Bronzez en paix, les Banques Centrales veillent au grain…

Bronzette (Crédits : Bourguiboeuf, licence Creative Commons)

Nous voilà aux portes de l’été et l’environnement des marchés paraît relativement apaisé.

Par Rémy Covarel.

Bronzette CC Bourguiboeuf

Les juillettistes sont sur les routes d’été et Bison futé fait l’ouverture des journaux télévisés, juste après la coupe du monde, mais loin devant la guerre sans fin (Syrie), la drôle de guerre (Ukraine) et la poudrière (Moyen-Orient).

Janet Yellen a bien mis en garde mercredi 2 juillet les marchés, parlant de « signes de prises de risques accrues dans le secteur financier » mais a tout de suite renchéri en disant ne pas voir pour le moment « de nécessité pour la politique monétaire de changer le cap qui est d’atteindre la stabilité des prix et le plein-emploi ».

Le conseil de politique monétaire de la BCE a sans surprise laissé son taux directeur inchangé mais son président, Mario Draghi, avait gardé quelques petits zakouskis pour la conférence de presse. Il a notamment indiqué que si la banque centrale changeait ses anticipations concernant l’inflation, un programme de rachats d’actifs (à l’image de celui de la Fed) verrait le jour. Il a aussi clarifié les modalités pratiques des prochaines opérations ciblées de refinancement à long terme, dites TLTRO (targeted longer-term refinancing operations). Pour plus de détails, voici un lien utile.

Dans la mythologie nordique (et aux éditions Marvel) on ne présente plus Thor, dieu du tonnerre, et son marteau. La Riksbank (la banque centrale de Suède) le lui a subtilisé mercredi 2 juillet pour taper un grand coup sur son taux directeur et le faire passer de 0,75% à 0,25 %, surprenant par la même occasion tout son monde. Officiellement, la banque centrale est préoccupée par la faiblesse de l’inflation. Officieusement, elle est obligée de rattraper la BCE qui a son taux directeur à 0,15 %, car le risque aurait été grand de voir les investisseurs acheter la couronne suédoise (SEK) notamment contre l’EUR, attirés par le différentiel de taux d’intérêt. De plus, une monnaie trop forte aurait pu mettre à mal l’excédent commercial suédois.

Bref, les investisseurs sont sereins, les banques centrales veillent au grain. Dans la foulée, le dernier rapport sur l’état du marché du travail aux USA a fait ressortir le taux de chômage en baisse à 6,1% et envoyé un Dow Jones euphorique au-dessus des 17 000 points. Cela fait cinq ans maintenant que le Dow Jones est dans un rallye haussier et la volatilité est à un plus bas historique. Tout est en place pour bronzer en paix cet été. Non ?

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Devises des pays développés

Dopé par les statistiques évoquées ci-dessus, le dollar était plutôt en forme début juillet. Il est en hausse contre toutes les principales devises des pays développés sauf la livre sterling (GBP). Mais les écarts sont restés malgré tout modestes. Certainement l’effet coupe du monde et le début des grandes vacances.

L’EUR.USD n’a baissé que de 0,34% pour finir juste en-dessous des 1,3600, malgré les bonnes statistiques américaines et le discours accommodant de la BCE. C’est mince, tellement mince qu’on frise le paradoxe.

La monnaie japonaise (JPY) a, elle aussi, baissé contre l’USD, pâtissant en début de mois d’un indice de confiance des industries au Japon (Tankan) en repli. C’est une première depuis un an et demi, mais il n’est pas anormal que les industriels nippons soient circonspects avec la hausse de la taxe sur la consommation intervenue en avril. L’USD.JPY repasse donc au-dessus des 102 en cette fin de semaine. Sachant que sa moyenne mobile à 100 jours est de 102,16, nous restons quand même dans des territoires éminemment neutres.

Nous disions il y a deux semaines que le dollar australien (AUD) visait les 0,9500 contre USD, soutenu par un différentiel de taux d’intérêt favorable par rapport à l’USD et aux autres grandes monnaies des pays développés. Ce fut chose faite en début de semaine. Mine de rien, depuis le début de l’année, la hausse de l’AUD.USD frise les 9%. Cela ne fait pas bon ménage avec le léger déficit commercial qu’affiche le pays en mai (-1,9 milliard d’USD). Mais quand je vous dis que les banques centrales veillent au grain : le président de la banque centrale australienne, Glenn Stevens, est monté au créneau, indiquant qu’il pensait que le dollar australien était surévalué « et pas seulement de quelques cents ». Résultat des courses, après avoir atteint le fameux 0.9500, l’AUD.USD a enchaîné avec deux jours de baisse et un vendredi de consolidation et perd finalement 0,5% sur la semaine, soit 135 cents. Bien joué, Glenn !

Les combats ont repris à la frontière entre l’Ukraine et la Russie, le ton monte entre le Hamas et Israël mais cela ne fait pas sourciller le franc Suisse (CHF), qui reste inchangé contre EUR, malgré son statut de valeur refuge. Il est à noter d’ailleurs que le shekel israélien (ILS) s’est même renforcé de 0,4% sur la semaine et, à 3.4170, est à un plus haut de trois ans ! Israël a fait son entrée fin juin dans le Club de Paris en tant que vingtième membre permanent (groupe informel de créanciers publics créé en 1956 à Paris comprenant les nations les plus riches et qui essaie de venir au chevet des pays les plus endettés).

