Flexisécurité : la leçon danoise

Depuis la mise en place de la flexisécurité, le taux de chômage a diminué de moitié au Danemark.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Flexisécurité : la leçon danoise

Publié le 14 mai 2014
- A +

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’aleps.

Les bons résultats du chômage au Danemark, pays de la flexisécurité, les mauvais résultats en France, pays de toutes les rigidités, les réformes Schröder en Allemagne, mais aussi la récente instauration d’un salaire minimum imposé par le SPD à Angela Merkel, attirent une nouvelle fois l’attention sur le marché du travail.

À l’évidence, en France, contrairement à l’affirmation de François Mitterrand, on n’a pas tout essayé. La flexisécurité à la danoise peut-elle être une piste de réflexion, parmi d’autres ? En tous cas, les résultats semblent au rendez-vous, avec un chômage plus de deux fois plus faible qu’en France.

Un taux de chômage de 5,3 %

Alors que le chômage n’a jamais été aussi élevé en Europe, particulièrement en France, les chiffres danois ont de quoi étonner. Le taux de chômage ne cesse de se réduire. Fin février, il est tombé à 5,3 % de la population active, moins de la moitié du taux français, en baisse de 0,6 point en un an : 140 600 chômeurs pour un pays de 5,6 millions d’habitants. C’est le chiffre le plus bas depuis août 2009, au début de la crise. Avant la crise, on observait même des tensions en raison d’une pénurie de main-d’œuvre. Les économistes, les politiques, mais aussi les syndicalistes attribuent ces bons résultats aux réformes entreprises : la flexisécurité en général et les réformes les plus récentes en particulier.

La flexisécurité, c’est bien évidemment un mélange de flexibilité et de sécurité. Flexibilité pour les entreprises, sécurité pour les salariés. L’idée centrale est que plus les entreprises ont de facilités à licencier, plus elles ont tendance à embaucher.

Flexibilité

Une entreprise en plein développement recherchera une main-d’œuvre d’appoint. Si cette bonne conjoncture se confirme, elle intégrera cette main-d’œuvre, qu’elle formera sans doute. Mais si le marché se retourne, l’entreprise devra réduire ses effectifs. Si les licenciements sont interdits ou coûteux, pour des raisons purement juridiques, cet ajustement ne pourra se faire. Voilà un frein sérieux à l’embauche.

Aux incertitudes du marché s’ajoutent celles de la règlementation et de la politique économique : les entrepreneurs hésitent à s’engager dans le long terme. Or, l’embauche est un engagement, dans tous les sens du terme.

En France, les gouvernements successifs ont fait le choix de surprotéger l’emploi. Une fois obtenu, un emploi est une sorte de droit social à vie. Mais dans les entreprises où les effectifs ne sont plus en rapport avec les débouchés, le droit social est illusoire et c’est la précarité qui attend tôt ou tard les salariés. Le droit disparaît avec l’entreprise…

Sécurité

L’aspect sécurité de la flexisécurité est caractérisé par une indemnisation assez forte du chômage. Mais cette indemnisation est soumise à de nombreuses conditions. Le chômeur ne peut rester passif. Il bénéficie de possibilités nombreuses de formation et de contrôles de sa disponibilité et de sa motivation afin d’éviter que le chômage ne s’installe dans la durée. Il y a non seulement obligation de formation, mais aussi menaces de sanctions financières en cas de non-respect des obligations.

Ces dispositions ont le mérite de donner au chômage sa vraie signification : c’est une mutation professionnelle qui déplace les travailleurs des entreprises, des métiers et des secteurs en sureffectifs vers des entreprises, métiers et secteurs en expansion. Ce chômage est encore appelé frictionnel : il résulte des tensions, des frictions qui naissent nécessairement dans un marché du travail en mouvement. Il n’est pas destiné à durer longtemps : juste le temps de passer d’une emploi à l’autre.

Le conflit du vieux et du neuf

L’expérience danoise remonte à 1999, avec une très grande flexibilité sur le marché du travail et des politiques actives de l’emploi. Elle part de l‘idée selon laquelle les emplois n’ont rien de statique ou de figé ; des milliers d’emplois sont détruits chaque jour et des milliers sont créés (en France pratiquement 10 000 par jour), ce qui fait que plusieurs millions de personnes chaque année perdent des emplois et rejoignent le chômage quand des millions d’autres font le chemin inverse. Dans ces conditions, la flexibilité facilite cette mobilité permanente et réduit le temps de chômage entre deux emplois.

