés les mauvais traitements exercés publiquement, ce qui revient à dire qu’il ne s’agissait pas tant de protéger la sensibilité des animaux que celles des hommes témoins d’un tel spectacle. A contrario, il n’était donc pas illicite d’infliger des mauvais traitements à un animal, dans un domicile privé. Cette condition de publicité ne disparaît qu’un siècle plus tard, avec le décret du 7 septembre 1959 qui réprime, cette fois d’une façon générale et sans condition de lieu, les mauvais traitements infligés aux animaux domestiques.

Quant à la notion d’ « animal domestique », elle a également fait l’objet d’un véritable bouleversement. Dans un arrêt du 14 mars 1861, la Cour de cassation le définissait comme un « être animé qui vive, s’élève, est nourri, se reproduit sous le toit de l’homme et par ses soins ». Par la suite, cette définition a été étendue à « tous les animaux apprivoisés ou tenus en captivité » par ce même décret du 7 septembre 1959. Aujourd’hui, les animaux domestiques sont définis comme ceux « appartenant à des populations animales sélectionnées », c’est-à-dire faisant l’objet d’une « politique de gestion spécifique et raisonnée des accouplements », autrement dit ceux qui sont nés et élevés comme animaux domestiques. Suit, en annexe, une liste un peu étrange, sorte d’Arche de Noé juridique, où cohabitent les chiens et les chats, les animaux d’élevage, mais aussi les inséparables chers à Alfred Hitchcock, la grenouille rieuse et « la variété albinos de l’axolitl », sympathique amphibien.

Le code pénal protège l’ensemble de ces animaux en consacrant un titre spécifique aux infractions dont ils peuvent être victimes. Les sévices graves sont punis par l’article 521-1 c. pén. de deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Sur le plan pratique, ce texte a déjà permis de sanctionner certaines pratiques très choquantes. On se souvient qu’en février 2014, un jeune homme a été condamné à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir lancé un jeune chat contre un mur, avec une grande violence, et avoir ensuite diffusé le film sur Facebook. Sur le plan juridique, l’existence même de ce texte témoigne d’une certaine hésitation du droit, car les sévices envers les animaux sont sanctionnés par un titre spécifique du code pénal, et ne figurent ni parmi les atteintes aux personnes, ni parmi les atteintes aux biens.

De cette approche pénale de l’animal, on ne doit pas déduire que celui-ci est titulaire d’un droit à la sécurité, voire au bonheur. C’est son propriétaire qui est soumis à un devoir de le traiter convenablement, ce qui est évidemment bien différent. Ces dispositions sont renforcées par celles du code rural qui, dans son article L 214-1 du code rural, qui qualifie déjà l’animal d‘ « être sensible » et impose qu’il soit placé « dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ».

Une réforme minimaliste

Le loup d'Agubbio (détail) credits R. Camus (licence creative commons)
Le loup d’Agubbio (détail)

Face à ces progrès consacrés par le code pénal et le code rural, le code civil pouvait sembler très en retrait. Son article 528 persistait à qualifier les animaux domestiques de « biens meubles par nature » ou, dans certains cas, d’immeubles par destination, par exemple lorsqu’ils sont les éléments d’une exploitation agricole.

La présente réforme qualifie les animaux d’ « êtres sensibles », reprenant sur ce point la formulation du code rural. Mais cette qualification sympathique n’entraîne aucun changement substantiel portant sur la nature juridique de l’animal. Certes, il était peu probable que le parlement choisisse de conférer aux animaux une personnalité juridique, même une personnalité « technique » comme celle des personnes morales. De la même manière, le parlement a préféré écarter la création d’une nouvelle summa divisio du droit civil, les animaux étant considérés comme une troisième catégorie, entre les personnes et les biens. Cette solution avait pourtant été privilégiée par le rapport Antoine remis au Garde des Sceaux en 2005, mais ce rapport ne se penchait pas réellement sur les conséquences juridiques d’un tel choix.

