« Capitalisme » sur Arte (2) : désinformation à tous les étages !

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)

Le second volet de la saga « Capitalisme » sur Arte s’ouvre sur l’amalgame bien trop répandu : le capitalisme c’est le corporatisme.

On était en droit de s’attendre à mieux de la part des réalisateurs de la série documentaire « Capitalisme » diffusée par Arte. Analyse critique de l’épisode 2 : « La richesse des Nations ».

Par Marius-Joseph Marchetti.

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)

L’introduction du second volet de la saga « Capitalisme » sur Arte commence tout d’abord par un bon nombre de clichés correspondant en général à un amalgame bien trop répandu : le capitalisme c’est le corporatisme.

L’erreur est de penser que le capitalisme est lié intrinsèquement à l’utilisation du gouvernement par les entreprises pour leur propre profit. Et c’est bien entendu l’économiste Thomas Piketty qui ouvre le bal en formulant cet amalgame : « Je pense que les forces sociales et politiques sont les forces centrales dans la dynamique du capitalisme. »

Piketty aurait eu bon si il avait remplacé le terme capitalisme par le terme corporatisme. Il est vrai que les riches sont avantagés par bon nombre d’interventions politiques : car dire que les riches seraient avantagés si les politiques arrêtaient d’intervenir dans l’économie correspond à dire que les riches seraient plus avantagés s’il n’y avait plus de subventions publiques, plus de système des brevets, plus d’intervention des Banques Centrales, plus de sauvetages d’entreprises en faillite, plus de lois restreignant la concurrence, et bien d’autres encore. Cette confusion en entraîne une seconde, qui consiste à dire que sans État, le capitalisme disparaîtrait. C’est précisément l’inverse qui est vrai.

C’est ensuite à Robert Boyer de donner ses impressions, et notamment sur Adam Smith, qui est l’une des pièces centrales de cet épisode. Ainsi Monsieur Boyer déclare : « Je crois qu’Adam Smith a créé le cas conceptuel de la théorie moderne contemporaine des individus en interaction sur des marchés. »

Derrière Smith, Turgot et Cantillon

Il n’y a ici pas grand-chose à déclarer, si ce n’est qu’Adam Smith s’est inspiré énormément, de nombreux autres auteurs, et notamment de Jacques Turgot et Richard Cantillon pour ne citer qu’eux.

Monsieur Boyer continue en disant : « Mais il n’a pas fait de modèle, il n’a pas quantifié. »

Monsieur Boyer montre ici son attachement à l’empirisme et aux mathématiques caractérisant l’étude actuelle de l’’économie. Il existe cependant des oppositions très fortes à cette mathématisation sans fondement de l’économie. L’école autrichienne d’économie notamment a critiqué le fait que les modèles mathématiques ne pourraient jamais être capables de décrire davantage que des états fictifs d’équilibre.

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Le libéral Ludwig Von Mises écrivit d’ailleurs : « Aujourd’hui, partout dans le monde, et d’abord aux États-Unis, des foules de statisticiens travaillent dans des instituts à ce que les gens croient être de la « recherche économique ». Ils collectent des chiffres fournis par les États et diverses entreprises, les réarrangent, les réajustent, les réimpriment, calculent des moyennes et dessinent des graphiques. Ils supposent que par ces méthodes ils « mesurent » les comportements de l’humanité, et qu’il n’y a aucune différence qu’il soit importante de mentionner entre leurs méthodes de recherche et celles appliquées dans les laboratoires de recherche physique, chimique et biologique. Ils regardent avec pitié et mépris ces économistes qui, ainsi qu’ils le disent, comme les botanistes de « l’Antiquité », se basent sur « beaucoup de raisonnements spéculatifs » plutôt que sur des « expérimentations ». Et ils sont pleinement convaincus du fait que de leurs efforts continus émergera un jour une connaissance complète et définitive qui permettra à l’autorité planificatrice du futur de rendre tout le monde parfaitement heureux. » (The Historical Setting of the Austrain School of Economics, 2003, p.7). Les défenseurs du « capitalisme » issu de la pensée économique autrichienne critiquent donc justement cette erreur commune de vouloir des « modèles » comme le souhaite M. Boyer.