La forte baisse de son taux directeur par la banque centrale de Suède a fait dévisser de 2,25% la couronne suédoise (SEK) et par ricochet a mis sous pression indirecte sa grande cousine norvégienne (NOK) qui perd 0,60% sur la semaine contre l’euro.

Le meilleur performer de ce début juillet est la livre sterling (GBP), qui a atteint les 1,7180 contre USD, un plus haut de presque six ans, et un plus bas de 21 semaines en EUR.GBP à 0,7919. D’un côté une célèbre banque d’affaires américaine a rehaussé ses prévisions de croissance du PIB pour 2014 de 3% à 3,4%. De l’autre, le marché immobilier n’arrête pas de monter à Londres, si bien que Sir John Cunliffe, gouverneur adjoint de la banque d’Angleterre, a dit que c’était le plus gros risque pour l’économie anglaise. Cela ne fait que renforcer les anticipations du marché pour une hausse de taux plus rapide que prévu en Angleterre et donc continuer à alimenter les flux d’investissement sur le GBP.

Devises des pays émergents

En Asie, tous les marchés boursiers de la région sont dans le vert et enregistrent des hausses hebdomadaires entre 1,5 et 3,3%. Les devises ont naturellement suivi le mouvement. Le won coréen (KRW) flirte même avec un plus haut de six ans contre USD et approche du plancher symbolique des 1 000 en USD.KRW. Il faut dire que, sur le premier semestre, les exportations sud-coréennes ont atteint une valeur record de 283 milliards de dollars US, en hausse de 2,6% par rapport à la même période l’an dernier selon le ministère du Commerce et de l’Industrie.

Dans le même temps, le prix du pétrole rebaissait d’environ 2% sur la semaine, permettant aux pays et aux devises dépendantes du prix du baril de regagner des couleurs (IDR, INR).

En Amérique latine, le peso mexicain n’a fait que suivre le mouvement de l’USD. A contrario, encore une fois le Real brésilien (BRL) a fait des siennes. Là aussi, les bourses sont dans le vert, mais le BRL a perdu 0,9% contre USD sur la semaine. L’explication « officielle » est liée à l’absence d’opérateurs au travail le vendredi 4 juillet pour cause de jour férié aux États-Unis et de quart de finale (victorieux….) de coupe du monde. Personne n’était là pour les éventuels flots d’investisseurs étrangers à traiter ! Qui plus est, le BRL s’était bien apprécié la semaine précédente et a enregistré quelques naturelles prises de bénéfices.

La livre turque (TRY) a perdu un petit peu de terrain contre USD (- 0,35%) mais pas assez pour nous intéresser franchement. Le rand sud-africain (ZAR) y a mis plus de conviction, abandonnant 1,31% contre USD. General Motors et BMW ont arrêté la production dans leurs usines de voitures en Afrique du Sud pour cause de rejet par le syndicat national des ouvriers métallurgistes de la dernière proposition d’augmentation salariale du patronat. La grève s’éternise et il y a pénurie de composants. Cela ne peut pas plaire aux investisseurs.

C’est sans surprise le rouble (RUB) qui a enregistré la plus grande variation cette semaine. Je vous disais il y a sept jours que je restais « vendeur de RUB sur tout renforcement excessif ». Devant la reprise du conflit au nord-est de l’Ukraine et une inflation russe qui se remet à déraper (les prix à la consommation ont augmenté de 7,8% en juin, rythme inédit depuis 2011), les opérateurs ont eu beau jeu de vendre la devise russe, qui a perdu 2,21% sur la semaine contre USD et tutoie à nouveau les 34,50.

Nous voilà donc aux portes de l’été et l’environnement des marchés paraît relativement apaisé. Il semble que le sable doive rester sur la plage et qu’aucun petit grain ne vienne à court terme enrayer la hausse du marché Actions, la baisse des taux longs et de la volatilité. J’avoue que, par construction mentale personnelle, mes sens se mettent en alerte quand tout semble aller trop bien. Oui les banquiers centraux veillent, mais les effets secondaires de la potion administrée ne se révèleront-ils pas pire que le mal à terme ?

En début de semaine paraissait le 84e rapport annuel de la Banque Internationale des Règlements (BRI, « la banque centrale des banques centrales »). La BRI s’est montrée inquiète de la forte progression des valorisations sur les marchés financiers, estimant qu’il y avait un risque de bulle. Et elle a implicitement pointé du doigt les politiques accommodantes menées par les banques centrales qui maintiennent les taux d’intérêt très bas et nourrissent les appétits des investisseurs pour des placements toujours plus risqués. Le prix de l’immobilier aussi a été noté comme facteur potentiellement aggravant de cette bulle et comme facteur de mauvaise répartition de la richesse ainsi que les réformes de structures insuffisantes de la part de nos gouvernants.

Alors, bronzez bien, mais restez tout de même en alerte, le « black swan » (l’événement inattendu qui met le feu aux poudres, comble brusquement les déséquilibres, et crée par ricochet un krach) n’est peut-être pas loin.

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Article original publié sur La Synthèse On Line et reproduit ici avec l’autorisation de l’éditeur.