Les motifs de ce double rejet peuvent être recherchés dans l’incertitude des conséquences d’un tel bouleversement, mais ils sont aussi de nature conjoncturelle. La qualification de l’animal comme « être sensible » est acquise par un amendement dans un texte relatif à la modernisation du droit, texte qui n’a pas beaucoup de rapport avec le statut des animaux. Le Conseil constitutionnel pourrait donc être tenté de considérer qu’un amendement qui bouleverse les catégories traditionnelles du Code civil est sans rapport avec le texte adopté.

Le parlement a prudemment choisi une troisième solution, celle qui consiste à reprendre la formulation du code rural en qualifiant les animaux d’êtres sensibles, tout en indiquant formellement que leur statut juridique n’est pas changé et qu’ils demeurent soumis au régime des biens, « sous réserve des lois qui les protègent ». Le statut juridique est donc inchangé, mais des lois spéciales ont pour mission de protéger les animaux comme êtres sensibles.

Lobbies et maintien du statu quo

Derrière cette prudence se cachent aussi, on s’en doute, un certain nombre de lobbies très actifs. La qualification de l’animal comme un bien particulier, même s’il est « doué de sensibilité » revient, par exemple, à permettre son utilisation à des fins d’expérimentation scientifique, à la condition de ne pas faire preuve d’une cruauté inutile.

Elle permet aussi le maintien du statu quo en matière d’abattage rituel. L’égorgement des moutons reste licite, conformément à l’article 4 du règlement communautaire du 24 septembre 2009 qui énonce que « les animaux sont mis à mort uniquement après étourdissement ». Mais le paragraphe 4 de ce même article ajoute immédiatement qu’il est possible de déroger à cette règle « pour les animaux faisant l’objet de méthodes particulières d’abattage prescrites par des rites religieux ». La seule condition est alors que l’animal soit tué dans un abattoir, dans des conditions d’hygiène satisfaisantes, principe repris par le décret du 28 décembre 2011. Il ne fait guère de doute, dans ces conditions, que l’animal est considéré comme un bien et que sa sensibilité n’est guère prise en considération. Or, dès lors que l’abattage rituel n’est nullement protégé par le règlement communautaire, mais simplement optionnel, une loi interne pourrait parfaitement l’interdire, au nom du respect de la sensibilité.

Enfin, si le législateur opère effectivement le toilettage du code civil pour tenir compte de cette qualification nouvelle de l’animal, force est de constater que les textes relatifs à la tauromachie ne sont pas modifiés. Le texte principal en ce domaine est l’article 521-1 du code pénal qui sanctionne les actes de cruauté envers les animaux, en prévoyant expressément que ses dispositions ne sont pas applicables « aux courses de taureaux, lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ». Ces dispositions, que le Conseil constitutionnel a refusé de déclarer inconstitutionnelles dans sa décision rendue sur QPC en octobre 2012, demeurent donc dans le droit positif.

Reste que la réforme offre tout de même aux amis des animaux un argument utile à leur combat. Comment le droit peut-il autoriser de telles pratiques à l’égard d’animaux « doués de sensibilité » ? La question est maintenant clairement posée, et il ne fait aucun doute qu’elle sera au cœur d’un certain nombre de débats, au point que le présent amendement peut être considéré comme un premier pas vers des évolutions plus substantielles. À suivre.


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  • Concernant la publicité des mauvais traitements dans la loi Grammont, sa justification n’était pas de protéger la sensibilité des petits nenfants (cette interprétation est un anachronisme), mais tout simplement de permettre la preuve de ces mauvais traitements. Le décret de 1959 n’a rien changé, puisqu’il est aujourd’hui très difficile d’obtenir des preuves formelles de mauvais traitements en l’absence de témoins directs, et que les cas menant à une condamnation sont fort peu nombreux. Exemple parfait de disposition réglementaire superflue.
    Au sujet du lanceur de chaton, c’est justement la publicité qui a permis la condamnation. Et les amis des bêtes doivent être contents, puisque justice a été faite jusqu’au bout : le monstre s’est suicidé.

