Stévia ou les risques du principe de précaution ?

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Sachets de Stevia (Crédits wendell licence Creative Commons)

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Stévia ou les risques du principe de précaution ?

Publié le 2 juin 2014
- A +

Par Jacques Henry.

En 1971, la firme japonaise Morita Kogyo Co, Ltd débuta la commercialisation des glycosides extraits d’une plante originaire d’Amazonie, la stévia (Stevia rebaudiana), comme édulcorant naturel.

Il fallut attendre 40 ans pour que l’Union Européenne se décide enfin à autoriser la vente des extraits de cette plante comme agent sucrant naturel. La raison totalement erronée et jamais prouvée invoquée par les régulateurs était que le stévioside, l’agent sucrant 350 fois plus puissant que le saccharose, pouvait peut-être, en raison de sa structure, présenter une activité pouvant le cas échéant interférer avec les hormones stéroïdes, ou dans le pire des cas qu’il pouvait présenter un pouvoir mutagène en raison de la présence d’un méthylène exo-cyclique, on ne sait jamais, et par précaution il était en principe préférable d’en interdire l’usage.

SteviolPour les amateurs de chimie, le méthylène exo-cyclique en question est symbolisé par le double trait adjacent au cycle de sept atomes de carbone de la molécule de stéviol, commune aux divers composés du stévia qui comprennent des sucres attachés au stéviol. J’ai délibérément écrit en caractères gras ce qui résume en effet la position des régulateurs qui n’y connaissent strictement rien et font appel à des experts qui n’y connaissent rien non plus mais sont politiquement orientés dans le sens indiqué par les décideurs politiques. La situation était de plus sous le contrôle des fabricants d’agents sucrants artificiels comme l’aspartame ou la saccharine car c’est un marché juteux, très juteux, représentant des dizaines de milliards de dollars.

Les Japonais plutôt méfiants quant à ce qu’ils mettent entre leurs baguettes pour se nourrir ou dans leur tasse de thé pour s’abreuver avaient bien compris dès 1970 que le stévioside était préférable aux faux sucres de synthèse. L’Union Européenne a donc finalement, avec plusieurs trains (à petite vitesse) de retard, autorisé la mise sur le marché du stévioside ou des extraits de la plante comme agents édulcorants (voir le lien du Journal Officiel Européen).

Et quand j’écris plusieurs trains de retard, c’est tout simplement parce que les industriels européens, encore une fois, ont été freinés par les directives européennes soumises qu’on le veuille ou non au lobbying des firmes américaines ainsi qu’à la structure même de l’industrie européenne, j’y reviendrai. En 2007, Coca-Cola annonça à grands renforts de publicité qu’elle allait incorporer du stévioside dans ses boissons sucrées et PepsiCo suivit quelques mois plus tard, rien de plus normal. L’affaire était bouclée.

Qui sont aujourd’hui dans le monde les premiers producteurs de stévioside et de rebaudioside A, l’autre édulcorant du stévia ? Coca-Cola avec le Truvia et PepsiCo avec son PureVia. Mais la généralisation du stévioside comme agent sucrant n’a jamais pu entrer en concurrence directe avec l’aspartame, le sucralose ou la saccharine car même si le pouvoir édulcorant du stévia est nettement supérieur, les trois derniers sont infiniment moins chers à produire par synthèse chimique et … business is business, as usual.

Périodiquement et depuis 2007, diverses sociétés tentent de relancer l’utilisation des extraits de stévia en organisant par exemple des sondages, naturellement en toute honnêteté à n’en pas douter, qui montrent que 65 % des Américains se méfient des « faux » sucres de synthèse et qu’ils se disent prêts à boire des sodas contenant du stévioside plutôt que de l’aspartame ou de la saccharine. Le regain d’intérêt pour le stévioside et rebaudioside A tient au fait qu’ils sont stables à la chaleur contrairement à l’aspartame ou la saccharine, et qu’ils sont d’origine naturelle. C’est l’argument massue pour ne pas dire « choc » qu’utilise la firme SteviaFirst (http://www.steviafirst.com ) pour promouvoir ses extraits de stévia à des prix compétitifs après avoir amélioré les conditions d’extraction et de purification des divers édulcorants contenus dans la plante, parallèlement à une sélection sur le terrain des variétés plus riches en rebaudioside A qui présente un moindre goût amer en comparaison des autres dérivés, et un pouvoir édulcorant 30 % plus élevé que celui du stévioside lui-même.