Monsieur Boyer enchaîne ensuite par : « La Révolution est arrivée au milieu du XIXème siècle lorsque les économistes ont pris les outils de la physique newtonienne pour l’appliquer à l’économie au point que l’illusion a été de trouver l’équivalent des lois physiques pour l’économie. »

On ne peut ignorer le clin d’œil à un ancien physicien, Irving Fisher, que Murray Rothbard cite dans L’Homme, l’Économie et l’État : « J’étais arrivé dans l’économie en quittant la physique mathématique, où les unités de mesure fixes fournissent le point de départ essentiel. » Irving Fisher est connu pour son équation des échanges dont se servent notamment les nouveaux classiques (Masse monétaire × Vitesse de circulation de la monnaie = Le niveau des prix × le revenu national). Il est donc vrai, comme expliqué plus haut, que les économistes actuels tendent à approcher une vision mathématique de l’économie. Il est cependant faux d’attribuer cette pensée aux économistes libéraux.

Robert Boyer continue et, cette fois, s’en prend directement au libéralisme : « L’idée de Liberté joue un rôle énorme dans la diffusion du libéralisme (…) <> Hé bien, c’est tout simplement que par exemple si je suis un pauvre paysan qui négocie par rapport à une multinationale, c’est la multinationale qui fait le prix et pas moi. »

Ce à quoi fait référence Monsieur Boyer ici même, c’est ce que certains économistes appellent « pouvoir de marché », c’est-à-dire la capacité que les entreprises ont sur un marché à imposer leur prix. Mais il est faux de dire que le paysan n’a aucun rôle dans la formation des prix car une question mérite d’être posée.

Qu’est-ce que la demande, qui agit nécessairement sur les prix ? La demande, ce n’est rien d’autre que la somme des demandes individuelles résultant des échelles de valeur de chacun et donc nécessairement, l’échelle de valeur du paysan également. Que se passe-t-il si la multinationale baisse volontairement le prix auquel elle souhaite acheter le terrain dans le but « de spolier le paysan » ? C’est en soi très simple. Le paysan, rationnel, car respectant son échelle de valeur, verra la vente de son terrain diminuer sur celle-ci. Ainsi, s’il peut retirer moins que prévu de la vente de son terrain, il peut décider d’attendre que le prix du terrain augmente et s’en servir pour préparer une prochaine récolte ou y entreposer des marchandises, ou encore garder le terrain car il estime que le gain monétaire qu’il pourrait en retirer ne vaut pas le potentiel coût psychique occasionné. Ou bien il pourrait tout de même décider de le vendre, car ceteris paribus, toutes choses égales par ailleurs, le paysan ne pourrait pas utiliser ce terrain de manière à ce que cela soit plus utile que sa vente et que cela maximise toujours son revenu psychique dont la composante monétaire fait partie.

De la même manière, si une multinationale exige un prix très bas pour l’achat du lait afin de maximiser son profit, le paysan est toujours libre de refuser cette transaction et de se tourner vers un concurrent. Les paysans se sont d’ailleurs souvent associés en coopératives qui se sont ensuite transformées en chaines de supermarché car elles offraient des prix plus concurrentiels. La course au « profit » n’est pas sans limite dans un marché libre car la concurrence force les producteurs à favoriser au maximum la qualité et le prix pour les consommateurs en les forçant à acquérir leur profit par l’économie et l’attractivité de leurs services.

La liberté du libéralisme

libéralisme rené le honzecMonsieur Boyer fait également référence au fait que la liberté a un rôle central dans la diffusion du libéralisme. En vérité, pas seulement dans sa diffusion mais avant tout comme son fondement. Les libéraux croient en la liberté négative : c’est-à-dire dans le cas où un individu est protégé de l’usage de la force et de la menace de la contrainte illégitime. En somme, pour les libéraux, la liberté correspond à faire ce que l’on souhaite avec ce que l’on a dans le plus grand respect des droits naturels d’autrui, chacun étant son propre propriétaire. Personne, dans la transaction se déroulant ci-dessus, ne pointe de fusil sur personne, et si les deux individus ne trouvent pas leur compte, l’échange n’aura pas lieu. Mais que se passera-t-il si l’État intervient pour forcer l’échange et que la multinationale puisse accéder au terrain ? Nous pouvons sans conteste dire que nous sommes dans un échange forcé et que l’échange ne crée pas de valeur, s’il n’en détruit pas. Et nous pouvons sans conteste dire, que nous sommes, non pas dans un système libéral ou dans un système de capitalisme de Laissez-faire, mais dans un système corporatiste ou de capitalisme de connivence où certains riches copinent avec le pouvoir pour passer outre les droits de propriété de chacun.