    Concernant le côté « inachevé » de l’amendement, que désirez-vous ? Donner à l’animal (pourquoi seulement les domestiques ? Qui protégera le droit des moustiques, des sangsues et des salmonelles ?) un statut juridique personnel ? Il faudra alors obtenir son consentement pour tout soin, et évidemment pour toute décision d’euthanasie. Ne plus manger de viande, obtenir un accord signé pour la traite ou le ramassage des œufs, etc.
    Et qui protégera la sensibilité des plantes, puisque des études très sérieuses ont montré qu’elles aussi souffrent…

    • Pour répondre à vos questions sarcastiques de la fin de votre post : c’est simple, il suffit de vouloir respecter la règle d’Or en morale, à savoir : ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse. Auriez-vous envie que l’on vous tue ou que l’on profite de votre corps par plaisir ou commodité ? Non, et c’est pour cela que l’on instaure des lois contre le viol et le meurtre, par exemple.

      La règle d’Or en morale est tout simplement basée sur la faculté d’empathie des êtres humains, qui leur permettent de se mettre à la place d’autrui, et de pouvoir « ressentir » ce qu’autrui ressent. Cette notion de sensation limite la réflexion aux êtres vivants « sensibles », c’est à dire disposant d’un système nerveux instaurant pour eux un système de punition/récompense, sous forme de souffrance/plaisir. Il me semble que, limite presque par définition, les végétaux ne possèdent pas un tel système.

      Dans la mesure où notre société industrielle serait parfaitement capable d’alimenter, de vêtir, et de manière générale de pourvoir aux besoins de la population sans devoir s’approprier le corps et la vie de milliards d’animaux sensibles chaque année comme elle le fait actuellement, alors je pense pouvoir affirmer que la seule raison pour laquelle elle continue à le faire est que c’est commode pour nous : c’est moins cher car c’est là dedans qu’on a fait les investissements, c’est là que nous avons la connaissance, etc …
      On revient à ma question de tout à l’heure : accepteriez-vous que l’on vous prenne votre corps et votre vie par commodité, ou bien par plaisir gustatif ? (soit dit en passant, le goût de la viande provient de son assaisonnement et des sauces utilisées … mangez donc de la viande crue, et osez m’affirmer que vous aimez cela, tiens …) Si vous répondez non à cette question, et que vous prétendez respecter la règle d’Or en morale, alors vous devez cessez vos comportements qui sont incohérent avec, et notamment les comportements de violence infligées aux animaux sensibles et qui sont injustifiés.

      Maintenant, si vous êtes perdus au fin fond de la jungle, que vous ne savez pas vous nourrir à partir de plantes là-bas, et que votre survie est en jeu, bien sûr que vous pouvez survivre aux dépend d’un autre animal sensible : la seule question à se poser c’est : « si les rôles étaient inversés, est-ce que je considérerais quand même que les actions entreprises par les parties en présence sont justes ? ». Si vous répondez non, alors arrêtez. Si vous répondez oui, alors agissez, mais vous autorisez alors une autre personne à agir de la même manière envers vous, un jour, potentiellement, et il ne faudra pas venir pleurer en disant « c’est injuste ! ».

      Concernant les moustiques et les insectes, on commence à parler d’espèce vivantes (sensible?) qui sont dans une échelle de grandeur différente de celle des humains. Je ne peux pas vous reprocher de tuer un insecte par inadvertance (différence d’échelle de grandeur, toussa…), ou parce qu’il vous « attaquait » (moustique). Par contre, je ne vois aucune justification morale quant au fait de consciemment tuer un insecte :
      1) dont vous étiez conscient de la présence
      2) qui ne vous avait rien fait
      3) pour lequel cela ne vous coûtait rien de l’éviter, ou bien que vous avez « fait exprès » de tuer.

