Piketty contre les inégalités : paf, un impôt mondial sur le museau des riches !

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Pour lutter contre les inégalités, Piketty propose de réduire le nombre de riches. Et si on réduisait plutôt la pauvreté ?

Par Nicolas Nilsen.

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Je suis rassuré : on n’aura bientôt plus besoin de travailler pour réduire les inégalités. Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle propose de taxer les riches à 80%. Parce que s’il y a trop de pauvres, voyez-vous, c’est parce que les riches sont trop riches. Donc on va confisquer leur richesse, l’État va la redistribuer et hop, il n’y aura plus d’inégalités. Trop cool !

Le Capital au XXIe siècle de Piketty fait actuellement un tabac aux États-Unis où il est en tête des meilleures ventes. Enfin disons surtout auprès de la gauche liberal américaine qui adore les idées progressistes et anti-libérales (n’oubliez pas qu’aux États-Unis, « liberal » c’est la gauche intellectuelle, alors que chez nous, pour la bien-pensance gauchisante, « libéral », c’est exactement l’inverse : l’horreur économique absolue, pire que la peste, carrément le choléra).

Piketty, le nouveau Pape de la redistribution fiscale

Quand le bouquin de Piketty est sorti en France l’année dernière, on n’en a pas beaucoup parlé, mais personne ne s’est demandé pourquoi : peut-être tout simplement parce que les Français ont pu expérimenter, concrètement, ce que donnaient les solutions idéologiques égalitaristes conduisant à « prendre aux riches pour donner aux pauvres ». Ça ne marche pas – en tout cas pas pour créer de la richesse. Si on ne fait que prendre à la fourmi pour le donner à la cigale, à la fin de l’histoire, les deux crèvent : la fourmi, qui s’arrêtera évidemment d’entreprendre (sale capitaliste), mais la cigale aussi, car il n’y aura plus rien à redistribuer !

Pour certains Français, Piketty c’est comme le Pape François : les gens détestaient le pape précédent car il s’occupait de théologie (mon Dieu quelle horreur) ou de « doctrine de la foi » (encore pire). Donc les gens de gauche le détestaient. Mais aussitôt arrivé, le nouveau Pape François a rédigé une Exhortation Apostolique pour condamner le libéralisme et le capitalisme. Et donc les gauchistes l’ont immédiatement adoré : Vive le Pape. Avec Piketty, c’est pareil : en pleine crise économique, il s’attaque au capitalisme, et donc il est génial : Habemus Piketty ! À bas le capitalisme, taxons les riches à 80% et vive la redistribution. C’est vrai ça, marre des riches : ce sont eux qui créent les inégalités. Confisquons leur richesse et que l’État la redistribue aux pauvres : le monde sera plus égalitaire !

Krugman approuve : déjà un très mauvais signe

Pour le prix Nobel d’économie, Paul Krugman, l’ouvrage de Piketty est « le plus important de l’année – et peut-être même de la décennie » Piketty, nous dit Krugman, « a transformé notre discours économique : nous ne parlerons plus jamais de richesse et d’inégalité de la même manière »… Wow !

Les riches que Piketty propose de taxer encore davantage, ce sont ceux-là même que Hollande disait détester et qui ont déjà été taxés à 75%. On connait les résultats des « chocs fiscaux » fondés sur des prélèvements confiscatoires : les vrais riches se tirent, les entrepreneurs sont dissuadés d’entreprendre, les investisseurs vont investir ailleurs, les chefs d’entreprise déposent leurs bilans, moins de richesse se crée, les rentrées fiscales se réduisent et Pôle emploi approche les 6 millions de chômeurs… Super efficaces les solutions confiscatoires redistributrices au nom de l’égalité !

C’est d’ailleurs parce qu’il s’est rendu compte de son erreur qu’au début de l’année, Hollande a avoué qu’il allait maintenant faire l’inverse de ce qu’il avait fait pendant deux ans : s’occuper désormais davantage de l’offre que de la demande, ne plus pénaliser les entreprises, dont il a découvert soudainement que c’étaient elles, et non l’État, qui créaient la richesse, arrêter de les surtaxer mais au contraire leur proposer un « pacte de responsabilité » etc. Bref, une tentative timide et tardive de « retournement » et de la conversion du Hollande socialiste en Hollande « social démocrate »

Taxer toujours davantage les ressorts de la croissance ?