En démonstration de leur argumentation, le reportage passe en revue des images d’une usine où travaillent des milliers de chinois pour fabriquer des tablettes, cette description se terminant par l’interrogation : « Pouvons-nous considérer qu’ils sont libres ? »

Au vu des éléments apportés ci-dessus, si ces ouvriers ont volontairement décidé de travailler dans cette usine, et si personne n’a usé de la menace et de la contrainte (ce qui est malheureusement encore le cas dans certains endroits de Chine), on peut affirmer qu’ils le sont effectivement. Ainsi, si l’échange a lieu et que personne n’interfère, c’est qu’il y a bien un gain pour les deux parties. La vidéo évoque le fait que le fonctionnement de l’économie implique un coût moral très important. Si les ouvriers travaillent désormais dans cette usine plutôt qu’ailleurs, c’est pour la simple et bonne raison que ceux-ci considèrent que leurs conditions de travail et leur rémunération sont plus importantes. Bien que nous puissions considérer ces emplois comme désastreux, si les ouvriers travaillent dans ces usines, c’est que cela correspond à la meilleure opportunité qu’ils puissent avoir. Cette vision centrée sur le nombril de notre vie d’occidental moyen fait fi de notre propre histoire, notre propre développement sociétal ainsi que de l’état dans lequel vivent et vivaient les populations concernées.

Vient ensuite une citation d’Adam Smith de son livre La Richesse des Nations où celui-ci souligne que la division du travail aliène l’homme et que les ouvriers n’ont aucune chance d’améliorer leur sort. Mais répétons-le, si les ouvriers se sont précipités vers ces emplois plutôt que d’autres, c’est que ceux-ci estimaient que c’était la meilleure manière d’améliorer leur sort.

Quant à « l’aliénation causée par la division du travail”, il y a encore une fois, ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit, c’est la division qui fait que chaque homme se spécialise dans l’activité où il est le meilleur et qui, selon un certain nombre de personnes, l’aliène. Mais il y a également ce que l’on ne voit pas, car cela n’existe plus, ou quasiment plus, et ne peut donc plus se voir. Comment vivions-nous avant la division du travail ? En soi c’était relativement simple : chacun se procurait par lui-même sa nourriture, chacun confectionnait lui-même ses vêtements, et chacun construisait lui-même son lieu de vie. Et dans un système comme celui-ci, seul le plus fort était assuré de survivre. Nous pourrions poursuivre notre analyse en disant que si les hommes ont décidé de se spécialiser, c’est de loin car ils voyaient de meilleures conditions de vie, matérielles comme immatérielles dans la division du travail. Dire que l’homme a plus de chance d’être aliéné dans un système où il peut bénéficier de temps libre pour se découvrir plutôt que dans un système où il doit lui-même subvenir à tous ses besoins et où il travaille donc bien plus est un contre-sens.

C’est ensuite au tour de Rabbi Erwin Kula de prendre la parole : « Jamais il (Adam Smith) n’aurait imaginé que le capitalisme pourrait réussir sans fondements moraux qu’il nommait « sentiment », nous dirions « vertus », sans ces vertus communes et individuelles qui créeraient un capitalisme sain. On ne peut que faire ce constat : « La Richesse des Nations », « La théorie des sentiments moraux », les liens entre Adam Smith 1 et Adam Smith 2 ont été rompus. »

Moralité du capitalisme

imgscan contrepoints 669 capitalismeOn peut cependant relativement objecter certaines choses, et tout d’abord le fait qu’il n’y ait pas à la base du capitalisme une moralité : le capitalisme entendu comme un système s’appuyant sur la propriété privée, et donc, par extension, par une absence ou une situation de collectivisation minimale1.

