France de Hollande : Too big to fail ?

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Un poids lourd de l’économie européenne peut-il sombrer comme la Grèce ou est-il trop important pour que ses partenaires acceptent sa faillite ?

Par Patrick Aulnas.

 

François Hollande en 2012 (Crédits Mathieu Delmestre-Solfé Communications licence Creative Commons)

 

La situation économique de la France inquiète de plus en plus. Le pays en est réduit à demander à l’Allemagne d’infléchir sa politique économique pour pouvoir…profiter des effets induits. On a peine à y croire mais nous en sommes là. Un poids lourd de l’économie européenne peut-il sombrer comme la Grèce ou est-il trop important pour que ses partenaires acceptent sa faillite ?

L’appel au secours de la France à l’Allemagne

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)« Elle est là, elle est là ! ». Il s’agit de la croissance économique et de l’une des incantations médiatisées du Président de la République française. Eh bien non, elle n’est pas là. La croissance du PIB français a été nulle au premier trimestre 2014. Que fait alors un social-démocrate ? Il va frapper à la porte d’Angela Merkel pour lui faire la morale. Outre-Rhin, les équilibres budgétaires ont été restaurés et, même si la conjoncture est moins favorable qu’espéré, la balance commerciale est excédentaire. Selon François Hollande, ces excédents allemands doivent être utilisés de façon favorable à la France, et bien entendu à l’Europe. C’était du moins le nouveau rêve du Président qui déclarait récemment au journal Le Monde : « Les excédents commerciaux de l’Allemagne et sa situation financière lui permettent d’investir davantage. C’est le meilleur service que l’Allemagne peut rendre à la France et à l’Europe ».

Autrement dit, une politique de relance keynésienne par le biais de l’investissement public serait souhaitable en Allemagne. La France étant le premier fournisseur de l’Allemagne, elle en espère un effet positif sur ses carnets de commandes. Selon les dirigeants français, les équilibres budgétaires allemands ne méritent pas le culte qu’on leur voue.

La réponse cinglante de l’Allemagne a été immédiate. La porte-parole du gouvernement allemand, Christiane Wirtz, a indiqué que : « les déclarations très générales en provenance de Paris ne fournissent aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique […] L’Allemagne est déjà une locomotive importante, la plus importante même pour la conjoncture de la zone euro ».

En arriver à quémander des investissements publics à son voisin lorsqu’on est devenu incapable de les réaliser soi-même en dit long sur le désarroi du gouvernement français. François Hollande a-t-il voulu tenter une nouvelle manœuvre de politique intérieure destinée à imputer la responsabilité de son échec économique à son principal partenaire européen ? Sans doute. Piètre stratagème qui constitue une humiliation de plus pour notre pays.

Mais, en réalité, il s’agit tout simplement d’un appel au secours. L’argument utilisé, le risque déflationniste, ne convainc pas vraiment. Si l’inflation est faible, nous sommes loin de la déflation. La vérité est toute simple : la situation économique de la France se détériore rapidement. Plus sa situation économique se dégrade et plus ses finances publiques se fragilisent. La France est-elle donc au bord de la faillite ? Pas encore, mais chaque jour qui passe aggrave sa situation.

La chute de la maison France ?

Le pays continue à s’endetter lourdement, mois après mois. Ainsi, l’Agence France Trésor, chargée de la gestion les emprunts de l’État français, a émis 28 milliards d’€ de nouveaux emprunts à long terme en avril 2014, 9,5 milliards en mai et 18,6 milliards en juin. Les taux, historiquement au plus bas, permettent la soutenabilité de ces emprunts. Mais comme le montre le graphique suivant, la fluctuation des taux d’intérêt est la règle.

Taux des emprunts à 10 ans de l’État français sur les 24 derniers mois :

 

Patrick Aulnas too big to failIl suffirait donc que les taux remontent à 3 ou 4% pour que le poids des intérêts de la dette publique mette le pays en difficulté financière grave.
La France reporte d’année en année les réformes de structure qui permettraient de réduire le déficit public en deçà de 3% du PIB. Si notre déficit budgétaire était par exemple de 2% par an, les amortissements des emprunts en cours deviendraient supérieurs aux nouvelles émissions d’OAT. Il en résulterait une diminution de la dette publique globale qui représente aujourd’hui environ 2000 milliards d’€, soit près de 94% du PIB. Mais avec un déficit qui dépasse les 4%, les emprunts nouveaux sont largement supérieurs aux remboursements des emprunts anciens et la dette poursuit son envolée.

Pourquoi, malgré le non-respect répété de ses engagements internationaux, en particulier à l’égard de ses partenaires européens, la France bénéficie-t-elle encore de la faveur des marchés financiers ? Pourquoi ne paie-t-elle pas des intérêts beaucoup plus élevés comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce ?

Des règles biaisées

Hollande cap (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)La réponse est simple. D’une part, l’administration fiscale est jugée efficace ; d’autre part, les banques centrales injectent des quantités considérables de liquidités dans l’économie par la politique de Quantitative Easing ou assouplissement quantitatif. Elles acquièrent des titres de dette publique ou des titres hypothécaires et distribuent en contrepartie des liquidités aux organismes financiers qui eux-mêmes peuvent les placer en titres de dette publique. Ce mécanisme dangereux, qui ressemble au serpent qui se mord la queue, dégrade le bilan des banques centrales dont l’actif accumule les titres à risque. On comprend aisément qu’une telle politique est un palliatif et qu’elle n’aura qu’un temps. Lorsqu’elle sera devenue inapplicable, les liquidités se feront plus rares et les taux d’intérêt grimperont en flèche.

Tout dépend donc du moment où la politique du Quantitative Easing sera remise en cause par les banques centrales. Cela peut durer des années ou seulement quelques mois. L’incertitude est totale. Mais lorsque ce changement inéluctable de politique monétaire se produira la concurrence pour attirer les capitaux sera impitoyable. Les capitaux disponibles chercheront évidemment les placements les moins risqués. Les États qui n’auront pas assaini leur situation budgétaire supporteront des taux d’intérêts très élevés.

L’augmentation des prélèvements obligatoires étant devenue impossible, il est donc impératif de mener une politique très lisible de réduction des dépenses publiques : tout le contraire de la politique actuelle de la France qui n’est qu’une succession de tergiversations. Une telle trajectoire mènerait à une lente diminution du stock de dette publique, signe majeur de l’assainissement pour les marchés financiers. Elle permettrait aussi de réduire la dépendance du pays à l’égard des marchés.

Chacun sait que si la France tombe elle entraînera dans sa chute l’Europe entière. Il ne sera pas possible, eu égard aux montants en jeu, de venir à son secours comme on l’a fait pour d’autres pays. Le fameux too big to fail s’applique peut-être aux banques (pas toujours : voir Lehman Brothers) mais jamais à un État.

La France socialiste, comme Zadig, se croit victime de l’injustice du monde entier. Elle n’hésite pas à donner des conseils naïfs à un voisin qui a fait preuve d’une grande rigueur de gestion. Quand reviendra-t-elle à la raison ? Désormais le temps presse. Le conte de Voltaire pourrait se terminer en tragédie grecque.