Sommes-nous tous intelligents ?

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L’essentiel est de prendre en compte les diverses formes d’intelligences, de les cultiver et de les combiner.

Par Bénédicte Cart

intelligenceDepuis quelques années, nombreux sont les tests mesurant l’intelligence. La notion de QI est devenue incontournable et il n’est pas difficile d’imaginer un monde où nous demanderions à nos voisins : « et toi, tu as combien de QI ? », comme lorsque nous demandons sa profession à un individu. Sommes-nous en train de catégoriser les individus par leur QI : les débiles, les normaux, les intelligences supérieures et les hauts potentiels ? Et que faire de ces résultats une fois que nous savons dans quelle case nous rentrons ?

Pour répondre à cette interrogation, mon choix de lecture était vaste. Après un bref historique du concept même d’intelligence, je me suis arrêtée sur la vision de Gardner1. Sa conception, plutôt actuelle, est basée sur des « intelligences multiples ». Il en décrit huit et se questionne sur la propension à la spiritualité et les questions existentielles.

Pour commencer, le concept même d’intelligence est flou, chaque auteur y va de sa définition. Gardner nous propose de parler de capacité à résoudre un problème ou à créer un « bien culturel ». Chaque forme décrite par Gardner doit avoir un « noyau opératoire » identifiable c’est-à-dire un réseau neuronal propre et des informations spécifiques qui le mettent en marche.

Voici les huit sortes d’intelligences :

  • Musicale : avec des aires se situant dans l’hémisphère droit qui jouent un rôle important dans la perception et la production de musique ;
  • Kinesthésique : capacité à exprimer une émotion, faire un sport ou produire un bien par le biais de son corps ;
  • Logico-mathématique aussi appelée capacité à penser ;
  • Langagière : avec l’aire de Broca qui est dédiée à la production des constructions grammaticales ;
  • Spatiale : avec une spécificité hémisphérique à droite ;
  • Interpersonnelle : capacité à repérer ce qui distingue les individus et notamment les différences d’humeur, de tempérament, de motivation et d’intention ; le lobe frontal joue un rôle prépondérant dans cette compétence ;
  • Intrapersonnelle : ou connaissance introspective de soi, voire la faculté à transcender la satisfaction pulsionnelle ;
  • Naturaliste : expertise pour reconnaître et classer les différentes espèces mais aussi rôle au sein de la culture.

Pour Gardner, ces intelligences sont indépendantes mais cohabitent au sein d’un même individu. Disons que nous naissons avec certaines, et nous décidons de développer une forme plutôt qu’une autre, dépendamment de notre environnement, de nos interactions. Chacun développe des intérêts spécifiques, selon ses capacités.

Alors pourrions-nous envisager un enseignement reposant sur cette théorie des intelligences multiples ?

La réponse est oui : dans l’idéal chacun apprend de manière différente et Gardner rappelle qu’un seul individu ne peut appréhender le savoir dans son intégralité. Il préconise de déceler les formes d’intelligences et les intérêts de l’enfant pour lui proposer ensuite des enseignements, un parcours avec des expériences au sein de la collectivité. L’idée n’est pas de proposer huit voies (correspondant aux huit intelligences) où chaque individu rentrant à l’école serait aiguillé, mais plutôt un parcours adapté aux capacités et intérêts de l’enfant. Gardner le dit lui-même, sa vision est utopiste, et ambitieuse, avec des enseignants-experts chargés de gérer l’articulation élèves-évaluation-cursus-collectivité et des enseignants ayant la liberté de choisir la manière d’enseigner, celle qu’ils préfèrent.

L’essentiel est de prendre en compte tous les types d’intelligences, de les cultiver et de les combiner. Car c’est la combinaison qui nous permet de faire de nous un individu à part entière.

Chacun d’entre nous possède des compétences pour résoudre un problème, dès la naissance. Ces compétences sont regroupées au sein d’un ensemble qui caractérise une forme d’intelligence. Elles sont autonomes et fonctionnent comme un réseau, échangeant des informations permettant une vision globale du problème et une résolution ajustée.

Il me semble fondamental de penser que tout être humain est doué d’une forme d’intelligence. Mais sommes-nous capables de l’utiliser à bon escient ? C’est une avancée de proposer une cartographie de notre cerveau en « zones d’intelligences », mais si c’est pour ne pas savoir l’utiliser, cela me paraît bien inutile. Il ne s’agit pas de comprendre, toujours mieux, les individus mais d’accepter d’être imparfaits et inégaux, même face à l’Intelligence. Et cela m’entraine à penser la complémentarité entre les individus : les intelligences sont créatrices de liens, d’échanges et, grâce à cela, la société aura une vision globale et juste d’elle-même.

La théorie de Gardner permet-elle une évolution, un réel progrès de notre société ? Plusieurs questions viennent à l’esprit. Comment apprendre à développer nos intelligences ? Dans une société où l’intelligence logico-mathématique et langagière saturent les tests de QI et les définitions de l’Intelligence, sommes-nous capables d’être à l’écoute de nous-mêmes, de notre originalité ? Ou sommes-nous condamnés à préférer l’uniformisation des Intelligences ?

  1. Howard Gardner, Frames of Mind: the Theory of Multiple Intelligence, Basic Books, 1983.