Ainsi, dans un système capitaliste, à l’inverse d’un système corporatiste, les ressources que possèdent un individu ont été acquises par ses efforts, ses échanges ou par les dons dont il a bénéficié, et cela sans que personne n’use de contrainte sur quiconque. Le capitalisme repose donc sur une moralité universelle et donc correspond à un système de droits de propriété légitimes, c’est-à-dire un système où les droits de tous sont respectés. Le capitalisme possède donc une certaine moralité car le vol et la violence ne sont pas tolérés et sont contraires au respect des droits naturels d’autrui.

L’économiste Ha-Joon Chang déclare peu après : « Oui nous sommes tous égoïstes, certains plus, d’autres moins, mais nous avons aussi tous d’autres motivations : nous avons la solidarité, la fidélité et la sympathie. Toutes ces motivations sont réelles. »

Oui c’est vrai. Mais toutes ces motivations sont naturellement représentées sur les échelles de valeur de chacun, et chacun poursuivant son intérêt personnel, cherchera à maximiser son bien-être moral ou revenu psychique et ceci s’exprime à travers les actions de solidarité volontaires citées comme être dans une association visant à lutter contre la précarité si cela lui rapporte psychiquement plus que faire des heures supplémentaires pour pouvoir partir en vacances. Les actions guidées par la morale étant représentées par les échelles de valeur de chacun, chacun est naturellement guidé par son « égoïsme rationnel », au sens d’Ayn Rand, qui diverge de la vision que l’on a de l’égoïsme en temps normal qui s’apparente à la cupidité dans son sens courant.

Nous avons par la suite droit à une vidéo d’Ayn Rand où celle-ci critique l’altruisme, car celui-ci s’apparente au fait de vivre pour autrui et que l’homme cherche naturellement son propre bonheur. Mais il faut comprendre ce qu’Ayn Rand entendait par altruisme pour ne pas entretenir de confusion. Pour Ayn Rand : « Il ne faut pas confondre altruisme et bonté, bonne volonté ou respect des droits d’autrui. Ceux-ci ne sont pas des prémices, mais des corollaires, que l’altruisme rend, en fait, impossibles. L’altruisme a pour prémices irréductibles, pour absolu de base, le sacrifice de soi ; ce qui veut dire l’auto-immolation, l’abnégation de soi, le reniement de soi, l’autodestruction ; ce qui veut dire le soi comme étalon du mal, la négation de soi comme étalon du bien. » Pour Ayn Rand, on peut être bon et égoïste, mais pas être bon et altruiste, car le renoncement de soi conduit au renoncement au bonheur. Il faut avant tout comprendre les termes utilisés et leur signification.

Ensuite, un intervenant exprime le fait qu’Adam Smith s’inquiétait qu’il y ait une liberté d’importation et une liberté de mouvement des capitaux qui causerait du tort à l’économie anglaise. Il y a ici deux idées, une abordée et l’autre relativement camouflée. La première, c’est qu’il puisse y avoir une sortie de capitaux ET une balance commerciale déficitaire due à la liberté d’importation. Or, une sortie de capitaux s’accompagne obligatoirement d’un excédent commercial et d’une entrée de capitaux par un déficit commercial. Vous ne pouvez pas souffrir d’une sortie de capitaux ET d’un déficit commercial, c’est impossible. L’idée camouflée, quant à elle, sous-entendrait qu’il faudrait mettre un terme à la liberté d’importation2. Ainsi, on sous-entend qu’il faudrait taxer les importations et potentiellement subventionner les exportations.

Or il y a là encore un non-sens. Pour la simple et bonne raison que comme nous le montre Pascal Salin, dans son livre Libre-échange et protectionnisme : taxer les exportations, c’est taxer les importations, et subventionner les exportations, c’est subventionner les importations. Car lorsqu’on taxe les importations, on modifie les prix relatifs entre les biens et qu’en somme, le privilège de l’entreprise bénéficiant du droit de douane est payé par toutes les autres industries. Ainsi une taxe sur les importations ne peut pas combler le déficit de la balance commerciale mais peut seulement diminuer le volume des transactions internationales.

