Austérité : le mirage français

L’austérité dont parlent les politiques n’est pourtant nullement visible pour l’État en France.

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Austérité : le mirage français

Publié le 27 avril 2014
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Par Alexandre C.

Rigueur austéritéDepuis la crise économique qui a suivi l’éclatement de la bulle immobilière américaine, on entend, çà et là, les politiques français, de quelque bord qu’ils soient, parler de l’austérité qui s’abattrait prétendument sur le pays. Mais qu’en est-il vraiment ?

Toujours plus d’impôts…

Depuis 2010, arguant qu’il fallait redresser d’urgence des comptes publics gravement déficitaires – il semblait alors que c’était une découverte pour la plupart des politiques français, alors même que l’État n’a pas enregistré d’excédent budgétaire depuis 1975 – l’exécutif, appuyé par le parlement, a donné un premier tour de vis fiscal, qui fut suivi en 2012 par un deuxième, asséné cette fois-ci par l’actuelle majorité. Autant dire que les deux camps sont d’accord sur les solutions à apporter au problème des finances du pays. Des impôts, qui ne servent non pas à reboucher le trou béant de la dette nationale, ou alors de façon très marginale, mais à financer des promesses électorales toujours plus généreuses et démagogiques et à contenter certains corporatismes, par l’octroi de quelques privilèges supplémentaires1.

En réalité, la réduction des déficits provient plus de l’accélération des recettes de l’État, du fait d’une croissance plus vive, que de l’augmentation de la pression fiscale. La nouvelle couche d’impôts votée en 2012 l’a d’ailleurs prouvée : à la fin de l’année dernière, elle ne provoquait pas l’effet escompté et les éminences grises de Bercy durent reconnaître un manque à gagner de près de 11 milliards d’euros de recettes fiscales. Trop d’impôts tue l’impôt. Un point de vue que défendait, jadis, Arthur Laffer2, conseiller influent du président Reagan, et qui fut repris par plusieurs dirigeants dans les années 1980, dont Margaret Thatcher.

… et toujours plus de dépenses

Donc, dans le même temps où l’État augmentait les impôts pesant sur les individus et les entreprises (le taux de prélèvement obligatoire a franchi le seuil des 46% en 2013), il a par la même continué de dépenser plus, tant en pourcentage qu’en euros courants (respectivement 57,1% du PIB et 1.150 milliards en 2013) : autrement dit, alors qu’il demande aux Français de se serrer la ceinture, l’État, de son côté, ne se prive pas pour s’accaparer toujours plus de richesses et les disperser aux quatre vents, sans se préoccuper de l’efficacité de cette dépense. D’ailleurs au vu des derniers résultats du chômage, dont la courbe ne s’est toujours pas inversée, on peut douter que le système dans l’état actuel fonctionne. Si tel était le cas, je n’écrirais pas ces lignes.

Donc pour résumer, si austérité il y a, elle n’existe pas pour l’État puisque celui-ci ne ralentit en rien son rythme de dépenses. Que les politiques cessent donc de nous dire que l’État « se serre la ceinture », dès que l’on parle d’économies de quelques dizaines voire quelques centaines de millions d’euros, alors même que tous les ans, les dépenses glissent de 30 milliards. Et ceux qui avancent l’idée de diminuer les dépenses de quelques milliards provoquent, systématiquement, un tollé général, comme celui que doit affronter le gouvernement de Manuel Valls actuellement. On se heurte, ici, à un problème qui dépasse de loin les clivages politiques : dépenser moins, dans l’imaginaire culturel, implique nécessairement que le service rendu perdra en qualité. Plus encore, dès que l’on parle de réduire les dotations, on ne cesse de jouer sur l’affectif de la population, en lui disant, les yeux au bord des larmes, qu’il y aura alors moins d’écoles ou d’hôpitaux. Impensable donc pour tout politique souhaitant conserver son mandat.