Piketty soulève une grave question, celle des inégalités. Non seulement elles existent, mais elles s’accroissent… Dans une étude qui s’appuie sur des données collectées par le même Piketty (tiens, tiens, comme le monde est petit), l’OCDE nous dit que 1% des plus riches disposent d’une proportion du revenu national supérieure à celle de leurs homologues d’il y a trente ans…

Tout le monde semble d’accord pour réduire ces inégalités. Ce sont les méthodes qui divergent. L’OCDE reconnaît qu’une hausse des taux les plus élevés d’imposition sur le revenu pourrait freiner la croissance économique en réduisant l’incitation à prendre des risques. Oh zut alors, une idée aussi belle réduirait l’incitation à investir ? C’est vraiment trop bête ça. Et l’OCDE d’expliquer qu’il faudrait donc contourner, pour essayer tout de même d’augmenter l’impôt des plus riches, mais par d’autres biais, tout en luttant contre l’évasion fiscale… Bref, compliqué en effet.

Qu’est-ce qui est le plus urgent ?

En fait cette querelle des inégalités pose une question essentielle : au moment où tous les pays sont en crise, qu’il n’y a plus de croissance et qu’on enregistre des taux de chômage qui vont bientôt provoquer des émeutes et des violences urbaines sans précédent, qu’est-ce qui est plus urgent ? Qu’il y ait moins d’inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, ou bien qu’il y ait moins de pauvres et moins de chômeurs c’est-à-dire plus de richesse, plus de revenus et plus de salaires versés ?

Moi ce qui me rassurerait, voyez-vous, ce n’est pas que le capitaliste soit privé de sa grosse cylindrée, je m’en moque complètement : c’est que les gens aient un job, qu’ils touchent des salaires, qu’ils aient de quoi faire vivre leurs familles, élever leurs enfants, leur payer des études et des vacances. Je ne suis pas docteur en économie comme Piketty, mais c’est ça que je considère comme la priorité des priorités : avoir un job et gagner sa vie au lieu de « taxer les riches » au nom d’une prétendue « réduction des inégalités ».

Moins de riches ou moins de pauvres ?

Bien sûr, il y aura toujours des inégalités mais elles se réduiront par l’augmentation de la richesse collective. En tout cas pour moi, le combat urgentissime aujourd’hui est d’inciter à entreprendre, inciter à créer des entreprises, des activités qui génèreront de la richesse, inciter à embaucher, à distribuer des salaires. Pas que des universitaires socialistes inventent une fiscalité confiscatoire supplémentaire pour faire rentrer encore plus d’argent dans les caisses trouées de l’État qui multiplie les usines à gaz égalitaristes destinées à confisquer l’argent des plus riches pour soi-disant le redistribuer aux plus pauvres. On a déjà entendu cette musique sur la réduction des inégalités et la remise à plat de la fiscalité.

Ces travaux universitaires sont évidemment passionnants au plus haut point : des experts vont disputer la pertinence des longues séries statistiques utilisées par Piketty et des débats fumeux vont s’engager pendant des mois. Peut-être aurons-nous même droit à un grand débat citoyen ou un Grenelle de la fiscalité égalitariste. Mais le problème est que pendant que les universitaires glosent, Pôle emploi recrute massivement et va être bientôt submergé. Dans un pays qui a près de 6 millions de chômeurs, je pense que les gens ont besoin d’emplois et de salaires. Pas d’un Piketty qui ne leur donnera ni l’un ni l’autre.

Piketty : la providence des États en faillite

Comme le rappelle Contrepoints ici (traduction d’un article du Mises Institute) et là, Piketty se trompe. Mais on peut comprendre aisément pourquoi Paul Krugman, la Maison-Blanche ou le FMI adorent les propositions de Piketty : non seulement il soutient leur fable selon laquelle l’État serait le remède aux inégalités alors qu’en réalité l’État en a été la principale cause. Mais en plus, il fait la promotion des prélèvements sur la richesse comme moyen de restaurer les finances publiques ! Trop cool un gars comme ça. Une vraie providence quand on a besoin de remplir les caisses de l’État : Piketty leur donne des arguments pour non seulement accroître l’impôt sur les hauts revenus, mais également ajouter de nouvelles taxes substantielles sur la richesse !

