L’enfer français est pavé des meilleures intentions

Enfer socialiste (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. L’enfer français est, lui, pavé des meilleures intentions.

Par Baptiste Créteur.

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Le jeu politique français exclut le réalisme. Les projets sont toujours ambitieux, les discours parfois enflammés, mais les résultats sont toujours décevants.

Comment se peut-il que toutes les lois pour l’accession au logement et la réduction des inégalités ne marchent pas ? Pourquoi la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité sous toutes ses formes ne contribuent-t-elle pas à une société apaisée et équitable ? Comment expliquer qu’après tant de programmes politiques pour le travail et le changement, rien n’avance, à part le chômage ?

Une explication plus que crédible est que les politiciens français sont nuls. Les compétences dont ils ont besoin pour être élus ne sont pas celles qui en feraient de bons élus. Ils connaissent rarement leurs sujets ou ceux qui préoccupent les Français, pour n’avoir jamais travaillé dans une entreprise ni eu à affronter la vie réelle, et pour connaître pour tout avis celui des principaux lobbies. Nos politiciens sont des pièces de l’appareil administratif et politique, pas des Français comme les autres.

Mais il est alors difficile de comprendre pourquoi nous les laissons faire et exporter la bonne parole en combattant à nos frais tantôt un dictateur, tantôt des opposants. Et pourquoi une partie significative des Français se déplace encore pour voter pour des promesses d’amour républicain et de société douce au toucher.

À moins que les Français votent pour autre chose que des résultats. Si beaucoup de Français comprennent que leur emprise sur le pouvoir est d’autant plus limitée que l’emprise du pouvoir sur eux est grande, ils croient encore dans leur grande majorité au pouvoir des bonnes intentions.

Ils ne croient donc plus aux promesses de croissance et d’inversion de la courbe du chômage. Ils soupçonnent que le régime de retraite est intenable dans son état actuel. Mais ils vibrent encore pour l’égalité, sont outrés par les discriminations, ont leur idée de l’identité nationale et des valeurs républicaines qu’ils entendent bien promouvoir. Les Français, désabusés de la politique, ont en eux la ferveur du militant.

Allant de déception en déception, ils ont abandonné l’espoir et la promesse, mais ont gardé au cœur les valeurs qui les animent. Déçus de les voir toujours plus salies et devenir le prétexte aux plus bas calculs et aux plus grands détournements. C’est à un détournement majeur que les Français assistent impuissants : le détournement du sens.

C’est ainsi que l’émotion a pris le dessus dans la vie politique. Les Français, empathiques, veulent aider d’autres Français pour éviter qu’ils ne tombent dans le chômage. Et en viennent à soutenir Arnaud Montebourg quand il prétend faire de même. Ils veulent assurer la sécurité de leurs compatriotes, leur prospérité, lutter contre leur précarité et leur appauvrissement, et se font avoir par le premier à articuler leurs valeurs d’une façon qui leur convienne.

Si la politique ne marche pas, c’est qu’il lui manque quelque chose. Un peu de souveraineté ? Moins de restrictions à l’endettement ? Une monnaie nationale, ou plus facilement manipulable ? Une politique douanière plus souple, plus sous contrôle ? Des outils pour investir et financer ? Un centre d’analyse, un conseil, un observatoire ?

Comme à chaque fois qu’ils veulent étendre leur pouvoir, les hommes politiques dénoncent le manque de moyens pour agir. Et de fait, ils ont raison : tant qu’ils ne fixent aucune limite à leurs moyens et leurs ambitions, les hommes politiques auront toujours besoin de plus. Quand on aime, on ne compte pas.

C’est donc aux citoyens de compter pour les hommes politiques, et agir enfin pour une réduction de la dépense publique qui leur permettra de savoir si leurs politiciens sont assez humbles pour réduire les dépenses somptuaires ou préféreront réduire les retraites pour acheter des bonsaïs. Sauront-ils, comme les autres Français, se serrer la ceinture ?