Valls à Berlin : ces réformes structurelles qui ne viendront pas

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Manuel Valls est donc à Berlin et globalement il en ressort qu’il n’en ressort pas grand-chose.

Par Charles Sannat.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits Philippe Grangeaud Parti Socialiste, licence Creative Commons)

« Quand la France crie croissance, l’Allemagne entend nouvelles dettes et quand l’Allemagne exige des réformes, en France, on entend économies mortelles », relevait dans un éditorial mardi le quotidien conservateur Die Welt. Et pour tout dire, ce résumé de la situation est assez bon.

Manuel Valls est donc allé à Berlin et globalement il en ressort qu’il n’en ressort pas grand-chose. Les mamamouchis français voudraient desserrer l’étau de la rigueur ou de l’austérité, ils voudraient pouvoir faire encore un peu plus de dettes histoire de reporter les problèmes à encore un peu plus tard. Après tout, cela fait plus de 40 ans que nous avons chaque année des déficits et une dette qui augmentent, alors que changeront quelques années de plus… Si en plus la BCE pouvait refiler des beaux euros tout neuf gratuitement, à tout le monde, la vie pourrait enfin être belle.

Du côté allemand et face à la léthargie française (qui ne date pas de ce gouvernement d’ailleurs), on attend des « réformes structurelles » et pas qu’un peu. On attend que la France bouge, que la France change, qu’elle fasse des réformes certes mais également qu’elle baisse considérablement le poids de sa dépense publique.

imgscan contrepoints 2013856 françois hollande angela merkelAlors, poliment et gentiment, Angela se dit « impressionnée par le programme de réformes de Manuel Valls et lui souhaite… bonne chance », ce qui en dit long, très long sur ce que pense Angela des chances de Manuel de redresser la situation de notre pays.

Aimer ou pas Manuel Valls ne changera rien au fait que, pour améliorer réellement la situation, le Premier ministre devrait porter des textes ambitieux, couper dans la dépense publique (à la hache) et lorsque l’on coupe dans la dépense publique… on fait des mécontents et c’est assez logique. Alors quels postes budgétaires doit-on amputer ? Celui des balles à blanc de l’armée c’est déjà fait puisque les militaires français, à l’entraînement, simulent maintenant le tir de leurs armes en criant « pan, pan » ; ne riez pas, nous en sommes arrivés là. À qui ne va-t-on pas verser sa pension, sa retraite, son minima machin ou sa prime bidule, parce qu’il ne faut pas se leurrer, lorsque les Allemands veulent que les Français réduisent les dépenses… c’est bien la politique de redistribution qui est visée puisqu’en réalité, ce qui étouffe notre économie, c’est le coût de la politique sociale.

En disant cela, je ne critique pas la politique sociale. Je constate juste que c’est cette politique sociale qui coûte des centaines de milliards d’euros chaque année et que, étant donné le montant de nos dettes, il est évident que cela fait déjà bien longtemps que nous ne pouvons plus nous l’offrir.

D’ailleurs, l’ensemble des gouvernements depuis 1974 a décidé de ne pas nous faire payer son coût véritable. En soi, il n’y a aucun problème pour financer cette politique. Il faut juste augmenter les impôts et les prélèvements jusqu’à ce que l’on soit à l’équilibre. Avec une TVA à 50%, il n’y aurait aucun déficit en France… mais à ce taux, nous aurions étouffé toute notre économie, ce qui là encore démontre que l’économie française ne peut plus financer son modèle social.

Comment Manuel Valls, aussi fort, volontaire et brillant soit-il, pourrait-il faire pour refonder ce modèle social alors qu’en moins de 6 mois il y a eu le gouvernement Valls 1 et Valls 2, que Manu fait face à des « frondeurs » et que plus de la moitié des députés sont des pétochards finis ?

De plus, le contexte économique est dramatique et ôte au gouvernement toute marge de manœuvre, sachant que pendant deux ans, François Hollande attendait le retour de la sainte croissance, celle qui le sauverait des eaux… pourtant nous lui disions, que là il poireautait vraiment pour rien.