Pensez à tout ce qu’ils ont inventé pour éponger leurs endettements publics ! Rappelez-vous la super taxe sur le capital du FMI. Rappelez-vous, au Portugal, la « contribution extraordinaire de solidarité ». Rappelez-vous la Directive européenne qui permettra, en janvier 2016, le « bail-in » bancaire. Tout cela va dans le même sens : les États ont besoin de toujours plus d’argent pour payer leurs ardoises. Et donc ils doivent taper les hauts revenus (« les riches ») aussi bien que l’épargne populaire. Toutes les idées que des gens comme Piketty peuvent populariser sont dès lors pour eux une providence. Ne vous étonnez donc pas que la Maison Blanche, le FMI, l’Europe de Bruxelles ou Hollande y soient sensibles !

Et tout ça évidemment au nom de la « réduction des inégalités ». Pensez-donc, c’est pour le bien commun, car les États sont totalement désintéressés et s’ils vous prennent vos revenus, c’est uniquement pour votre bien et pour davantage d’égalité économique. Et ne vous inquiétez surtout pas : tous ces prélèvements exceptionnels seront évidemment « temporaires » : il s’agira de ponctions ponctuelles qui ne seront pas répétées, oh non, non… Elles soutiendront la croissance économique et réduiront les inégalités économiques. C’est pas génial d’avoir des gens qui vous inventent tout ça ? Alors qu’il y a des abrutis d’entrepreneurs qui s’y prennent comme des manches à essayer de sauver leurs entreprises pour ne pas mettre leurs salariés sur le carreau !

Faire tourner les grandes lessiveuses redistributrices de l’État

Rien qu’avec le « pacte de responsabilité » on a vu comment fonctionnait la grande tuyauterie étatique. D’abord l’État « prend » et ponctionne, tuant l’activité. Ensuite, voyant que ça ne marche pas, il décide de « rendre » : sous forme par exemple de Crédit d’impôt compétitivité emploi (pour près de 20 milliards). Puis il supprime des charges et baisse les cotisations patronales (pour près de 9 milliards). Et puis il baisse aussi les cotisations d’allocations familiales des indépendants (pour 1 milliard), et il supprime la contribution sociale de solidarité des sociétés (pour 6 milliards), et aussi la contribution exceptionnelle et le taux de l’impôt sur les sociétés (pour 5 milliards)… Vous voyez comme c’est simple !

Au lieu de « prendre » d’abord ces quelques 40 milliards d’euros pour les faire tourner dans ses grosses lessiveuses et de les « rendre » ensuite aux entreprises, l’État ferait mieux de ne pas les prendre en premier lieu, et de laisser l’argent s’investir dans la création de richesse et d’emplois. Mais comme il sait tout mieux faire que les entreprises, l’État s’obstine à « prendre » d’abord, pour ensuite « rendre » sous forme d’allégements mais en exigeant évidemment des contreparties – avec des formulaires, de la paperasse, des contrôles et des guichets ! Ces usines à gaz sont non seulement ruineuses mais inefficaces et totalement décourageantes. En tout cas, même si elle réduit les inégalités, cette tuyauterie détruit l’emploi et crée de la pauvreté : des chômeurs, des assistés, des SDF, des laissés-pour compte.

Trop de riches ou trop d’État ?

Pour les socialistes, partisans de l’État-Providence, de l’État-redistributeur et de l’État-réducteur des inégalités, si la pauvreté augmente, ce n’est absolument pas à cause de la montée exorbitante des prélèvements publics qu’ils veulent évidemment encore accroître. Non, non, pour eux, tout cet argent détourné des investissements dans le secteur privé (pour financer des emplois publics ou des gaspillages dénoncés inlassablement par la Cour des Comptes), tout cela ce n’est pas la cause de la montée du chômage de masse : c’est juste, voyez-vous, parce que les prélèvements obligatoires ne sont encore pas assez élevés et que ces sales riches sont encore trop riches. Il faut donc d’urgence les taxer encore davantage.

Si les inégalités augmentent, ce n’est pas parce qu’il y a trop de capitalistes mais parce qu’il y a trop d’État. C’est l’intervention généralisée de l’État et son poids pris dans l’économie qui a progressivement détruit la richesse que créait à l’époque le capitalisme et la libre entreprise. Partout où les États sont devenus des énormités interventionnistes et bureaucratiques, partout la richesse s’est rétractée et le chômage a augmenté. Le problème n’est donc pas qu’il y ait trop de capitalistes qu’il faille encore taxer pour faire entrer toujours plus d’argent dans les caisses publiques ; mais plutôt qu’il n’y en ait pas assez parce que l’État détourne toute la richesse à son profit. C’est aussi bête que ça. Mais il est inconvenant et presque nauséabond de le dire dans une France qui, depuis la fin de la dernière guerre, biberonne au syndicalisme gauchiste et au communisme universitaire.