C’est là une grande différence avec la France : l’accent est mis sur les emplois nouveaux et pas sur les combats d’arrière-garde, chers à Arnaud Montebourg, qui visent à conserver les emplois condamnés par l’évolution de la concurrence et des clients. Il y a toujours conflit entre le neuf et le vieux : mais il n’y a pas de croissance sans innovation. On regarde ainsi l’avenir et pas le passé.

Les Danois se sont donnés un Code du travail simplifié et l’État fixe le moins de règles possibles. Rien à voir avec le maxi code à la française.

Le Danemark n’est pas un paradis libéral

C’est sans surprise que depuis la mise en place de la flexisécurité, le taux de chômage a diminué de moitié au Danemark. Il est même resté bas en dépit de la crise. Face à la crise, le gouvernement (de gauche) n’est pas revenu sur la flexisécurité. Tout au contraire, il en a durci quelques traits. Les jeunes de moins de trente ans sans diplôme et disponibles cessent de recevoir l’aide sociale, doivent suivre une formation et perçoivent seulement une allocation comparable à celle des étudiants. Depuis, les chômeurs trouvent plus rapidement du travail.

Pour autant, peut-on faire du Danemark un paradis libéral ? C’est un pays dont les prélèvements obligatoires sont parmi les plus élevés, talonné il est vrai par la France. Il en va de même pour les dépenses publiques. Le pourcentage de ceux qui travaillent dans le secteur public est également très élevé. Le taux de syndicalisation aussi, mais il est vrai que ces syndicats ne se prennent pas pour des partis politiques ou pour les hérauts de la lutte des classes. Le consensus social y est plus fort qu’en France.

Et si on asseyait la liberté contractuelle ?

La leçon de la flexisécurité, c’est qu’un peu de liberté donne déjà de meilleurs résultats que les rigidités engendrées par des règles paralysantes.

L’exemple allemand des réformes Schröder montre également que tout ce qui va dans le sens d’une plus grande mobilité, flexibilité, sur le marché du travail, associé à un droit du travail moins rigide, favorise l’emploi et la baisse du chômage. De ce point de vue, la décision récente du gouvernement allemand, suite à l’accord passé entre la CDU-CSU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD, d’établir pour la première fois un salaire minimum en Allemagne est une mauvaise nouvelle pour l’emploi. Certes, les Allemands ont eu la sagesse de fixer un taux de 8,50 euros brut de l’heure bien inférieur au taux français (9,53), mais il n’en reste pas moins que le SMIC est un prix bloqué qui provoque des déséquilibres : un institut évalue à 900 000 le nombre d’emplois menacés par le SMIC allemand : un drôle de progrès social !

De toute façon, en France nous sommes loin de toute cette philosophie et des décisions comme celles de 2008 sur la modernisation du marché du travail sont loin d’être au niveau du problème. La récolte a été maigre : rupture conventionnelle du contrat (mais assorti de clauses trop lourdes), contrat de mission pour les cadres, allongement de la période d’essai. Tout cela n’est pas à la hauteur de la lutte contre un chômage de masse.

Bien que bienfaisante par certains côtés, la flexibilité elle-même serait-elle la panacée ? Une vraie réforme libérale consisterait à restaurer une authentique liberté contractuelle, avec libre contrat personnel, libre salaire, libre temps de travail et libres conditions de travail. Au pays de Colbert, ce serait une vraie révolution.


Sur le web.

Voir les commentaires (20)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (20)
  • Pas mal pour un pays qui a les premières dépenses publiques au monde et la première fiscalité. Comme quoi le dirigisme peut aussi marcher. C’est peut être lié à la culture nordique.

    • oui c’est bien sur lié à la culture scandinave ce qui fait un modèle difficilement reproductible dans le reste du monde. http://www.contrepoints.org/2012/02/22/70249-le-modele-scandinave-passe-a-la-loupe

      • Et? on peut progresser pour s’approcher de ce modèle qui dans le fond est plus proche de notre culture que celui des anglo-saxon ou des allemands.

        • il n’y a pas que la culture mais aussi l’économie, et un tas d’autres facteurs qui jouent comme le fait que ce sont des pays avec une population aux alentours de 5, 6 millions d’habitants par pays et avec une faible densité de population,…….