Le challenge consiste donc à disposer de grandes quantités de plantes, le principal producteur actuel étant la Chine, la production japonaise étant captée par le marché local, et d’optimiser le processus industriel de purification afin d’atteindre des coûts de production compétitifs mais aussi et surtout en organisant des campagnes de dénigrement systématique des édulcorants artificiels ; c’est pourquoi la couleur verte domine la publicité autour des extraits de stévia :

Stevia publicité

Et quand je dis que l’Europe, et la France en particulier, ont plusieurs trains de retard, aucune firme européenne ne s’est lancée ni dans la culture de stévia ni dans l’extraction et la commercialisation du stévioside et du rebaudioside A. Plusieurs raisons à cet état de fait déplorable, il est difficile en Europe de faire appel à des hedge funds pour financer un projet industriel, c’est pourtant ce qu’a fait SteviaFirst à Los Angeles qui a levé facilement 6 millions de dollars pour la construction d’une unité pilote de production.

De plus, les investisseurs se méfient de l’Europe et ils ont raison, tout y est plus compliqué que dans d’autres pays comme les USA, le Canada, l’Australie ou même le Japon. D’un autre côté les agriculteurs sont trop attachés à leurs traditions et à leurs subventions pour se lancer dans des cultures innovantes comme celle du stévia et enfin la situation de quasi monopole des édulcorants artificiels contrôlés par des firmes comme Tate & Lyle, Abbott, Johnson & Johnson ou encore Bayer et bien d’autres freinent tout innovation.

L’avenir des édulcorants à base de stévia est donc entre les mains de petites firmes innovantes à la tête desquelles des entrepreneurs ayant le goût du risque finiront par imposer leur produit car le naturel ne tue pas …

Sources


Sur le web

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  • Pour compléter les informations de cet article.
    http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2221

    Par ailleurs les produits naturels non purifiés auront de plus en plus de mal à se voir homologués, en effet à la différence d’un produit pur obtenu par la chimie, un produit naturel contient des centaines de molécules différentes pour lesquels il faut obtenir une par une l’homologation, faire des tests, etc.

    Il y a quelques jours au journal TV, il y avait un reportage sur un producteur d’essence de plante (thym je crois) qui était confronté à ce problème.

  • votre information est intéressante. Quel dommage que vous finissiez sur une phrase humoristique « le naturel ne tue pas ». On peut en effet considérer que le qualificatif « naturel » attaché à la stévia est purement commercial. On est loin de la feuille de stévia que l’on met dans une boisson chaude pour en extraire naturellement la substance sucrée ! La feuille de stévia subit un réel traitement chimique pour en extraire la substance sucrante. Alors « naturel », vous avez dit « naturel » ? On en est loin je crois…

    • Il faut bien s’entendre sur le terme naturel, il existe des produits de synthèse obtenus par des procédés chimiques et des produits « naturels » éventuellement extraits par des procédés qu’on peut aussi qualifier de non naturels (chauffage, distillation, centrifugation, etc).

      Un produit naturel n’est pas uniquement un produit cru livré tel quel.

      La stévia est un produit naturel extrait d’une plante, l’aspartam est un produit de synthèse fabriqué à partir de synthèse chimique, dans l’acception générale du terme.

    • Vous mélangez 2 choses.

      1/ Qui dit naturel ne dit pas « bon pour la santé ».
      Exemple ? La toxine botulique qui est la substance chimique la plus dangereuse au monde (DL50 de l’ordre du nanogramme). Ou encore l’Arsenic …

      2/ L’extraction utilise des produits chimiques. Sauf que le produit d’extraction ne doit pas être altéré, sinon on parle d’impureté ou d’hémi-synthèse.
      Dans une extraction, vous réalisez ensuite une purification et une caractérisation. Pour justement, éliminer ces impuretés …

  •  » de plus , les investisseurs se mefient de l’europe , tout y est plus compliqué que dans d’autres pays comme les USA , le canada , l’australie , ou mème le japon …  »

    l’auteur de l’article doit bien savoir que 80% de la stevia est produite actuellement dans le sud de la chine ( curieuxoubli … ), ce qui peut-etre pourquoi les industriels occidentaux ne sont pas trés chauds pour se lancer ?
    c’est vrai que pas plus tard qu’hier , celui-ci nous expliquait que la chine était en train de s’éffondrer ….

  • « D’un autre côté les agriculteurs sont trop attachés à leurs traditions et à leurs subventions pour se lancer dans des cultures innovantes comme celle du stévia »
    Non pas vraiment mais ça pose des problèmes administratifs:

    – comment déclarer à la PAC
    – DPU ou pas DPU?
    – quels produits phytosanitaire autorisé?
    – Rentre ou pas dans le calcul de l’IFT?

