Irak : Après Sinjar, Qaraqosh tombe aux mains des djihadistes

La situation pour les minorités en Irak se dégrade à une vitesse vertigineuse au fur et à mesure que l’État islamique étend son contrôle du territoire.

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Irak : Après Sinjar, Qaraqosh tombe aux mains des djihadistes

Publié le 7 août 2014
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Par Constance Mas

On se souvient de l’ultimatum de Mossoul, le 17 juillet dernier, lancé aux chrétiens, aux chiites, et aux autres minorités par l’État islamique. L’offre de protection faite aux nombreux réfugiés du Nord de l’Irak par les kurdes, qui avaient remporté plusieurs victoires décisives contre les djihadistes, avait fait renaître quelque espoir en eux. Mais les combattants kurdes subissent depuis plusieurs jours de lourds revers, malgré les renforts venant des pays frontaliers et des alliances sans précédent contre l’ennemi djihadiste.

Dimanche 3 août, les djihadistes ont pris la ville de Sinjar, à l’Ouest de Mossoul, obligeant ainsi les habitants, pour la plupart issus de la minorité kurdophone yazidie, à fuir vers les montagnes désertiques environnantes. Ils y survivent depuis dans des conditions terribles, le manque d’eau et de vivres provoquant la mort des plus faibles – femmes, vieillards et enfants (l’Unicef fait état de la mort de 40 enfants) –, et la proximité des djihadistes les exposant à un massacre imminent.

Afin de leur venir en aide et de reprendre la zone aux djihadistes, des combattants kurdes du PYD sont venus de Syrie, mettant de côté pour l’occasion leurs différends avec les kurdes irakiens. Ils se sont donné pour objectif d’assurer la sécurité de la zone ouest de l’Irak menacée par les djihadistes, particulièrement les montages de Sinjar et le poste de Rabia, à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Ils sont aidés dans cette entreprise par des milices de réfugiés, et par l’aviation irakienne, qui a annoncé avoir livré des vivres aux fuyards depuis Bagdad.

Cette alliance étonnante entre combattants kurdes et État irakien face à l’ennemi commun, l’État islamique, a conduit à un raid visant Mossoul par l’aviation irakienne. Des combattants du Parti des travailleurs kurdes (PKK) sont également venus de Turquie afin de prêter main forte aux combattants kurdes irakiens, une alliance qui là encore passe outre des relations difficiles pour faire face à l’urgence. En effet, la zone au Nord et à l’Est de Mossoul, jusqu’ici défendue par les Peshmergas, combattants kurdes irakiens, est prise d’assaut par les djihadistes.

La ville de Qaraqosh et les villes environnantes de la plaine de Ninive sont tombées dans la nuit du mercredi au jeudi aux mains des djihadistes, les Peshmergas se retirant faute de pouvoir tenir leurs positions. Ils sont confrontés à des soldats de l’État islamiques très bien équipés grâce aux armes prises aux soldats irakiens défaits. La région du Nord de Mossoul abrite l’infrastructure vitale du barrage de Mossoul, dont le contrôle est crucial pour l’approvisionnement en eau et en électricité de la région et qui est aujourd’hui menacée par les combattants de l’État islamique – les kurdes ont annoncé avoir conservé le contrôle du barrage pour le moment. Par ailleurs, la capitale du Kurdistan irakien, Erbil, ne se trouve qu’à quelques dizaines de kilomètres à l’Est de Qaraqosh.
Qaraqosh, une ville chrétienne à plus de 95%, comptait environ 50.000 habitants avant un afflux de réfugiés de Mossoul à la suite de l’ultimatum : elle avait alors vu sa population doubler. La prise de la ville a provoqué l’exode de près de 100.000 personnes, parties à pied dans le but de rejoindre le Kurdistan, là encore dans des conditions de dénuement extrême. Leur situation est aggravée par l’accumulation des privations depuis plusieurs jours face à la pénurie d’eau et à la surpopulation.

Autre ville prise par les djihadistes dans le courant de la journée, Tal Kayf, au Nord de Mossoul, qui abritait également de nombreux réfugiés chrétiens et des membres de la minorité chiite Chbak. Une ville turcomane, Amerli, bien plus au Sud, à 160 km au Nord de Badgad, se trouve quant à elle en état de siège depuis plusieurs semaines, enclavée au milieu du territoire de l’État islamique : elle est défendue par ses habitants en armes, des combattants turcomanes ainsi que des milices chiites, et fait appel à l’État irakien et à son aviation pour sortir de cette situation désespérée.

Enfin, des villes sous contrôle des Kurdes ou de l’État irakien sont visées par des attentats. On déplore six morts et de nombreux blessés après un attentat contre une mosquée chiite à Kirkouk, et plus de trente morts en quelques jours à Bagdad, le bilan ne cessant de s’alourdir.

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  • Quelle horeur …. Une intervention de l ONU et de ses casques bleus est urgente.

  • Merci pour cet article, qui décrit une horreur d’une bien autre ampleur que celle qui se produit actuellement entre Israël et Gaza. Si cela continue, cela ne deviendra t’il pas une forme de génocide? 100.000 personnes en exode! Pendant ce temps là, des petits cons manifestent en soutien à ces terroristes du Hamas!

  • Il n’est pas interdit de faire un don au CICR.

  • Les responsables de ce chaos sont les politiciens qui ont détruit le régime Sadam et l’ ont fait à tort condamner à la peine de mort

  • Où l’on voit que des combattants volontaires font mieux la guerre que les Etats dépassés.

  •  » apparemment pour la  » première puissance au monde « , un chrétien irakien vaut moins cher qu’un baril de pétrole…

    on attend toujours au proche orient, l’avènement du paradis démocratique et multiculturel … on risque d’attendre encore quelques décennies.

  • on devrait aller chercher  » daube oliou  » chez lui pour lui demander des comptes …

    si les politichiens payaient leurs notes cash ou mème avec quelques années de retards, ils seraient peu-etre moins nombreux à viser dans la gamelle des autres !

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