Il faut se méfier des hommes

individus miroir CC Hassan Kardous

Certains disent qu’il faut se méfier des hommes, et ils ont bien raison. Comment leur faire confiance ?

Par Baptiste Créteur

individus miroir CC Hassan Kardous
Photo : Hassan Kardous

 

On reproche souvent aux défenseurs de la liberté, de la responsabilité ou simplement de l’autonomie leur foi en l’homme. Certains seraient incapables de se prendre en main eux-mêmes, n’auraient pas les capacités ou opportunités leur permettant de devenir des hommes accomplis, ou seraient fondamentalement mauvais.

Pour protéger l’ordre et l’innocent, ou simplement pour éviter le creusement des inégalités et le développement des injustices, il faudrait donc réguler et encadrer les hommes et leurs actions. Et pour cela, nous aurions besoin de laisser certains hommes exercer le pouvoir. Que ces hommes soient dotés de capacités ou valeurs supérieures, ou que leur appétit pour le pouvoir soit limité par des contre-pouvoirs efficaces, ils éviteraient alors le chaos que les hommes généreraient naturellement en société.

Mais l’histoire montre qu’en dehors de rares exceptions (et encore), il est impossible de faire confiance aux hommes de pouvoir. Parce qu’ils sont naturellement mauvais ou parce que le pouvoir les corrompt, ils cherchent systématiquement à étendre leur pouvoir plus que tout.

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. – Lord Acton

Et en ce sens, on ne peut pas totalement faire confiance aux hommes, notamment aux hommes de pouvoir.

Il est plus difficile de limiter la capacité de nuisance des hommes de pouvoir que celle des criminels de moindre envergure. Il suffit pour cela d’augmenter leurs chances de se faire prendre et les punitions au cas où ils se font attraper ; la punition plus probable et dure dissuade même les auteurs de crimes passionnels.

Mais, sans être intentionnellement mauvais comme l’homme de pouvoir et l’homme mauvais, il est un homme dont il faut se défier par-dessus tout : l’homme servile.

L’homme servile est celui qui est prêt à accepter à peu près n’importe quoi pourvu qu’il pense y gagner ou qu’on le laisse tranquille.

Nombre d’infamies ont été commises car ceux qui auraient pu les empêcher. De l’agression de rue où les témoins n’interviennent pas aux exactions de régimes entiers, l’indifférence des spectateurs nous parait toujours aussi stupéfiante. Il ne faut pas tant parler d’homme servile que d’homme indifférent.

Et comment ne pas le devenir, quand toute la vie politique devient révoltante ? Si les réactions des Français semblent se polariser, c’est sans doute avant tout parce qu’ils oscillent entre tristement indifférents pour les uns et écorchés vifs pour les autres.

Il ne faudrait pas tomber dans le piège de penser que toute révolte est bonne, toute indifférence mauvaise. La France regorge de révoltés professionnels, intermittents, lycéens ou de banlieue qui manifestent pour de très mauvaises raisons. Ils défendent l’immobilité : l’acquis, le statut, le statu quo. Ou cherchent à étendre leurs privilèges supportés par les autres. Et ce qui devrait révolter les Français semble les laisser de marbre ; chaque affaire est perçue comme la mauvaise action d’un homme ou d’un clan, rarement comme un échec du système (ne serait-ce qu’en rendant les affaires possibles).

Et il ne faudrait pas penser que tous les hommes sont mauvais. Ceux qui sont prêts à défendre la liberté de tous, ou au moins la leur, ceux qui sont révoltés par les abus et injustices, et indifférents aux épouvantails qu’on agite et aux problèmes qu’on invente, ceux qui font preuve d’assez d’empathie pour vouloir sincèrement tous les hommes égaux en droit, ceux-là sont des hommes libres, et il faut avoir confiance en eux.

Beaucoup désespèrent de trouver autour d’eux aussi peu de Français libéraux, et ne se rendent pas compte que beaucoup le sont profondément. Sous le vernis collectiviste se trouve en France une authentique soif de liberté, une défiance de la classe politique et une rébellion face à l’impôt.

Les Français commencent à percevoir qu’au-delà des rivalités partisanes, il n’y a qu’une bande de bras cassés se battant pour dépenser leur argent et faire la loi parmi eux. Que leur modèle social est une machine à générer des injustices et leur État le bras armé de lobbies.

Les mêmes causes ont produit aux États-Unis l’émergence des idées « libertariennes » en politique. Mais les Américains sont naturellement plus attachés à la liberté. Produiront-elles les mêmes effets en France ? Ce n’est qu’alors que l’on saura si la France mérite d’être une société de défiance.