      Avez-vous une réflexion pertinente à opposer à cet argumentaire ? Bien sûr, la manière la plus facile de s’en défaire est de refuser de respecter la règle d’Or en morale. Mais vous autorisez par là même les autres personnes à faire la même chose, et potentiellement à vos dépends. A vous alors d’assumer.

      • 1 milliard de Bravos Pavel…

      • Merci pour cette rafraichissante dissertation. Le bac est dans 6 mois, continuez à travailler.

        Question philosophique : un animal est-il « autrui » ? (Ô truie…)
        Commentez : « Autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même » (Sartre)

        Quant à votre « règle d’or en morale », c’est un peu court, jeune homme. Quand j’entends un socialiste ou un escrologiste me parler de morale, je sors mon revolver.

        • Est-ce parce que vous n’avez rien à répondre de logique que vous faites des phrases creuses ou sensée être « humoristiques » ?

          « C’est un peu court » ? Ben allez-y, vous avez mon attention : en quoi ce que j’ai dit est-il contestable ?
          Je n’ai jamais dit que les socialistes ou les gens au pouvoir de manière générale sont moraux. Qu’est-ce que ça vient faire dans notre réflexion, de toute manière ? Evitez de sortir du sujet. Mais bon, je comprend que vous en ayez envie si vous n’avez rien de logique à répondre, et que vous devez alors faire face à votre incohérence.

          • @Pavel à l’opposé de @y et de son théoricien fumiste nommé Sartre
            un vrai constat personnel vécu :
            J’ avais un abcès récurent sur une dent bridgée qui n’ apparait plus depuis que j’ai fortement réduit ma consommation de chaires ( viande , poisson )
            voilà ce n’ est pas du troll ni de la théorie ou de la philo mais un CONSTAT
            intéressant
            qui mérite
            réflexions

            • Et moi j’ai une perceuse électrique Peugeot qui marche du feu de dieu depuis 35 ans.
              Ce qui démontre par a + b l’obsolence programmée des nouvelles merdes chinoises qu’on nous vend aujourd’hui.
              CQFD

            • Ravages combinés de la dysorthographie et des théories du genre : chair est féminin, mais ne prend pas de « e » à la fin.
              Mystères de la langue française…

              P.S. : je suis d’accord avec vous sur le fumiste Sartre.

          • OK. Allons-y.
            Quand je qualifie votre argumentation de dissertation de Terminale, c’est parce que vous nous servez un mélange hétéroclite d’arguments imbibés de moraline, en réponse à une interrogation de nature juridique.
            Je m’interroge sur la pente savonneuse de l’anthropoïsation (ça existe ?) de l’animal, et vous me répondez végétarisme, compassion, jungle et petits insectes, avec un discours à la limite du Jaïnisme.

            Votre règle d’or s’applique à autrui, et les mots ont un sens. Autrui, c’est mon semblable, c’est un être humain. Demandez à votre prof de philo, il vous le confirmera. Vu comme ça, j’adhère totalement, il n’y a rien à dire.
            Mais une vache n’est pas « autrui ». Un moustique non plus.

            Vous nous dites qu’on pourrait se nourrir tous sans tuer d’animal. C’est vrai. Il a même été calculé qu’au régime « goulag », la planète (qui s’en contrefout, soit dit en passant) pourrait nourrir 80 ou 90 milliards d’habitants. Eh bien, nourrissez-vous comme vous voulez, vivez dans une maison en bouse habillé de feuilles de palmes, mais laissez-moi vivre comme je l’entends.

            Votre métaphore junglesque comporte une contradiction : vous m’autorisez à me nourrir aux dépens d’une espèce « sensible », mais seulement si je juge que l’inversion des rôles serait « juste ». Puis vous me dites de ne pas reprocher à une « autre personne  » de vouloir faire la même chose.
            Question : cela veut-il dire que j’ai le droit de manger un anthropophage, mais pas un animal ? Ou bien « une autre personne » peut-elle désigner un animal ? J’ai un peu de mal à comprendre.
            Blague à part, bien sûr que l’inverse est juste. L’animal ne se pose pas de problème moral. Suffisamment d’espèces variées ont essayé de me tuer pour que je puisse l’affirmer.