    • « Comme quoi le dirigisme peut aussi marcher. C’est peut être lié à la culture nordique. »

      Dirigisme ?

      Le Danemark est classé 10e à l’Index des libertés économiques de la Heritage Foundation : http://www.heritage.org/index/
      C’est un peu fort de parler de « dirigisme » pour un pays qui fait partie du top10 des plus libéraux au plan économique du monde. (pour rappel : la France est classée 70e)

      Ce qui fait que ça marche n’a pas grand chose à voir avec une histoire de « culture nordique » mais tout simplement que les effets négatifs des prélèvements élevés sont compensés par les bénéfices des fortes libertés économiques dans les autres domaines.

      • Il ne faut pas confondre niveau d’imposition et de redistribution et niveau de bureaucratie. Certains pays ont des systèmes fiscaux léger, mais une bureaucratie lourde et tatillonne qui entrave le tissu économique productif. La France cumule la bureaucratie et la fiscalité.

      •  » un pays qui fait partie du top10 des plus libéraux  »

        C’est l’exemple type qui remet en question ce classement, car le Danemark n’a rien du libéralisme tel qu’il est évoqué sur Contrepoints.
        Ou alors je suis plus libéral dans mes convictions que la politique pratiqué par le pays classé 10ème, c’est dire !

        • Vous n’avez rien d’un libéral et vous ne le serez jamais puisque vous ne vous intéressez jamais aux faits. Vous préférez rester enfermé dans vos stéréotypes qui confortent vos présupposés idéologiques.
          Par exemple, il y a quelques jours, plongé dans un déni de réalité, vous nous expliquiez, sans rire, que la Suisse était un enfer pour l’emploi et la France un paradis.

          Les médias ont rabâché que les pays scandinaves sont des exemples-types du « modèle social-démocrate ».
          Les faits, la vérité sont tout autres. Le Danemark est l’un des pays les plus libéraux de la planète. C’est un fait avéré. Ça vous en bouche certainement un coin. Mais c’est ainsi.
          Si on se refusait de qualifier le Danemark ainsi, alors il faudrait qualifier la France de pays communiste.

          Tenez, lisez ou relisez donc ceci : http://www.contrepoints.org/2012/02/22/70249-le-modele-scandinave-passe-a-la-loupe

    • dans ces pays, il y a une séparation entre état et économie. l’état est décentralisé et il y a tres peu de bureaucratie….

  • Si j’étais Dalloz je ferais gaffe à la pub mensongère, surtout pour des juristes qui doivent être vigilants sur la sémantique car le titre devrait être « Code du chômage ».

  • Attention : Il s’agit d’un petit pays (on oublie le Groenland…). Vu sa situation dans la communauté européenne, ne s’agit-il pas plutôt de l’équivalent d’une région française ?

    J’imagine que l’Alsace, avec une législation un peu plus concurrentielle par rapport à ces « gros voisins », parviendrait à un résultat équivalent.

    • amike : Attention : Il s’agit d’un petit pays (on oublie le Groenland…). Vu sa situation dans la communauté européenne, ne s’agit-il pas plutôt de l’équivalent d’une région française ?

      Ça, c’est bien un argument que je n’ai jamais compris, un grand pays n’est jamais que la somme de petits assemblages, avec EN PLUS des économies d’échelles possibles au niveau état, infrastructures et ressources ET un marché totalement ouvert et fluide.

      Bien géré, un grand pays devrait aller aussi bien si ce n’est mieux qu’un petit.

      Le problème est surtout que la France est socialiste et dirigiste alors que le Danemark, à l’instar des autres pays qui vont bien est libéral:
      Indice liberté économique – Classement des pays

  • Le seul « gros » syndicat des salariés qui ait osé abordé le thème de la flexisécurité avec les représentants du patronat est la CFDT ( historiquement un syndicat Chrétien-Démocrate).
    Il y a bien eu des pourparlers en automne 2012, 6 mois après l’élection de François Hollande. Le sujet aura été très vite enterré, semble-t-il. La CGT s’est opposé comme à l’accoutumée à des réformes. Quelques avancées positives (par ex. la légère réforme du compte de formation professionnel) mais aucune sur un plan structurel.

    La Flexisécurité est un thème honni par les authentiques Socialistes. Car elle est une transition entre un marché du travail rigide, entravé par trop de lois à un marché du travail nettement plus libéral et démocratique.

