Ségolène Royal veut recaser son conseiller Rol-Tanguy à la tête de la RATP

Ségolène Royal en meeting à Villepinte en 2007 (Crédits philippe grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Le copinage se porte bien au sommet de l’Etat avec la tentative d’exfiltration de Francis Rol-Tanguy, conseiller de Ségolène Royal condamné par la justice, à la direction la tête de la RATP.

Par Pierre Duriez.

Ségolène Royal en meeting à Villepinte en 2007 (Crédits philippe grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

La politique, c’est souvent une affaire de petits arrangements entre amis. Une logique que le bon sens populaire résume par l’expression idiomatique « magouilles et compagnie ». Ce n’est pas toujours vrai, heureusement, même s’il faut bien admettre que certains ont érigé la manie du copinage au rang d’art. À ce petit jeu, la gauche s’en sort bien. Dernier exemple en date : la tentative d’exfiltration de Francis Rol-Tanguy, conseiller de Ségolène Royal condamné par la justice, à la direction de la tête de la RATP. Ni vu ni connu.

En 2012, François Hollande, main sur le cœur, boutons de chemises qui froncent et cravate désaxée, nous promettait une « République irréprochable ». Personne ou à peu près n’y a cru, mais enfin on ne s’attendait tout de même pas à un tel festival de pistons. Il suffit d’aviser le trombinoscope de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour s’en rendre compte. On se croirait sur le profil « Copains d’avant » de François Hollande.

Avant le remaniement d’avril dernier, l’institution était en effet dirigée par Jean-Pierre Jouyet, « ami de 30 ans » du président. Il est aujourd’hui… secrétaire général de la présidence de la République. Petit tour de passe-passe, puisque l’ancien secrétaire général de la présidence de la République et lui aussi vieil ami du président, Pierre-Réné Lemas, est à présent la tête de la CDC. Idem pour la Directrice générale adjointe, le Conseiller du directeur général ou encore le Directeur du développement régional de la CDC, gravitant tous depuis des lustres dans l’un ou l’autre des cercles amicaux de Hollande. Quant à savoir si les compétences de ces braves gens sont en adéquation avec leurs fonctions, rien n’est moins sûr.

Avec la CDC, Hollande n’en est pourtant pas à son coup d’essai. On se souvient avec émotion de la tentative du président de placer Julie Gayet dans le jury de la Villa Médicis, de la nomination de Jack Lang à la tête de l’Institut du monde arabe, de la promotion de Harlem Désir au Secrétariat d’État chargé des Affaires européennes, ou encore de l’arrivée de Ségolène Royal à la vice-présidence de la BPI. Autant de mini-scandales, à en juger par le décalage flagrant entre le CV de ces hurluberlus et l’exigence des postes qu’on leur a confiés.

Notre bon président n’a pourtant pas l’apanage des cooptations à tire-larigot. Être dans les petits-papiers de son ex-femme Ségolène Royal, c’est également s’assurer une retraite au soleil. Catapultée en avril 2014 à la tête du ministère de l’Écologie, Royal n’a de cesse de placer ses proches autour d’elle : Jean-Louis Bianco, son co-directeur de campagne de 2007, est aujourd’hui conseiller spécial chargé des contacts nationaux et internationaux. Vous trouvez le titre pompeux ? C’est normal, il ne recouvre aucune réalité précise, il faut bien faire illusion. Dans la famille des gens qui n’ont rien à faire au ministère de l’Écologie mais s’y trouvent pourtant en bonne place, citons aussi Élisabeth Borne, ancienne préfète du Poitou-Charentes et de la Vienne connue pour son mépris total du développement durable.

Mais la palme revient sans doute à Francis Rol-Tanguy, le monsieur Fessenheim du gouvernement, censé accélérer le dossier du démantèlement de la centrale nucléaire alsacienne, mais n’ayant, de facto, jamais rien fait pour mener à bien sa mission. L’homme déambule depuis décembre 2012 dans les couloirs de l’hôtel de Roquelaure, désœuvré, honni chaque jour un peu plus par des écologistes pas dupes, ayant senti d’emblée le coup fourré. L’imposture. Sa présence devenant gênante, Royal aurait donc décidé de l’exfiltrer. Comment ? En lui donnant les rênes de la RATP, ni plus ni moins.

Problème, Rol-Tanguy n’est pas tout à fait une blanche colombe. Que son goût pour l’écologie avoisine le néant, à la limite, passe encore, mais l’homme est aussi connu pour sa gestion de crise calamiteuse lorsqu’il était à la tête du fret SNCF, ses jugements bancals ayant entrainé des centaines de suppressions de postes, avant qu’il ne passe lui même à la trappe. C’était en 2003. .

Rebelote et re-boulette quelques années plus tard. Nous sommes en 2012 et Rol-Tanguy écope d’une amende de 42 000 euros pour infraction à la législation du travail, après que deux plaintes aient été déposées par l’inspection du travail pour travail dissimulé et non-paiement des heures supplémentaires. Faut-il encore se demander si un homme avec un tel pedigree est apte à diriger une entreprise d’envergure comme la RATP ? Sa nomination serait un rapt de cette fonction.