On peut voir peu après une vidéo de 2009 où Alan Greenspan, qui fut président du Federal Reserve System de 1987 à 2006, dit avoir trouvé une faille dans le système de libre marché. Il est amusant de voir qu’il ne fait plus cas de ce qu’il considérait comme le déclenchement des crises financières c’est-à-dire l’expansion monétaire qu’il a lui-même causée. Ainsi dans le livre d’Ayn Rand, Capitalism : The Unknown Ideal, Alan Greenspan explique que dans un régime d’étalon-or, l’expansion monétaire est limitée par les réserves d’or, et qu’ainsi les récessions étaient modérées et duraient peu longtemps. Monsieur Greenspan explique également que c’est la création de la Fed en 1913 qui est à l’origine de la possibilité d’augmenter de manière bien plus conséquente la masse monétaire, et que cela est la cause même de la Grande Dépression. Ainsi, Monsieur Greespan a apparemment préféré se dédouaner et dire que la Fed n’a aucun rôle dans la crise financière. M.Greenspan a totalement inversé sa pensée et ses valeurs en devenant président de la Fed.

Sur le travail des enfants

Nous arrivons par la suite, à un point où on nous explique que le travail des enfants est l’expression même du marché libre. La réalité est que cela est vrai en même temps que cela est faux. Car le travail des enfants se manifeste même dans les pays pauvres où celui-ci est réglementé. Le travail est présent de manière illégale et potentiellement encore plus pénible et abjecte qu’avant l’intervention de la loi. Je me permettrais de citer un économiste vedette de la gauche américaine, Paul Krugman : « Est-ce que quelque chose pourrait être pire que d’avoir des enfants travaillant dans des ateliers de misère ? Hélas, oui. En 1993, on découvrit que des enfants produisaient des vêtements pour Wal-Mart, et le sénateur Tom Harkin proposa une loi interdisant les importations venant de pays employant de la main-d’œuvre enfantine. Le résultat direct fut que les usines textiles bangladeshis cessèrent d’employer des enfants. Mais est-ce que les enfants retournèrent à l’école ? Est-ce qu’ils retournèrent dans la joie à la maison ? Non, d’après Oxfam, la plupart de ces enfants se retrouvèrent à exercer des métiers pires encore, ou à travailler dans la rue – certains tombèrent même dans la prostitution. » On peut en arriver à la conclusion que ce n’est pas le fait que le travail des enfants soit interdit ou non qui détermine réellement le nombre d’enfant travaillant, mais bien le niveau de développement du pays qui est de loin le facteur le plus déterminant dans le travail des enfants.

Leur situation est certes terrible, mais il faut arrêter de penser que l’action gouvernementale, par l’interdiction des transactions commerciales, s’apparente à une amélioration des conditions. La réalité est bien plus complexe et les bons sentiments finissent souvent par paver des enfers bien pire.

L’un des derniers sujets abordés durant la vidéo est l’esclavage, et celui-ci est directement mis sur le dos du capitalisme libéral alors que le libéralisme est intrinsèquement lié à la protection des droits de propriété légitime (et cette légitimité est très importante, car si on s’évertue à protéger les droits de propriété sans se poser aucune question sur leur légitimité, on accepte le fait d’instituer la violence dans la société). La première propriété de l’homme est celle de son propre corps. L’esclavage est donc, par nature, l’exploitation de la plus intime et précieuse propriété de l’individu : son propre corps. Pour affirmer que l’esclavage est accepté par le libéralisme, on cite David Hume : « Ces nègres sont naturellement inférieurs aux blancs. Une différence si constamment observée ne peut se fonder que sur une distinction originelle opérée par la nature entre les races humaines. »

