Homéopathie : non, Influenzinum n’est pas un vaccin antigrippal

potion sorcières credits flood g. (licence creative commons)

Présenter Influenzinum comme un vaccin antigrippal, au même titre que les vrais vaccins à l’efficacité prouvée, relève de la supercherie.

Par Anton Suwalki.

potion sorcières credits flood g. (licence creative commons)

De passage à la pharmacie de mon village, je remarque un présentoir de boites de granules homéopathiques Influenzinum 9 CH d’un célèbre laboratoire dont tous les lecteurs auront deviné le nom. Chose tellement banale que je n’aurais pas réagi si une étiquette, visiblement collée par le pharmacien lui-même, indiquait « vaccin anti-grippal ».

C’est un fait que l’homéopathie confond abusivement son principe dit de similitude (« le semblable soigne son semblable ») avec celui de la vaccination. Dans le cas de la grippe et des états grippaux, le laboratoire fabrique l’exotique Oscillococcinum à base d’« autolysats de foie et de cœur de canard de Barbarie », et Influenzinum, c’est-à-dire à base de souches bien réelles de virus de la grippe utilisées dans des dilutions délirantes : dans le cas d’une formulation à 9CH, soit 1/ 1 000 000 000 000 000 000 (1 milliard de milliard), on vous laisse imaginer la quantité de produit actif que contient une granule de quelques dixièmes de mg ! Et encore, Influenzinum existe en 30 CH…

Seulement voilà : le plus souvent, ces pseudo-médicaments sont vendus comme « alternative au vaccin grippal », ce qui est bien sûr faux, mais on reste dans les allégations classiques des médecines parallèles. Dans le cas évoqué, le pharmacien présente Influenzinum comme un vaccin anti-grippal, au même titre que les vrais vaccins à l’efficacité prouvée.

Je fais donc remarquer au pharmacien que cette étiquette est pour le moins abusive, et pourrait tromper des clients, y compris ceux qui ne croient pas aux vertus de l’homéopathie .

« Mais c’est un vrai vaccin, et ça marche », me répond-il.

« Ça marche, vous voulez dire que des expériences dûment menées ont prouvé que les patients ingérant les granules développent des anticorps spécifiques, et qu’ils sont immunisés contre la grippe, comme avec un vaccin classique  ? » 

Mais notre apothicaire ne raisonne pas en termes de médecine fondée sur les preuves, son critère d’efficacité, c’est le chiffre d’affaires du rayon poudres de Perlimpinpin : « Ça marche, la preuve c’est qu’on en vend plus de 500 boites chaque année. »

Si c’est pas une preuve, ça ! Entendant cela, je me suis demandé si notre apothicaire avait lui-même signé la pétition contre un hypothétique projet de loi pouvant remettre en cause le monopole des « pharmaciens d’officine ». Dans la présentation de cette pétition, on apprend donc que « [notre] santé n’est pas un commerce ! »

Des clients attendaient derrière moi, et il était visiblement inutile de prolonger la discussion. J’ai pris mon sachet de médicaments méchamment allopathiques1, et j’ai pris poliment congé.

Dix jours plus tard, je suis repassé à la pharmacie pour renouveler une ordonnance. J’ai constaté que le présentoir d’Influenzinum était toujours là, mais que l’étiquette mentionnant « vaccin anti-grippal » avait disparu. Il est peu probable que le pharmacien se soit rendu à mon avis sur l’homéopathie, mais il aura au moins compris qu’on ne pouvait pas jouer sur les deux registres à la fois, celui de la prétendue alternative à la vaccination, et celui qui consiste à présenter la prétendue alternative comme la vaccination elle-même, ce dernier étant encore plus trompeur que le premier…

C’est certes une toute petite victoire, mais ne boudons pas notre plaisir.


Sur le web

  1. C’est-à-dire des vrais médicaments, l’allopathie étant une notion inventée par les homéopathes pour l’opposer à leur principe fantaisiste de similitude.