            • Hm, alors si vous comprend bien, votre raisonnement est que la règle d’Or ne s’applique qu’à un autre être humain ?

              Pour le raisonnement, posons qu’on être humain est un animal dont le génome est inclus dans une certaine région de variabilité des génomes des êtres vivants classés comme « animaux ».

              Je ne suis pas d’accord avec votre affirmation selon laquelle la règle d’Or ne s’appliquerait qu’à un autre être humain.
              Pour commencer, je dirais que la règle d’Or est elle-même une approximation pratique d’une règle encore plus élevée : celle qui dit que « la liberté d’un individu/d’un être s’arrête là où commence celle d’un autre ». On précise/limite un peu cette première affirmation en disant « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne porte pas atteinte à l’autre », et donc « ne fait pas à l’autre ce qui lui porterait atteinte ». Mais le problème, c’est : comment définir ce qui porte atteinte à l’autre ? On n’est pas à sa place/ne partageons pas son corps, alors comment savoir ? C’est là que l’on fait l’approximation de la règle d’Or : nous partageons avec l’autre au moins le fait de posséder tous deux un corps via lequel on peut ressentir souffrance ou plaisir, la première étant, par définition, à éviter. On suppose donc que l’autre peut ressentir de la souffrance de la même manière, et qu’il cherchera aussi à l’éviter (limite par définition). La souffrance, qu’elle soit physique ou émotionnelle, peut naître de et posséder une certaine intensité selon toute une variété de circonstances, circonstances qui ne seront pas forcément les mêmes pour chaque être. En l’absence de la connaissance de toutes ces circonstances, dont certaines peuvent être spécifiques à l’autre, on fait l’approximation consistant à limiter ces circonstances à celles qui nous feraient souffrir, nous. On en vient donc à la règle d’Or elle-même : « ne fait pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ».

              Vous affirmez que la règle d’Or ne s’applique qu’aux êtres humains, mais je ne vois aucune justification à cette affirmation. Le raisonnement que je viens d’exposer est valable pour tout être possédant un corps lui permettant de ressentir une souffrance. Notez que ce raisonnement exclus du coup notamment les individus humains souffrant d’une maladie les empêchant de ressentir la douleur. Est-ce à dire que nous avons le droit de les traiter comme on veut (ex : leur casser une jambe) ? Non, bien sûr. J’ajouterai donc la notion d’intégrité physique et de santé à long terme : on s’interdit d’intentionnellement faire souffrir l’autre, ou bien d’intentionnellement porter atteinte à son intégrité physique présente ou future.
              Qu’est-ce qui justifierai que la règle d’Or ne s’applique qu’à un être humain, c’est-à-dire à un animal dont le génome est inclus dans une certaine région de variabilité des génomes des êtres vivants classés comme « animaux » ?
              L’intelligence ? Mais dans ce cas on pourrait faire ce que l’on veut d’un bébé humain.
              Le fait que l’autre soit capable ou non d’empathie ? Mais alors, pareil, on pourrait faire ce que l’on veut d’un bébé humain, dont les capacités d’empathie ne se sont pas encore développées.

              Votre attitude relève d’un spécisme, où l’on considèrerait qu’un individu de l’espèce humaine a, dans l’absolu, plus de droit qu’un individu d’une autre espèce. Tant que vous ne m’offrez pas une explication convaincante, je pense que la seule manière dont on peut « justifier » ce « spécisme », c’est de le supposer. C’est ce qu’ont fait par exemple toutes les grandes religions du livre : « – Pourquoi c’est vrai ? » « – Ta Geule, C’est Magique, a wizard God did it ». Une autre explication est sans doute que les humains, par le passé, comme les autres animaux, ont pris l’habitude de se nourrir/d’exploiter les autres animaux par nécessité, et ont donc transmis à leurs descendant l’habitude de procéder ainsi. Et, comme je l’ai dit, c’est ok pour moi : ma vie étant menacée, je vais la privilégier, éventuellement au détriment de celle d’autrui, et donc j’accepte que les autres fassent de même. Mais cela n’est plus vrai dans nos sociétés industrielles, où l’usage de la connaissance et de notre capacité à anticiper nous donne largement le pouvoir d’agir sans la non-immédiateté, sans que nos vies soient menacées à chaque instant, et de subvenir à nos besoins sans infliger de souffrance à tant d’animaux comme nous le faisons actuellement.