    La Flexisécurité échappe justement au dirigisme de l’Etat et c’est pourquoi ILS n’avanceront aucune mesure sous ce thème.

    • La CGT peut compter sur une base qui refuse de se remettre en cause quel que soit le problème évoqué. Il est vrai que cela ne touche pas QUE le travailleur syndiqué et militant mais un peu tout le monde et surtout au fur et à mesure qu’on prend de l’age.

      C’est aux jeunes qu’il faut montrer les pièges du repli sur soi et de la rigidité (d’esprit). On a tous besoin d’évoluer car demain sera différent d’aujourd’hui.

      Quant aux « vieux » qui s’accrochent aux « acquis sociaux » par principe (même si on leur montre qu’ils sont perdants), je dirai : croyez vous que les jeunes vous entretiendrons et paieront votre retraite quand ils réaliseront qu’ils n’ont aucun avenir par faute de leurs ainés ?

  • 25% de TVA et une balance commerciale positive.

  • 5,3% de chomeurs?? C´est sans compter tous ceux qui sont en invalidité ou maladie longue durée. Et puis l´auteur de cet article a oublié de dire que les impots sont les plus élevés au monde. Mis à part le code du travail je ne vois pas en quoi le Danemark est libéral,

  • êtes vous sur que la flexi sécurité existe , n’est ce pas plutôt un 3éme choix offert aux chômeurs : le congé maladie longue durée ?
    ainsi va la vie dans un pays pétrolier

  • Il n’y aura pas d’evolution (révolution) en France sans un deal mixant libéralisation de l’entreprenariat d’un côté… Et sécurisation des revenus de l’autre!

    Mon utopie personnelle, c’est liberté d’entreprendre, d’embaucher au salaire/temps de travail contractualisés, et de licencier.
    C’est aussi un revenu de base garantie sans condition, la responsabilité individuelle de s’affilier aux dispositifs de sécurité sociale, assurance chômage et sécurisation des revenus de son choix.

    Le tout mâtiné de simplification administrative, de fusion de tous les statuts d’actifs avec les mêmes droits et devoirs

    Bref, avec un coût du travail identique, intégralement versé aux salaries et fonctionnaires… Avec une dépense sociale identique( allocations multiples, subventions diverses, réductions de cotisations …)

    Mais que de liberté
    Un bonheur pour les entrepreneurs, pour les salaries et fonctionnaires qui bossent, pour les jeunes ..
    Un enfer pour les patrons d’entreprises protégées et/ou subventionnées , en situation de rente de monopole, un enfer pour ceux qui glandent !
    Une utopie je vous dis

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La baisse du chômage en France serait « une grande victoire française », si l’on en croit le gouvernement. Selon les dernières données de l’Insee, il se trouve à son plus bas niveau depuis 2008 pour s’établir à 7,3 % au premier trimestre 2022. Cette baisse serait particulièrement notable chez les jeunes, avec des niveaux proches du début des années 1990. Mais la situation est-elle aussi rose qu’il n’y paraît ?

Tout d’abord, la baisse actuelle du chômage s’inscrit dans une baisse généralisée au sein de l’Union européenne, avec un planch... Poursuivre la lecture

À l’heure où l’Union de la gauche reprend tous les poncifs anti-marché qu’elle a dans sa manche pour améliorer le bien-être social (comme le contrôle des prix, l’augmentation du salaire minimum, etc.), il est temps pour les lecteurs et moi-même de repartir à la découverte de théories d’auteurs abandonnés, inexploités, et pourtant très pertinentes, pour comprendre les problèmes de notre pays.

Nous parlerons donc aujourd’hui de la théorie classique du chômage, et de son plus grand défenseur, l’économiste William Harold Hutt.

Les e... Poursuivre la lecture

Le taux de chômage baisse enfin en France et les pouvoirs publics ne manquent pas de faire du triomphalisme.

Ainsi Bruno Le Maire interviewé le 18 février dernier par Ouest-France, a évoqué avec la plus grande satisfaction une « grande victoire  française ».

On lit sur le JDN, un site d’information très suivi :

« Du jamais vu depuis 2008 : le taux de chômage a atteint son plus bas niveau à 7,3 % de la population active au premier trimestre 2022 selon l’INSEE, contre 7,4 % au trimestre précédent. Le nombre de chômeurs au s... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles