La pilule contraceptive, dangereuse ?

Pilule credits doug88888 (licence creative commons)

Certains scandales ont mis à mal notre confiance envers la pilule contraceptive. Qu’en est-il de la recherche sur le sujet aujourd’hui ?

Par Bénédicte Cart.

Pilule (crédits : doug88888, licence creative commons)

Une étude récente tend à prouver l’existence d’un lien entre usage de contraceptifs par voie orale et augmentation des risques de cancer du sein. Alors que les études précédentes comportaient des incertitudes concernant la récolte des données observables, celle proposée par une équipe de chercheurs de l’université de Washington repose sur une méthode d’analyse plus rigoureuse, c’est-à-dire moins liée au témoignage des personnes examinées. Parmi plusieurs femmes dépendantes du même programme de santé publique, 1 102 femmes âgées de 29 à 49 ans ont été diagnostiquées comme atteintes de cancer du sein, et cela sur une période allant de 1990 à 2009. Des contrôles aléatoires ont ensuite été faits parmi l’ensemble des femmes présentes au programme santé publique, le tout en fonction des parcours médicaux des unes et des autres. Le tout a donc confirmé la corrélation qui existerait entre le cancer du sein et l’usage de contraceptifs oraux.

Cette nouvelle étude nous interpelle. S’oriente-t-on vers une remise en cause de cette avancée médicale ? La pilule, promesse de liberté, deviendrait-elle cause de contrariétés pour nous les femmes ? Révolution pour la femme dans les années 1960, elle a eu un succès tel que, dans les années 2000, environ 60% des femmes utilisaient cette méthode de contraception en France. Mais aujourd’hui, les scandales scientifiques viennent mettre à mal notre confiance en ce petit concentré d’hormones.

La pilule est le fruit d’un travail de recherche entre les deux guerres, notamment en réponse à un contrôle des naissances aux États-Unis. C’est en 1960 que la première pilule est commercialisée aux États-Unis, en 1962 qu’elle est autorisée légalement pour les femmes mariées américaines, et en 1967 qu’elle l’est pour les Françaises. Après quelques accidents pour débuter, puis des études pour un dosage efficace, la pilule devenait légale et remboursée par la sécurité sociale.

Une découverte libératrice

On peut facilement comprendre pourquoi, dans un contexte social comme celui des années 1960-70, une découverte comme celle-ci était une vraie libération de la femme. En effet, elle obtenait un moyen de contraception simple qui nécessitait d’avaler un petit cachet chaque jour, rien de très contraignant face aux moyens existants ou à l’IVG. Elle pouvait jouir du sexe pour le sexe, comme un homme, sans craindre une grossesse. Ainsi, la procréation était contrôlée, la femme déresponsabilisée et libre de se satisfaire sans crainte – tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Puis les cancers du sein ont touché de plus en plus de femmes, les effets secondaires se sont multipliés, les risques cardiovasculaires ont explosé. Il a fallu penser aux dangers de notre petite pilule…

Mais des effets controversés

À l’heure actuelle, le scandale des pilules de deuxième et troisième génération, les hormones de synthèse qui bouleversent l’écosystème ou encore le lien entre cancer du sein et prise de pilule nous amènent à repenser nos moyens de contraception. De plus en plus de femmes se posent maintenant la question : que veut-on me faire ingurgiter ?

En effet, pendant plusieurs années, l’État a enchaîné les campagnes de sensibilisation, facilité le remboursement par la sécurité sociale, assuré l’accessibilité de la pilule et visé sa généralisation et la prise de cette pilule par chacune d’entre nous, en organisant sa publicité. Les laboratoires pharmaceutiques se sont chargés des prescripteurs et des distributeurs. En apportant de nouvelles fonctions à la pilule contraceptive dans le but de fidéliser toujours plus, on en vient à mettre à mal l’image de la femme comme femme capable de procréer en la rendant quasi-infertile (notamment en faisant disparaître les symptômes de règles).

Quel futur pour la contraception?

Et maintenant, que faire ? Réfléchir à la méthode qui convient le mieux, pour soi mais aussi pour son partenaire. Finalement, chaque méthode a ses contraintes, il est important de savoir ce que son corps accepte. Il existe en effet de multiples façons de ne pas tomber enceinte, allant du préservatif à l’observation de ses cycles menstruels.

Devons-nous pour autant remettre en cause les acquis de nos aïeules ? Reconnaissons plutôt que cette découverte scientifique était un progrès réel par la maîtrise de la procréation qu’elle a offert. Mais l’engouement qu’elle a suscité a été tel que nous n’ouvrons les yeux que maintenant pour une utilisation plus mesurée et raisonnable. La pilule doit rester un moyen de contraception comme un autre, la liberté qu’elle a pu procurer n’était peut être qu’illusoire à l’image de ce qu’est la pilule : un concentré d’hormones synthétisées chimiquement.

Source : Elisabeth F. Beaber, Diana S.M. Buist, William E. Barlow, Kathleen E. Malone, Susan D. Reed, and Christopher I. Li., « Recent Oral Contraceptive Use by Formulation and Breast Cancer Risk among Women 20 to 49 Years of Age », Cancer Research, 74 (16), 15 août 2014.