    C’est relativement simple de faire produire des plantes « spéciales » par des agriculteurs triés sur le volet, en faisant de contrat attractif. Mais il faut être en phase avec la réglementation, ça c’est plus compliqué.

  • En 2012 la production de sucre a été de 179’573’152 tonnes (Faostat).
    En tenant compte de la différence de pouvoir sucrant (facteur 200) l’équivalent en stévia serait 800’000 tonnes.
    Avec un rendement 50 Kg par ha de steviosides (et à supposer que tous le reste se transforme sans pertes) il faudrait alors disposer de 16 millions d’hectares pour cette culture. En 2012 les surfaces cultivées en betterave sucrière et en canne à sucre on été de 4,9 et 26,1 millions d’hectares.
    Ce n’est donc pas si simple.
    Une alternative est la synthèse de ces steviosides par fermentation du… sucre.
    Ça devrait revenir moins cher car plus efficace que la plante ?!?
    Voir http://www.evolva.com

    • Merci pour ces calculs. Le rendement est effectivement ridicule, mais combien de temps dure le cycle de production? Peut-on envisager de faire des dérobés de stévia entre deux cultures?

      • Si j’ai bien compris c’est une plante qui a besoin de toute une saison pour produire les feuilles qui seront récoltées et dont sera extrait la matière sucrante.

        • en plus de ça , elle gèle par moins 5 , elle ne peut se cultiver dans l’hexagone seulement sur la bordure médithérranéenne , la précisément ou il n’y a plus d’agriculture depuis longtemps …

          • La bordure méditerranéenne peut descendre à moins 18 (Mimosa out)

            • oui, tout dépend de l’endroit ou on se trouve , dans l’herault , en fevrier 2012 il a fait moins 14 par endroit et des parcelles d’olivier on étaient detruite ou fortement endomagées .
              sachant qu’une culture comme la stevia aura une forte marge à l’hectare, avec donc , la posibilité d’abriter voir de chauffer. mais je vois mal le sud de la france concurencer la production des  » deux guang « .

  • « le naturel ne tue pas … »
    Vraiment? L’amanite phalloïde est pourtant 100% naturelle 😉

  • Hypophyse du Graillon
    2 juin 2014 at 17 h 59 min

    Le propre de l’Homme est de placer le culturel dessus le naturel.

  • Avantages réels sur l’aspartame ?

    Autant je trouve ça scandaleux qu’on empêche la vente d’un produit sans risques, autant je ne suis pas convaincu des avantages du Stevia sur l’aspartame.
    – 0 calories : comme l’aspartame
    – pas mauvais pour les dents : pareil
    – 200X de pouvoir sucrant : exactement comme l’aspartame (cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Aspartame)
    – résiste à la chaleur : ça OK c’est un avantage mais bon c’est pas utile pour tous les produits
    – prix : au contraire c’est plus cher
    – goût : « no funny aftertaste » -> personnellement le goût du stevia ne me dérange pas mais je connais des gens qui détestent

    • Disons que l’aspartame est fortement soupçonnée d’être cancérigène, certes à dose importante mais pour la stévia on a jamais eu le moindre doute.

  • Pourtant la dose journalière admissible préconisée pour le rebaudioside (10mg/kg/j) est inférieure à celle de l’aspartame (40mg/kg/j) et cette dose est basée sur des test toxicologiques. Être un produit naturel ne signifie pas être dénué de toxicité. Le rebA est cher et plus toxique que l’aspartame, aucune raison de le developer sauf pour des raisons idéologiques.

    • Si l’Amérique avait été découverte seulement maintenant, les patates et les tomates seraient interdites car ce sont des solanacées qui contiennent des alcaloides toxiques.
      La stévia est consommée par des tribus depuis des siècles, si cela avait des impacts nocifs sur la santé on le saurait!

  • Vous êtes bien gentil d’écrire qu’ils n’y connaissent rien mais pouvez-vous développez un peu pour que le profane sache pourquoi ?

  • Petite information… Toute les théories ne tienne pas si vous n’avez pas goûté le produit. Les édulcorants « naturels » à base de stévia ont goût très prononcé, à mon palais et à celui de tout mes proches ! Alors complot ou pas, je reste un utilisateur conscient des édulcorants classiques.

    • J’ai essayé un mélange 30% stévia, 70% fructose, ça n’a aucun arrière goût. Et une pointe de couteau suffit à sucrer un mug.

  • Si « le naturel ne tue pas » le « chimique », dont sont issus 99% des principes actifs des médicaments, sauve tous les jours des millions de vies.
    En particulier l’aspartame est une aide incommensurable, à portée de bourse, pour des malades.

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