Obama défend le wahhabisme « classique »

Barack Obama (Crédits : barackobamadotcom, licence Creative Commons)

Étonnante position du président américain qui se fait défenseur de l'Islam wahhabite traditionnel contre sa nouvelle version.

Par Lucien Oulahbib.

Barack Obama (Crédits : barackobamadotcom, licence Creative Commons)

Il semble bien qu’Obama ait en quelque sorte « profité » de l’émotion déclenchée par l’assassinat spectaculaire des deux journalistes U.S pour se positionner en défenseur de l’islam wahhabite traditionnel mis en danger par sa nouvelle version 2.0 (comme il a toujours été en Islam) plus pragmatique que la version 1.0 (Al Qaida). Voyons ce premier point.

Si l’on observe la morphologie de l’histoire islamique (étudiée brièvement dans mon livre Les Berbères à la croisée des chemins et dans Nationalisme arabe et islamisme), celle-ci a toujours été liée à une sorte de « jugement de Dieu » du fait même de sa double racine théologico-politique et non pas strictement héréditaire (en ce sens le conflit sunnite/shiite n’y échappe pas, il ajoute seulement une variable (inconnue) de plus au domaine de définition de la fonction morphologique considérée ici).

Cela signifie que l’héritage est toujours en jeu en Islam, surtout si un « meilleur » se dégage sur le terrain.

Généralement le processus se déroule ainsi : un « Commandeur des Croyants » émerge, il réussit à vaincre son prédécesseur, il est alors reconnu comme seul Interprétateur décisif du Corpus (Coran, Sunna, Sharia, haddiths) et comme seul Djihadiste en chef ; son groupe règne ; jusqu’à ce qu’un concurrent trouve assez de « forces » (spirituelles, politiques, financières, militaires : dans cet ordre) pour, dans un premier temps et dans des circonstances données, lancer le défi, puis se retirer afin de s’aguerrir, se purifier, créer autour de lui un groupe de fidèles partageant le même « appel » ; puis, dans un second temps, il faut prouver dans l’action si la présence divine liée à « l’appel » est là en sortant victorieux d’un combat inégal (1000 djihadistes de l’E.I contre 25.000 soldats de l’armée irakienne lors de la prise de Mossoul, réitérant les combats inégaux de Mahomet au tout départ). Se faisant, la réputation se construit donc et peu à peu fait tache d’huile puis boule de neige.

Mais comment dure-t-elle ?… Car la version 1.0, si elle persiste encore clandestinement, n’a guère prospéré malgré son coup d’éclat aux USA le 11 septembre 2001 et sa présence au Sud Sahara, tandis qu’aujourd’hui l’IE joue carte sur table grâce semble-t-il à deux atouts forces : 1/ le caractère panislamique semble en apparence supplanter le caractère arabe, ce qui permet de recruter au-delà de la barrière ethnique ; 2/ le caractère égalitaire semble en apparence supplanter les différences sociales en permettant aux meilleurs sur le terrain d’avoir une part non négligeable du butin et de monter en grade, tandis que les autres sont payés, aidés, avec des institutions en herbe mais adéquates.

Arrivant au sein d’une telle configuration (et ce sera le second point), l’apprenti djihadiste venant d’Occident et d’ailleurs vit, réellement, son rêve, et pas seulement celui fabriqué sur Internet et dans les jeux vidéo, en ce sens qu’il vibre de partout dans son islam qu’il ressent plus qu’il ne conceptualise (comme Heidegger dans son nazisme des S.A) puisque tout l’environnement immédiat et lointain baigne dans cette atmosphère, cet « esprit », jusqu’à ces compagnes promises qui viennent vivre avec lui ce rêve réel.

Bien loin dans ce cas de l’Occident postmoderne dépravé et en crise multiforme (en attente de son effondrement politique final, les effondrements spirituels et moraux étant déjà là) et surtout bien loin d’États pseudo islamiques en leur sens, et bien plus féodaux. D’où le sentiment de djihadistes issus par ailleurs de l’égalitarisme communiste et tiers-mondiste observant que tous ces pays se coagulant derrière le bouclier Obama/Hollande (et qu’ils financent en achetant leurs dettes) sont des félons à l’islam « véritable », des profiteurs qui ne redistribuent rien alors que l’E.I bien plus que Al Keida, organise une distribution au mérite, laisse une large autonomie aux structures de base qui s’occupent jusqu’à la gestion des hôpitaux et des hospices.

Dernier point : dans ce contexte, Obama/Hollande apparaissent bien plus comme la dernière digue d’une captation féodale de l’islam par les Saoud, de plus en en plus illégitimes par ailleurs, que le soi-disant combat entre la Lumière et l’Obscur, la Civilisation et la Barbarie, surtout si l’on place les wahhabistes du côté de ladite « Civilisation », ce qui ne manque pas de piquant…

La Turquie ne s’y trompe pas. Son refus d’envoyer des troupes indique en réalité qu’elle prend de plus en plus acte de la construction d’un califat réel de longue durée qui permet d’une part de prendre les Kurdes à revers, d’autre part de faire tampon face à l’influence iranienne.

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