              Sans référence à une quelconque transcendance religieuse/idéologique, je ne vois pas ce qui justifie ce spécisme : tout ce qu’il y a, ce sont des individus animaux dont le corps les font éviter la souffrance/l’atteinte à l’intégrité physique, et rechercher le plaisir. Notre corps/notre culture nous déterminant plus ou moins à rechercher la reproduction/la pérennité de notre espèce, je peux comprendre qu’en cas situation difficile en termes de ressources, on puisse privilégier son propre groupe/sa propre espèce aux dépends d’un/d’une autre. Mais cette justification tombe lorsque, justement, on n’est pas « en situation difficile ».

              Donc allez-y, j’attends : justifiez-moi donc ce spécisme dans un contexte d’une société industrielle/de prévoyance et de maîtrise de son environnement.

              « Il a même été calculé qu’au régime « goulag » … »
              => Je ne pense pas que les végétaliens considèrent comme devant se nourrir au régime « goulag ». Votre propos témoigne plus d’une ignorance sur les possibilités de repas végan qu’autre chose. Comme je vous l’ai dit, avec de l’assaisonnement, on peut donner du goût à pas mal de choses. Et si c’est dur psychologiquement pour vous, si la viande venait vraiment à vous manquer, sachez que des entreprises ont entrepris de concevoir des plats utilisant habituellement de la viande (par ex., des hamburgers) dont le contenu ressemble à de la viande, et a le même goût que la viande. Donc votre propos sur le régime « goulag » relève de la propagande grossière, ou bien juste de l’ignorance …

              « mais laissez-moi vivre comme je l’entends »
              => La règle d’Or stipule que vous vous interdisez de faire à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fasse. Vous avez donc le droit de « vivre comme vous l’entendez », mais si cela implique de causer des souffrances à autrui, alors vous devez accepter qu’il puisse avoir le même comportement envers vous, et vous inflige des souffrances ou bien des atteintes à votre intégrités physique qui soient équivalentes. Vous ne pourrez alors pas dire que son comportement est « injuste ». Oh, bien sûr, si son comportement en question implique de vous faire souffrir, vous allez vous défendre. On en revient alors tout simplement à la loi du plus fort. Perso je n’ai pas envie de vivre sous cette loi, car je pressens bien qu’un jour ou l’autre elle me sera défavorable. Et vous ?

              « cela veut-il dire que j’ai le droit de manger un anthropophage, mais pas un animal ? »
              => Vous avez le droit faire tout ce qui est nécessaire pour défendre votre vie lorsque celle-ci est en danger immédiat. Ici, si tant est que vous ne savez comment vous nourrir à partir de végétaux, vous pouvez vous nourrir aussi bien de l’animal que de l’anthropophage. La subtilité est la suivante : si l’animal ou l’anthropophage est incapable de digérer autre chose qu’un être humain, alors on peut le comprendre : il n’a pas d’autre choix que de vouloir vous manger s’il veut survivre, or j’ai déjà dit ci-avant que je comprenais parfaitement que l’on défende sa propre vie/existence à n’importe quel prix. Or les humains ne sont pas obligés de manger des animaux pour survivre ; notre biologie est même plutôt caractéristique des herbivores stricts. Manger des animaux relève donc d’un choix. Dans nos sociétés industrielles, ce choix est un choix de commodité plutôt que de nécessité, ce que je dénonce ici, comme je l’ai déjà dit ci-avant.

