« Cassandre, casse-toi pauvre conne ! »

Depuis plus de deux ans, le gouvernement a choisi de mépriser les Cassandre. Mais aujourd’hui, les faits et la réalité se vengent.

Par Nicolas Nilsen

Cassendrea

Dans la mythologie grecque, Cassandre avait reçu le don de prédire l’avenir. Mais parce qu’elle avait repoussé les avances d’Apollon, ce dernier, dépité, décréta pour la punir que ses prédictions ne seraient pas crues. Je vous passe les malheurs terribles qu’elle avait annoncés et qui conduiront Troie à sa perte. Elle avait beau prédire l’avenir, personne ne l’écoutait. Pire encore, on la faisait passer pour folle : forcément, elle était celle par qui le malheur arrive… Nos Cassandre modernes ont également prédit ce qui est en train d’arriver, mais comme elles n’étaient pas de la famille des bisounours et ne parlaient pas la langue de bois, malgré l’exactitude de leurs prédictions, on ne les a pas écoutées…

Nos Cassandre d’aujourd’hui sont évidemment moins séduisantes que la plus jolie des filles de Priam qu’Homère décrivait comme semblable à l’Aphrodite d’or… Ce sont plutôt des petits hommes gris : des prévisionnistes de l’INSEE qui lisent l’avenir dans des tableaux Excel, ou des magistrats de la Cour des comptes qui totalisent les dérives financières sur leurs calculettes, ou des membres du Haut Conseil des finances publiques qui nuancent les prévisions optimistes du gouvernement, ou des commissaires européens qui rectifient les projections fantaisistes de certains ministres français, ou encore les très nombreux experts ou économistes qui, depuis des années – avec une implacable lucidité – avaient prédit que les choix du gouvernement conduiraient à la déroute d’aujourd’hui.

Mais, pendant plus de deux ans, le pouvoir a préféré ricaner et mépriser ceux qui annonçaient que, contrairement à ce qu’affirmait le pouvoir, la courbe du chômage ne s’inverserait pas, que les dépenses ne seraient pas enrayées, que les budgets continueraient à être déficitaires, que l’immigration allait poser de plus en plus de problèmes, que la dérive des comptes sociaux allait créer des déflagrations sociales en faisant voler en éclats la protection sociale, que la règle européenne des 3% ne serait pas tenue, que les impôts allaient continuer d’augmenter, que la dette allait continuer de s’envoler, que la croissance ne repartirait pas, que le secteur du logement allait s’effondrer… etc.

Tout cela avait été dit, redit, prédit, écrit et annoncé – au bon moment, c’est-à-dire au moment où il était encore temps de rectifier la trajectoire. Ignorant et incompétent, le gouvernement a préféré rester sourd aux mises en garde. Pendant plus de deux ans, il a choisi de mépriser les Cassandre, de nier l’évidence, de refuser d’écouter les mises en garde de la Cour des comptes, de Bruxelles, des économistes libéraux qui appelaient pourtant tous à l’indispensable maîtrise des dépenses… Aujourd’hui, évidemment, les faits et la réalité se vengent : les caisses de l’État sont vides, les comptes publics prennent l’eau de toute part, la croissance ne revient pas, le chômage continue d’augmenter…

De temps en temps, bien sûr, les Français ont un léger haut le cœur en entendant que la dette atteint le chiffre effrayant de 2000 milliards. Mais c’est passager et uniquement parce que le chiffre est rond : d’ici quelques semaines, ce sera vite oublié et la dette continuera d’augmenter dans l’indifférence générale. D’autres Cassandre annonceront de nouveaux malheurs, mais le pouvoir continuera à les mépriser en ricanant dans ses palais. Le pire est évidemment que ce sont les Français qui vont souffrir et être obligés, une fois de plus, de payer les ardoises – avec cette petite différence aujourd’hui que leurs poches sont vides !

Lorsque Cassandre avait prédit le danger du cheval de Troie, on ne l’écouta pas et Troie s’effondra… Il en va de même pour la France d’aujourd’hui : pour séduire son électorat, aucun de nos politiciens n’a le courage de parler des bombes à retardement qui vont dynamiter la société… Donc elles exploseront, les unes après les autres, jusqu’à la faillite. C’est inévitable puisqu’ils refusent non seulement de voir les chevaux de Troie qui pourtant crèvent les yeux de ceux qui ont des yeux pour voir, mais aussi de nommer les choses par leur nom, en appelant un chat un chat… Jusqu’à la catastrophe finale, ils préfèreront toujours la langue de bois, le conformisme de la pensée unique et la « novlangue » d’Orwell…


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