On ne cite malheureusement ici que le point de vue d’un seul libéral d’une époque lointaine en ignorant la très large majorité des libéraux qui avaient combattu avec véhémence et force l’esclavage et bien d’autres sont ignorés, volontairement ou non. Ainsi, dans son livre L’Éthique de la Liberté, Murray Rothbard aborde les débats virulents ayant lieu en Angleterre notamment pour savoir si les maîtres d’esclaves devaient être indemnisés ou non pour la perte de « leurs » esclaves lorsque l’esclavage serait aboli. On peut clairement voir la bêtise qui entourait le débat d’alors. Que faisons-nous lorsque nous arrêtons un voleur ayant cambriolé une maison ? L’indemnisons-nous pour les biens que nous lui retirons… Ou bien est-ce que nous le punissons ? Murray Rothbard nous cite ainsi le parti pris par le libéral Benjamin Pearson lors de ce débat : « on propose d’indemniser les propriétaires d’esclaves alors qu’il me semble bien que ce sont les esclaves qui devraient être indemnisés. » Par conséquent, cette volonté de prendre des citations qui conviennent à l’idéologie voulue par les auteurs du reportage fait preuve d’une malhonnêteté intellectuelle absolument révoltante.

Le problème de l’exploitation

Enfin le dernier sujet abordé par cette émission est le sujet de la question morale soulevée par les usines agro-alimentaires où nous assistons à la traite des animaux par le plus grand des prédateurs. Il nous faut pour cela nous demander si les animaux peuvent seulement avoir des droits. Le concept de droits des animaux est un concept relativement récent qui affirme que les animaux disposeraient de tout ou d’une partie des droits des hommes, et qu’il serait donc illégitime de les tuer ou de les manger, car le même respect des droits de propriété leur serait dû. Cela soulève tout d’abord un grand nombre de difficultés et de problèmes, comme celui de définir quels animaux devraient bénéficier, ou pas, de ces droits (par exemple, certains théoriciens comme Albert Schweitzer sont allés plus loin, jusqu’à penser qu’il fallait interdire le droit d’écraser une blatte).

Cela pourrait rapidement s’appliquer non seulement aux êtres conscients mais à tous les êtres vivants, bactéries et plantes incluses, et la race humaine ne tarderait pas à s’éteindre. Mais on peut faire une critique des Droits des animaux dans une portée bien plus grande. Les hommes n’ont pas des droits car ils pressentent qu’il doit en être ainsi, mais car ceux-ci sont naturels. Ceux-ci font partie de l’Homme car il s’en sert pour atteindre des objectifs conscients, il se sert de sa raison et son énergie pour adopter des valeurs qui lui sont propres. Comme le souligne Murray Rothbard :  « Aucun autre animal, aucun autre être ne possède la même faculté de raisonner, de poser des choix conscients, de transformer son milieu aux fins de sa prospérité, de participer consciemment à la société et à la division du travail. » Ainsi dire que l’homme agresse un mouton est aussi dénué de sens que le fait de dire qu’un loup « agresse » un mouton. Et si un homme tue le loup qui l’a attaqué, il serait réellement absurde de dire que le loup était « un agresseur » et qu’il a été « puni pour son crime ».

Or, c’est bien ce à quoi correspondrait l’extension des droits naturels aux animaux. Certains des défenseurs de cette théorie nous répliquent ainsi que les enfants en bas âge doivent être traités de la même manière dans ce cas-là. Or, la différence fondamentale entre un enfant en bas âge et un animal est que le premier est un futur propriétaire en puissance, ce que ne sera jamais un animal quel que soit son âge.

Lire aussi sur Contrepoints : « Capitalisme » sur Arte : retour critique sur le premier épisode

Une grande campagne de sensibilisation ‪#‎ArteCliché (twitter et facebook) est lancée par un collectif de 20 associations et think tanks. Avec entre autres l’Institut Coppet, l’Institut Turgot, L’Institut économique Molinari, GénérationLibre, Students for Liberty (Paris et régions), Think Libéral Sciences Po, Les Conférenciers de Paris Ouest, l’IREF et l’ALEPS. Des articles vont paraître dans la presse : Le Figaro ce vendredi et Contrepoints.

  1. Lorsque nous parlons du capitalisme, nous utilisons son sens libéral, c’est-à-dire l’inverse de tout ce que représente le corporatisme, comme l’existence de droits de propriété illégitimes.
  2. On peut voir, si le principe est le même, que, si ces dires sont vrais, ce point séparait Adam Smith et Ricardo et sa théorie des avantages comparatifs.