Le toc prohibitionniste

interdit de penser credits thierry Ehrmann (licence creative commons)

Réfléchir à des solutions issues de la société civile semble hors de portée pour les personnes atteintes du trouble obsessionnel compulsif prohibitionniste.

Par Édouard H.

interdit de penser credits thierry Ehrmann (licence creative commons)

Le 5 octobre dernier, j’écrivais un article en faveur de la légalisation de la GPA. Ce que je retire du nombre considérable de commentaires qu’il a générés, au-delà de la virulence de nombreuses personnes et de la tendance à psychanalyser leurs adversaires de la part des critiques, c’est l’incapacité des gens à réfléchir par-delà la violence.

Un phénomène très clair se dégageait en effet à la lecture des commentaires : il y a un problème ? Boum, prohibition complète par l’État. La fréquence à laquelle j’ai pu observer cette obsession de la prohibition et sa répétition constante tend à me faire dire que je viens de découvrir un TOC.

Réfléchir à des solutions issues de la société civile ou procéder à une légalisation associée à des réglementations d’État, c’est quelque chose qui semble hors de portée pour les personnes atteintes du TOC (trouble obsessionnel compulsif) prohibitionniste. Une solution humaine et raisonnée est impossible, seule la prohibition totale autoritaire est envisageable. Voici quelques exemples pour illustrer :

– Il peut y avoir des problèmes d’exploitation des pauvres avec la GPA ? Boum, prohibition totale. Impossible de réfléchir à des solutions comme : les futurs parents qui tendraient à choisir une mère porteuse saine et non une femme désespérée ; les agences de mise en relation qui feraient ce tri à cause de la pression sociale ; une réglementation d’État qui interdirait aux femmes gagnant moins de X € d’être mère porteuse ; une légalisation de la GPA altruiste uniquement ; etc.

– Il peut y avoir des problèmes avec des personnes non entraînées qui porteraient des armes (pour leur défense) ? Boum, prohibition totale du port d’arme. Impossible de réfléchir à des solutions comme la création d’associations qui offriraient des cours de tir gratuits, à un permis de port d’arme soumis à condition d’entrainement, etc.

– Il peut y avoir des problèmes avec des immigrés peu qualifiés qui créeraient de la concurrence avec les locaux peu qualifiés ? Boum, la prohibition totale de l’immigration peu qualifiée est nécessaire. Impossible de penser que ces gens ne maîtrisent pas la langue, n’ont pas de réseau, n’ont pas la culture, et donc ne font pas concurrence au même niveau avec les autochtones. Impossible de penser à une réduction d’impôt pour les autochtones les moins qualifiés touchés par la concurrence avec les immigrés. Etc.

– Il peut y avoir des problèmes de santé et d’addiction avec la vente libre de cannabis ? Boum, prohibition totale des drogues. Impossible de penser à des entreprises qui tenteraient de créer des produits innovants non addictifs afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs. Impossible de réfléchir à la création d’associations dédiées à la sensibilisation aux risques liés à la consommation de drogue. Impossible de penser à une légalisation associée à de strictes réglementations qui tendraient à assurer sécurité et information pour les consommateurs.

Cet article n’est pas un appel à débattre sur les quatre sujets que j’ai soulevés, ce n’était que des exemples et j’aurais pu en choisir d’autres. Il s’agit simplement de dénoncer cette ridicule obsession qui consiste à ne savoir répondre que par une interdiction totale dès lors qu’on a la moindre inquiétude sur une activité humaine.

Puisque j’entends déjà venir la remarque, j’aimerais préciser ceci à mes amis libertariens et anarchistes : oui, ces réglementations d’État seraient nuisibles. Mais il faut savoir aller étape par étape, on ne passera pas du jour au lendemain de la société française à une société libre. Il faut se réjouir de toute étape qui va dans la bonne direction. Une activité humaine (non agressive) légalisée mais réglementée est bien plus souhaitable qu’une prohibition totale.