              « L’animal ne se pose pas de problème moral. Suffisamment d’espèces variées ont essayé de me tuer pour que je puisse l’affirmer. »
              => En admettant que ces situations vécues soient vraies, vous étiez alors en droit de vous défendre, même si pour cela vous deviez tuer l’animal. Mais là, comme je l’ai déjà dit maintes et maintes fois maintenant, je dénonce l’élevage et le massacre industriel des animaux, étant attendu que dans nos sociétés « avancées », ces choix faits sont devenus des choix de confort et de commodités plutôt que des choix de nécessité.

              Qu’avez-vous de pertinent à répondre à cela, s’il-vous-plaît ?

              • Ce que j’ ai sous entendu dans mon post précédent je suis plus bio compatible avec les végétaux qu’ avec la chair sans e ( ok yann) pas d’ infection
                maintenant possible que pour d’ autres ce soit le contraire mais ça m’ étonnerait

              • « Ce qu’il y a d’encombrant avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » Léo Ferré

                Je connais personnellement un tigre qui est un adorable matou ronronnant dès lors qu’on ne lui laisse pas trainer un abattis, et qui a le dernièrement proprement bouffé le doigt d’un crétin imprudent. Le tigre a aimé ça. Il ronronne toujours, et il n’a pas l’ombre d’un remords. Le tigre n’a pas de morale, pas plus que la vache, le moustique ou le chien. Comme dirais notre camarade au bridge, c’est un fait.

                Définition : la morale désigne un ensemble de règles régissant les rapports des individus d’un groupe donné.
                Corollaire : la morale est nécessairement universelle au sein du groupe, c’est à dire que tout individu se conformant à ces règles peut prétendre appartenir au groupe, et que tout individu violant une ou plusieurs de ces règles peut être exclu du groupe (prison, ostracisme) ou, s’il est extérieur au groupe, ne peut prétendre y appartenir.
                Sous-corollaire : dès lors qu’une règle implique une interaction entre deux individus du groupe, elle est nécessairement réciproque. Autrui ne doit pas me faire que qu’il ne voudrait pas que je lui fasse.
                Proposition : l’animal, on l’a vu, est incapable par nature de se conformer à cette règle. Ce qui implique qu’il ne peut prétendre appartenir au groupe appliquant cette règle.
                Vous êtes humain, et vous revendiquez cette règle (que j’accepte évidemment pleinement aussi). Par extension, tous les autres membres du groupe acceptant cette règle sont nécessairement et seulement humains.
                CQFD.
                Fin de la discussion.

                Après, libre à vous d’adopter une éthique (et non une morale) personnelle impliquant de respecter la « règle d’or » vis-à-vis des animaux, ou prônant le végétarisme, assorti ou non de toutes sortes de lubies plus ou moins ludiques (admirez comme je tourne habilement autour du point Godwin), le communisme, le scoutisme, le naturisme, le yourtisme ou le plumedansleculisme, à condition de ne pas chercher à me l’imposer par la force ou par la loi (pléonasme), ce qui serait immoral.

                Revenons au point de départ juridique : je pense qu’il est déraisonnable à terme de donner à l’animal un statut de sujet plutôt que d’objet, de même qu’il sera déraisonnable d’indemniser un jour les couples homosexuels au motif qu’ils sont incapables de procréer. Je crains malheureusement que la pente fatale de notre société ne nous conduise à ce type d’évolution. Les bouleversements seront incommensurables, mais nous aurons au moins le plaisir de voir revenir à l’honneur les procès d’animaux qui avaient hélas ! disparus depuis trop longtemps…

                • Ah, ok, je vois, vous refusez d’appliquer aux animaux les contraintes dérivées du respect d’une règle morale sous prétexte qu’ils sont incapables, intellectuellement, de respecter ces mêmes contraintes.
                  Votre raisonnement suppose qu’une règle ne peut s’appliquer entre individus d’un groupe que si les tous les individus sont capables de comprendre et de consciemment accepter ces règles. Or vous admettrez vous-même que c’est faux, vu que ce n’est pas parce qu’un nourrisson ou un attardé mental ne peut pas comprendre les règles de morale, que l’on s’autorise pour autant à agir comme on l’entend envers lui. De même pour une personne dans le coma.
                  Donc, cette hypothèse étant fausse, votre raisonnement logique l’est également. Désolé. Try again.