Pour notre classe politique, dépenser plus est donc devenu une règle tacite, un horizon indépassable, à croire qu’aucune autre solution n’est envisagée quand un problème, de quelque degré qu’il soit, se présente. Prenons l’échec de notre système éducatif par exemple, régulièrement pointé du doigt par les tests PISA. Au lieu d’analyser les raisons de cet effondrement, le politique se contente juste de dire que ces mauvais résultats ont pour cause un manque de moyens alloués au secteur. Dépensons plus et tout rentrera dans l’ordre. Du moins en théorie. Et si au passage on peut acheter la paix sociale avec les syndicats, on fait d’une pierre deux coups.

L’austérité, le signe d’un manque de rigueur

Pourtant, les cures d’austérité sont indispensables si, pendant les années qui les ont précédées, la gestion des finances de l’État a été traitée avec laxisme par ses dirigeants. Si des périodes de déficits peuvent être rencontrées, du fait d’une mauvaise conjecture économique, il n’est pas normal pour un pays qu’elles se prolongent sur plusieurs décennies. N’en déplaise aux gens qui pensent que les services publics n’ont pas pour objectif d’être rentables. Ce genre de raisonnement ne passe pas le cap de la réalité : ne pas savoir gérer sainement les finances d’une entreprise ou d’un État, toute proportion gardée, ne va qu’un temps avant que le spectre de la dette ne devienne un problème, ne serait-ce que par son financement.

Certains pays, confrontés à une telle situation ont réagi à temps et entrepris des réformes structurelles visant à améliorer l’efficacité des services publics, c’est-à-dire, maintenir la qualité tout en dépensant moins. On peut ainsi citer le Canada, la Suisse ou encore la Suède, et ce à peu près au même moment, au début des années 90. D’autres, au contraire, ont cédé à la démagogie en promettant monts et merveilles à la population via de la redistribution de richesses, qui la plupart du temps n’étaient pas créées. Il s’en est suivi le résultat que nous connaissons : l’explosion de leur dette à des moments critiques a causé des dommages sociaux considérables, provoquant chômage et pauvreté. Un choc pour ces pays qui se croyaient pourtant à l’abri.

Bien que critiquées par certains du fait qu’elles augmentent les inégalités, en réduisant la sphère de l’amortisseur social, les cures d’austérité n’en sont pas moins, quand elles sont conduites de manière adéquate, de formidables accélérateurs de croissance. Je m’explique. Assainies, les finances du pays laissent plus de place à une nouvelle ère d’expansion économique, génératrice de richesses et d’emplois, qui par voie de conséquence, constituent le meilleur moyen de réduire les inégalités sociales dans la population. Concrètement, ces cures d’austérité ont pour but de déplacer un curseur, tout autant fiscal que réglementaire, en redéfinissant le rôle de l’État pour que celui-ci redonne toute sa place aux individus afin qu’ils créent, innovent et redonnent de l’élan à une économie qui, à force de concessions en lieu et place de réformes, se retrouve incapable de profiter de conjonctures favorables, au niveau continental ou mondial. Une sclérose qui, au final, débouchera sur une austérité forcée plutôt que choisie. Si d’aventure la France ne veut pas subir ce sort, il serait heureux que nos dirigeants fassent preuve de courage pour mener à bien le changement dont le pays a grand besoin.

À lire aussi :


Sur le web

  1. Au hasard, les régimes spéciaux de retraites non encore réformés et qui pèsent lourdement sur l’économie.
  2. Inventeur de la fameuse courbe qui porte son nom et que nous expérimentons aujourd’hui.
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  • Il y a incompréhension. Les dépenses des uns sont les revenus des autres: il ne faut pas oublier qu’il y a deux partis dans chaque transaction. L’austérité concerne la quantité de monnaie qui transite dans les caisses privées: à impôts constants si on diminue les dépenses publiques, et donc le déficit, on diminue cette quantité de cash ce qui a des effets récessionistes. Mutatis mutandis, si on augmente les impôts, cela revient au même. La tentative de réduire le déficit en temps de crise, que ce soit par une réduction des dépenses publiques ou une augmentation des impôts revient au même: moins de cash dans les poches privées, donc moins d’activité économique que ce qu’il y aurait pu avoir (i. e. il y a augmentation de l’output gap): c’est l’austérité. Et il y en a en France, et pas qu’un peu.