La grande idée de redistribution aux pauvres par la taxation des riches n’est pas nouvelle. Tous les pays socialistes ou communistes l’ont expérimentée et pratiquée avant qu’ils ne s’effondrent sous le poids de leurs structures d’État inefficaces. Vous vous rappelez l’interview que Fidel Castro avait accordée il y a quelques années à Jeffrey Goldberg de The Atlantic qui lui demandait s’il considérait que l’exemple cubain était toujours un modèle utile aux autres nations. Le vénérable despote avait répondu : « mais le modèle cubain ne marche même plus pour nous » !

Toujours plus de formules fiscales confiscatoires

Ce n’est pas un hasard si le bouquin de Piketty s’intitule Le Capital au XXIe siècle. L’idéologie marxiste est tellement répandue dans l’université, la bureaucratie d’État et le secteur public, que tout problème économique est systématiquement imputé au sale capitalisme ou au méchant libéralisme qualifié de sauvage. Pour eux, la solution à tous les maux c’est forcément toujours plus d’État. Le communisme, dilué ou sec, aura finalement réussi à tuer toutes les économies qui l’ont appliqué. Et certains voudraient expérimenter encore de nouvelles formules confiscatoires ? Ah ce monde idéal où l’État s’emparerait enfin des richesses et nationaliserait les entreprises. Un monde où des fonctionnaires d’État pourraient enfin, grâce à une fiscalité confiscatoire, prendre dans la poche des riches pour redistribuer aux pauvres.

L’impôt Piketty : confiscatoire. Et « mondial » tant qu’à faire !

Au moment où l’Europe s’enfonce dans la crise, vous auriez pu imaginer que les économistes allaient se remettre en cause (puisque toutes leurs idées fumeuses n’ont pas marché), ou à tout le moins essayer de comprendre pourquoi, avec les idées socialistes, on avait encore 6 millions de chômeurs et autant de pauvres et de laissés pour compte.

Eh bien non, voilà que notre Piketty national nous propose non seulement un nouvel impôt confiscatoire avec un taux marginal supérieur au taux de 80% (auquel il rajoute évidemment des droits de succession à des taux également confiscatoires). Mais également un impôt au niveau mondial – oui tant qu’à faire autant voir grand, mondial, universel ! Piketty souhaite en effet que son système soit instauré de telle façon que tous soient contrôlés. Son système est tellement attrayant et efficace qu’il faut évidemment que personne n’y échappe !

Violence anticapitaliste ou violence tout court ?

Je lis sur Wikipedia que Piketty était conseiller économique de Ségolène Royal lors de la campagne présidentielle 2007. Et aussi – tiens, que ce monde est petit tout de même – qu’il a été le compagnon d’Aurélie Filippetti… Contrairement aux marxistes, les libéraux, eux au moins, sont pour le principe de « non-agression ». Peut-être les principes libéraux aideraient-ils M. Piketty dans la vie ? Pour le libéral, toute moralité est en effet basée sur le principe de non-agression. Il reconnaît que chaque individu est propriétaire de son propre corps et possède un droit naturel à ce que personne ne puisse utiliser la violence contre lui. C’est ce principe qui détermine comment les libéraux vivent ensemble. Dans la société actuelle, le gouvernement est utilisé comme outil d’agression et d’oppression. Le but de ces agressions est d’améliorer la société, de la rendre plus « juste », mais le résultat est la destruction du tissu social.

La violence anti-capitaliste de Piketty ne m’étonne donc pas. Ce qui me stupéfie en revanche c’est que lui et ses adeptes s’imaginent que la fourmi taxée à 80% va continuer à travailler ! Je pense qu’ils se trompent. Et ce sont donc évidemment les pauvres et la classe moyenne qui vont souffrir de ces recettes idéologiques absurdes qui, une fois encore, détruiront la richesse et l’emploi. Comment peuvent-ils imaginer pouvoir instituer un impôt confiscatoire sans décourager la création de richesse ? C’est rêver d’un monde qui n’existe que dans les élucubrations complexes et passionnantes d’experts universitaires, mais pas dans la réalité : celle des contraintes économiques où il faut se battre sur des marchés où la concurrence fait rage.

Je ne sais pas si le monde selon Piketty sera plus égalitaire, mais il sera très sûrement nettement plus pauvre, avec moins de riches. Belle victoires.


Sur le web.

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