                  Ensuite, votre exemple du tigre n’est certainement pas une justification pour le meurtre organisé de milliard d’animaux chaque année : dans la situation que vous décrivez, le sombre idiot qui s’est fait bouffer le doigt a certainement le droit d’infliger une souffrance équivalente au tigre, mais il me semble que vache ou mouton n’ont jamais eu un tel comportement envers quelqu’un d’autre. Pour ces animaux-là, j’aurais tendance à dire que tant que vous ne les emmerdez pas, ils ne vont rien vous faire ; ils n’ont aucune motivation a priori (avant que vous n’interagissiez avec eux) à s’attaquer à votre intégrité physique, vu qu’ils sont herbivores. Granted, vous vouliez juste utiliser cet exemple pour expliquer que les animaux ne sont pas capables de raisonner moralement ; mais encore une fois, si ne pas être intellectuellement capable de raisonner moralement est une raison suffisante pour ne pas appliquer la morale à l’individu, alors on a le droit d’agir comme l’on veut envers les nourrissons et les attardés mentaux, non ? Incohérence, anyone?

                  Vous tournez autour du point Godwin ? Comment cela ? Avant de répondre, vérifier vos sources, ça peut vous éviter de dire des choses fausses.

                  « à condition de ne pas chercher à me l’imposer par la force ou par la loi (pléonasme), ce qui serait immoral »
                  => Est-ce que j’ai exercé une quelconque menace, physique ou légale, sur vous, pour vous obliger à vous conformer à ce que je prône ? Je ne pense pas. Ça serait d’ailleurs un aveu d’échec pour moi (en tout cas tant que mon objectif est de faire en sorte que les gens soient un peu plus cohérent, et dans le respect le plus strict de la vérité) : vous forcez à faire quelque chose n’est pas équivalent à ce que vous pensiez que cette chose est justifiée, et c’est cela que je recherche. Je ne vois donc pas en quoi l’usage de violence physique ou légale m’aiderait à atteindre mon objectif actuel envers vous.

                  Est-ce de ma faute si jusqu’ici vous vous êtes montré incapable de justifier votre incohérence de traitement envers les êtres sensibles de ce monde à partir d’observations objectives ou de principes vraisemblables ?

                  • Ben, non, pas « sous prétexte ». Le raisonnement est rigoureux.

                    Apprenez donc à lire, à distinguer morale et éthique, et à raisonner.

                    Et abandonnez un peu l’esprit de sérieux qui vous bouche les yeux.

                    • Le raisonnement est logiquement rigoureux, je vous l’accorde, mais il repose sur une hypothèse fausse, comme je l’ai indiqué dans le passage suivant : « Votre raisonnement suppose qu’une règle ne peut s’appliquer entre individus d’un groupe que si les tous les individus sont capables de comprendre et de consciemment accepter ces règles. Or vous admettrez vous-même que c’est faux, vu que ce n’est pas parce qu’un nourrisson ou un attardé mental ne peut pas comprendre les règles de morale, que l’on s’autorise pour autant à agir comme on l’entend envers lui. De même pour une personne dans le coma. »

                      Ce n’est pas la logique de votre raisonnement qui est en cause, c’est une de ses hypothèses. Il reste donc faux, ou en tout cas vous ne pouvez pas affirmer, avec, que sa conclusion est vraie.

                      Comme je l’ai dit : try again.

  • Esperont que cette avancé du 31/10/2014 permettra d’éradiquer toutes les souffrances monstrueuses que les hommes infligent aux animaux a but lucratif ou pas hobbies…

  • Non ! L’animal ne change pas de statut : c’est toujours un « bien » !…

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