    D’ailleurs, on peut même réduire les dépenses publiques sans austérité: il suffit de baisser les impôts encore plus.

  • « Pour notre classe politique, dépenser plus est donc devenu une règle tacite » : des politiciens affirment désormais publiquement qu’on peut sans difficulté faire progresser la collectivisation directe du pays à plus de 65% de dépenses publiques dans le PIB (57% actuellement). L’austérité, pour ces minables vide-goussets, c’est le fait de renoncer à la collectivisation qu’ils nous imposent à marche forcée.

    Si on ajoute à la collectivisation directe la mainmise indirecte de l’Etat (premier actionnaire de France) sur ce qui reste de l’économie privée, on aboutit au contrôle de 85 à 90% de l’économie française, soit le plus haut niveau de contrôle d’une économie observé depuis l’URSS (si on excepte les pustules cubaine ou nord-coréenne).

    Interrompre et inverser le processus de collectivisation n’est pas l’austérité. Il faut cesser d’appeler « cure d’austérité » ce qui est en réalité une « cure de libération ». La spoliation fiscale, la croissance atone, le chômage de masse, les montagnes de dettes publique, la déliquescence de la société, tout cela est conséquence normale, logique, inéluctable de la collectivisation. Le temps est venu de renoncer à l’austérité étatique actuellement imposée à la Nation par la caste des étatistes, des politiciens et des hauts fonctionnaires. Le temps est venu de procéder à la décollectivisation de la France, de la libérer du socialisme périmé, bref d’entrer enfin dans le XXIe siècle.

  • l’austérité n’est peut être pas visible en france , mais elle est bien là pourtant ;et elle touche les plus fragiles , mais ceux là ne peuvent pas descendre dans la rue sauf pour aller faire les poubelles ; je parle des personnes agées ; savez vous que beaucoup d’entres elles ne se chauffent pas l’hiver par pure économie ? savez vous qu’elles se nourissent trés mal , nottament avec des produits bas de game ce qui n’arrange pas la santé d’ailleurs ? savez vous que beaucoup n’ont pas de mutuelles ? ha ben oui , la france c’est pas le paradis , et malheureusement , ce n’est pas avec les dirigeants qui se succèdent que l’on vérra le bout du tunnel ;

    • Eh oui, en observant la paupérisation du pays, notamment des personnes âgées, vous soulignez une des conséquences inéluctables de la collectivisation de l’économie à travers les retraites par répartition. De plus en plus de personnes sont enfermées dans le piège de la pyramide de Ponzi des retraites par répartition, avec la certitude de finir tôt ou tard dans le dénuement le plus complet, pour avoir cru au mensonge socialiste qu’il serait possible de vivre en parasite, sans être productif. Il est temps d’en finir avec cette faribole criminelle et de basculer massivement vers les retraites par capitalisation, seul système où les retraités sont pleinement productifs, jusqu’à leur dernier souffle.

      • Le gel des retraites jusqu’en 2015 est une connerie économique; sachant que les retraités par leur consommation font « vivre » des milliers d’entreprises.
        Dans le magazine « Notre Temps » plusieurs personnalités font le même constat et critiquent la décision du gouvernement.

        • Absurde argument ! Les retraités de la répartition ne font vivre aucune entreprise, car l’argent qu’ils touchent est pris par la force aux salariés de ces mêmes entreprises, qui pourraient l’utiliser à loisir d’une bien meilleure façon. Pour être tout à fait clair, si les retraités de la répartition ne touchaient plus rien, le niveau global de consommation demeurerait parfaitement inchangé. En revanche, s’il existait des retraités de la capitalisation, le niveau de consommation global serait bien plus élevé, autant pour les retraités que pour les salariés, conséquence bénéfique de l’accumulation du capital retraite épargné.

  • Il me semble d’ailleurs que valls n’a dit a aucun moment « baisse des dépenses », mais plutot « gel des dépensenses ». Bref, ne pas dépenser plus, c’est faire des économies.
    Encore un patch a deux balles.

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