Thomas Thévenoud : député du champagne, puis du goudron et des plumes

contrepoints 644 Thévenoud

Thomas Thévenoud, député de Saône-et-Loire spécialiste de la fraude fiscale puis secrétaire d’État dans le gouvernement Valls II, démissionne 9 jours après sa prise de fonctions : il fraudait le fisc depuis des années et s’est fait prendre.

Sitôt arrivé, sitôt parti : le député Thomas Thévenoud quitte le gouvernement quelques jours seulement après sa nomination au poste de Secrétaire d’État au Commerce Extérieur, pour des « raisons personnelles » qui n’auront poliment omis les révélations de sa fraude fiscale que pour quelques heures. Il aurait, depuis des années, « oublié » de remplir ses déclarations et payer ses impôts, au point que l’administration fiscale en vienne à prélever à la source ce qu’elle lui estimait dû, directement sur les confortables rémunérations du député de Saône-et-Loire.

contrepoints 644 ThévenoudComme il l’affirme lui-même, il n’a cependant jamais fait l’objet de poursuites judiciaires ou fiscales, et pensait apparemment ne jamais être inquiété outre mesure pour ses petits oublis ; on comprend mal comment un député a pu échapper à de telles révélations depuis 2012, et comment il espérait y échapper en temps que secrétaire d’État.

Avec une ironie que seule la République française peut déployer, Thomas Thévenoud n’était pas seulement député. À l’Assemblée, il était vice-président de la mission d’information sur la fraude fiscale, ce qui n’est pas sans rappeler l’affaire Jérôme Cahuzac. Brièvement ministre du Budget, il se déclarait en lutte contre la fraude fiscale après s’y être allègrement adonné quand il payait l’impôt au lieu d’en vivre. L’ironie ne s’arrête pas là : le député Thévenoud était aussi vice-président de la commission d’enquête sur Jérôme Cahuzac !

Les hommes politiques français sont avant tout des alpinistes du grotesque qui, chaque jour, atteignent de nouveaux sommets.

Tout n’est pas à déplorer dans ces affaires : pour une fois, des hommes politiques avaient une réelle expertise sur leur sujet. Et pour une fois, la révélation des scandales qui les touchent sonne le glas de leurs carrières.

Mais cette affaire supplémentaire pose une nouvelle fois plusieurs questions : quelle sera la prochaine, et comment pourrait-on l’éviter ?

François Hollande avait fait campagne sur une « République exemplaire », et à mi-mandat, deux ministres ont déjà dû renoncer à leur fauteuil – non pour avoir fraudé le fisc, mais pour s’être fait prendre sans possibilité d’étouffer l’affaire. L’exemplarité attendra. D’autant plus que le chef de l’État lui-même échappe à l’impôt sur la fortune en sous-estimant largement la valeur de son patrimoine, notamment de sa villa de Mougins. Dans sa déclaration, il n’accordait d’ailleurs pas à Valérie Trierweiler le statut de concubine, alors qu’elle logeait à l’Élysée et avait à sa disposition un staff rémunéré avec l’argent public du fait de ses fonctions de première dame et une page sur le site de l’Élysée. La cohérence, elle aussi, attendra.

D’une façon générale, rares sont les hommes politiques au-dessus de tout soupçon, mais plus rares encore sont pourtant les enquêtes. Pour que la république ait une chance d’être exemplaire, pourquoi ne pas instaurer un contrôle fiscal systématique sur l’ensemble des élus français ? Ne prônent-ils pas tous en chœur la transparence ?

Eux qui votent les impôts et le budget, qui décident de combien ils prendront à chaque Français et comment ils dépenseront les milliards prélevés, devraient faire la preuve de leur honnêteté. Un contrôle fiscal leur permettrait en outre de savoir un peu mieux l’enfer que des milliers de Français vivent chaque année pour assurer le financement de leurs pitreries et caprices. Et rendrait un peu, un tout petit peu moins ridicule leur prétention d’imposer des efforts aux Français tandis qu’eux continuent de se gaver et payer très peu d’impôts.

Malheureusement, on ne saurait pas bien à qui en confier la responsabilité ; l’opposition, malgré ses commentaires faciles, n’a pas vraiment de leçons à donner en la matière – ni en quelque matière que ce soit, d’ailleurs.

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. – Lord Acton

Le niveau de probité des élus soulève aussi des questions sur la façon dont ils gèrent certains dossiers. Un député siégeant à la commission de lutte contre la fraude fiscale qui fraude le fisc devient-il intègre, objectif et soucieux de l’intérêt général quand il propose et vote les lois et le budget ? Lorsqu’il défend par exemple, contre toute logique, le puissant lobby des taxis – au détriment d’entreprises innovantes créant une réelle valeur pour le consommateur ?

Avec de tels escrocs incompétents aux commandes, on comprend mieux pourquoi la France, depuis 40 ans, est en voie de sous-développement. Quand les affaires qui émaillent la vie politique du pays sont sans grandes conséquences pour leurs auteurs qui, le plus souvent, ne sont même pas sanctionnés d’inéligibilité ; quand une petite classe politique s’enrichit (et pas que légalement) sur le dos du reste de la population, et dispose de privilèges qui la mettent à l’abri des décisions qu’elle prend ; quand les citoyens n’ont en pratique aucun moyen de faire valoir leur opinion autrement qu’en choisissant à chaque scrutin entre la peste et le choléra, et que leur avis quand on le leur demande n’est même pas pris en compte ; alors, on ne peut qu’imaginer les conséquences sur l’économie et la société.

Qu’on n’a d’ailleurs pas besoin d’imaginer très longtemps ; il suffit d’ouvrir les yeux. Pour financer le train de vie d’un État inefficace et illégitime, les marges faibles des entreprises et le pouvoir d’achat érodé ne suffisent plus depuis 40 ans et, depuis 40 ans, chaque année, les députés se réunissent pour voter un budget en déficit. La dette se creuse et ne pourra jamais être remboursée ; elle représente plus d’une année de PIB, alors que ce dernier est largement surévalué du fait justement de la taille de l’État.

Alors, que fait-on ?

C’est à chacun d’en décider, selon ses propres valeurs, ses propres convictions, ses propres préférences. Dans l’état actuel des choses, il ne faut pas espérer que la classe dirigeante soit à l’origine d’un changement positif, alors que les années passant nous éloignent de plus en plus d’une société libre et harmonieuse et nous approchent rapidement d’un fascisme dont on ne dit pas le nom.

Rien sans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État. – Mussolini

Ceux qui aspirent à une vie différente ont donc le choix entre se relocaliser dans un pays où leur destin sera entre leurs mains, ou reprendre en main leur destin, ici, en France.

Les hommes politiques aiment à se revendiquer de la Révolution, sans sembler comprendre ce que l’abolition des privilèges signifierait concrètement pour eux en 2014. Ils ne sont pas les représentants dignes et légitimes, mais les privilégiés qui vivent à ses dépens.

Le changement – nécessaire – est inéluctable. Il peut advenir parce que les Français l’auront provoqué ; sinon, il surviendra naturellement sous le poids du fardeau que les hommes politiques français ont imposé à leur pays – c’est-à-dire à ses citoyens.

L’intensification des tensions est palpable, mais il demeure difficile de savoir quand et comment ce changement surviendra. En attendant, certains méritent du goudron et des plumes.