Prix du timbre et manque de compétitivité : Qu’ont-ils en commun ?

timbre credits mike rodriguez (licence creative commons)

L’augmentation du prix du timbre témoigne de la logique économique défaillante qui s’est emparée de nos dirigeants.

Par Fabio Rafael Fiallo.

timbre credits mike rodriguez (licence creative commons)

La toute récente augmentation du prix du timbre-poste, décidée dans le but de faire face à une baisse du résultat d’exploitation de la Poste, passe outre plusieurs principes économiques fondamentaux.

À commencer par la loi de l’offre et de la demande et ce qu’elle implique : si la demande d’un produit ou service diminue – comme c’est le cas des prestations offertes par la Poste – il serait normal de baisser le prix du bien délaissé, et ce dans le but d’attirer un plus grand nombre d’acheteurs. Quand un vendeur de légumes n’arrive pas à écouler sa marchandise, nous le savons tous, il sera tenté de « faire un prix ». Même logique dans le cas des soldes des grands magasins.

Et pourtant, en augmentant le prix du timbre, les autorités de la Poste ont réagi différemment.

Leur décision serait justifiée si la demande des services de la Poste était « inélastique » (mot utilisé dans le jargon de l’économie), c’est-à-dire, si une telle demande ne variait guère en fonction du prix du timbre. Dans ce cas, la majoration du prix viendrait à accroître les recettes. Pour cela, le produit doit remplir une condition importante : qu’il n’y ait pas de substitut majeur vers lequel le consommateur puisse se tourner. Or, il se trouve que la Poste a un concurrent de taille qui lui ravit de plus en plus d’usagers. Il s’agit du numérique.

On ne voit pas, par exemple, ce qui pourrait empêcher les entreprises, dans un souci d’économie, de délaisser définitivement la Poste au profit du numérique pour envoyer les factures à leurs clients. Aussi le bon sens aurait-il dicté, non pas d’augmenter le prix du timbre, mais d’élargir la gamme des prestations, et surtout de tailler dans les dépenses afin d’améliorer ou de restaurer la rentabilité. Mais les autorités de la Poste sont, ici aussi, allées à contrecourant de la logique. Elles ont augmenté les dépenses.

En effet, le PDG précédent, Jean-Paul Bailly, s’était engagé en 2012 à créer 5.000 nouveaux postes par an suite au suicide de deux employés (ce qui fait 15.000 emplois entre 2012 et 2014). Puis, son successeur, Philippe Wahl, a cru bon de respecter un tel engagement, tout en admettant : « En 2014, le développement spontané des métiers n’exigeait pas 5.000 recrutements mais j’ai décidé de respecter quand même cet engagement, même si cela va se traduire par une baisse du résultat d’exploitation. »[1]

À en juger donc par les déclarations de l’actuel président de la Poste, des emplois inutiles ou redondants ont été créés ces dernières années.

Bien sûr, rien de plus logique que d’augmenter le prix du timbre pour répondre à une augmentation du coût d’exploitation. Tous les pays le font. Ce qui est aberrant dans le cas qui nous occupe, c’est que l’augmentation du coût d’exploitation de la Poste est due en grande partie à une décision malencontreuse – création de postes redondants – de la direction de cette institution.

Le mauvais calcul de la direction de la Poste serait moins inquiétant s’il n’était pas l’échantillon d’un mal plus profond et général, à savoir, la difficulté qu’éprouvent ceux qui sont aux manettes de la France à comprendre les exigences et les implications d’une gestion économique efficace. Ainsi, ce ne sont pas trois ans d’embauches superflues comme à la Poste, mais 40 années où le budget de l’État français n’a cessé d’être déficitaire.

Des mesures homéopathiques

imgscan contrepoints 2013980 marianne timbrée-Les gouvernements qui se sont succédé n’ont fait que prendre des mesures homéopathiques, fragmentaires, incapables de rétablir l’équilibre dans les comptes publics. Qui plus est, de même que la direction de la Poste fait peser sur l’usager, par majoration du prix du timbre interposée, une mauvaise politique d’embauche, ainsi les différents gouvernements français font peser sur le contribuable, et sur la compétitivité des entreprises, leur manque de volonté de réduire les dépenses de l’État – en premier lieu le nombre de fonctionnaires.

Pourtant, à l’instar du président de la Poste qui reconnaît le caractère superflu de l’embauche de 5.000 nouveaux fonctionnaires en 2014, les dirigeants de la France – à commencer par le Président Hollande lui-même – avouent la nécessité de mettre en œuvre une politique comportant l’allègement des charges fiscales et la réduction des dépenses publiques.

Paradoxalement, une fois avoir reconnu cette nécessité, les mêmes dirigeants ne font qu’annoncer des demi-mesures et rien de plus. Quant à la réduction du déficit public à 3% du PIB, elle est à chaque fois repoussée à plus tard. Plus d’un responsable politique reconnaît également qu’il est nécessaire de revoir le système de prestations sociales – y compris les allocations chômage –, trop onéreux et peu efficace.

Mais ceux qui sont aux commandes de la France se contentent de lancer de simples ballons d’essai à ce sujet. Aussi bien le ministre du Travail François Rebsamen que le Premier ministre Manuel Valls ont tenu publiquement des propos allant dans ce sens ; mais le premier a vite reculé face aux pressions corporatistes, tandis que le second a été recadré par le Président Hollande depuis Milan.

Ni les dirigeants de la Poste avec leur ridicule augmentation du prix du timbre, ni le gouvernement français avec ses réformettes sans avenir et ses ballons d’essai sans suite, ne se montrent prêts à faire sortir de l’ornière l’institution et le pays qu’ils ont respectivement la charge de diriger.