La stagnation du PIB de la France confirmée au deuxième trimestre

Nous avons donc appris que « l’économie française a stagné au deuxième trimestre, après avoir déjà stagné au premier », d’après l’Insee selon les résultats détaillés des comptes nationaux trimestriels publiés mardi. Le gouvernement a récemment abaissé ses prévisions pour 2014 et 2015 et attend une croissance du PIB de 0,4% cette année et de 1,0% l’an prochain, alors qu’il envisageait auparavant 1,0% puis 1,7%.

Au deuxième trimestre, la contribution de la demande intérieure finale à la croissance a été de 0,1 point (0,2 annoncé auparavant) et celle de la variation des stocks a été neutre (-0,1 annoncé auparavant). Le commerce extérieur a contribué négativement à hauteur de 0,1 point (chiffre confirmé). Bref, nous pouvons résumer cela par un beau « élève Hollande, croissance 0 ».

Hausse du déficit budgétaire et donc de la dette !

« Le gouvernement a annoncé pour cette année un dérapage du déficit public à 4,4% du PIB au lieu de 3,8% prévu auparavant, après 4,1% en 2013 selon la dernière révision par l’Insee. Le dérapage serait ainsi de plus de six milliards d’euros cette année et de plus de 25 milliards en 2015, année où le déficit serait à peine réduit à 4,3%, au lieu des 3% promis auparavant. Il reviendrait sous cette barre fin 2017… »

Comme prévu encore une fois, il va falloir trouver des sous et beaucoup de sous ; alors Manuel Valls veut baisser les impôts, François le premier nous explique qu’il n’y aura pas de hausse d’impôts, fini, terminé… mais vous allez faire comment ? 25 milliards c’est colossal… donc on ne les économisera pas en supprimant le budget Post-it du ministère de l’Éducation nationale même s’il en consomme beaucoup. Alors comment fait-on pour réduire les dépenses de 25 milliards d’euros (en réalité ce sont 50 milliards) et sans augmenter les impôts ?

Après le mensonge et le piège de l’inversion de la courbe du chômage, notre président est tombé à pieds joints dans le piège de la promesse stupide du « j’augmenterai plus les impôts »… et Manu qui veut même supprimer la première tranche et revoir les barèmes. Bonne idée en soi, mais il faut juste comprendre que nous n’avons pas les moyens de le faire… Mais bon, tu le feras quand même et dans 6 mois tu refileras la patate chaude à un autre ambitieux qui pensera réussir là où tout le monde s’est planté… et on repartira pour un tour ou pas… Ou pas, car Sarkozy pense que Hollande finira dans du goudron et des plumes, ce qui pourrait bien s’avérer possible vu la tournure que prennent les événements.

Nouvelle contraction dans le secteur privé en France

Comme les mauvaises nouvelles sont toujours multiples, « la contraction de l’activité dans le secteur privé s’est légèrement accentuée en septembre en France, les services revenant dans le rouge tandis que le repli de l’industrie s’atténuait, selon les premières estimations « flash » des indices Markit des directeurs d’achats publiés mardi. L’indice PMI composite, qui combine l’industrie et les services, s’est inscrit à 49,1 contre 49,5 au mois d’août, atteignant son plus bas niveau depuis juin et restant sous la barre de 50, séparant les zones de contraction et d’expansion de l’activité ».

Bon, en clair, et à ceux pour qui ce n’était pas très clair, la France est tout simplement sur la voie tranquille de la récession pour la simple et bonne raison que les leviers de commandes ne répondent plus (les ministres disent et les fonctionnaires font ce qu’ils veulent), les ménages sont totalement dépressifs, et franchement je les comprends puisque cela fait quelques temps déjà que j’ai fermé le porte-monnaie et que je ne dépense plus rien d’inutile histoire de mettre un peu plus de côté en cas de coup dur (évidemment, je ne suis pas le seul), les impôts baissent officiellement mais dans les faits, il ne reste que des effets d’annonces et des salariés qui demandent des avances sur salaire pour payer leur dernier tiers… des entreprises qui n’investissent plus du tout, des commandes en berne, une consommation qui résiste uniquement parce que l’on est un peu plus nombreux chaque année et que les touristes dépensent un peu en France mais par tête de pipe de Français cela baisse, de même que le PIB…

Alors… n’imaginez pas que Manu puisse réussir, au contraire, pensez à ce qui se passera lorsqu’il aura échoué. Il ne reste plus beaucoup de temps.


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