Les élections passent, les problèmes perdurent

François Hollande en 2011 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Cela fait des décennies que les mesures prises en France pour lutter contre le chômage aggravent la situation. Pourtant les solutions sont connues.

Par Patrick de Casanove.

François Hollande en 2011 (Crédits Parti Socialiste licence Creative Commons)

Régulièrement les médias français font leurs gros titres sur « l’explosion du chômage » dans le pays. À vrai dire personne ne sait plus très bien combien la France compte de chômeurs ! Il y a cinq catégories de chômeurs. Le nombre retenu habituellement est celui de la catégorie A. En février 2014, la métropole compte 3 347 700 chômeurs dans cette catégorie. Si l’on prend le chômage toutes catégories confondues on arrive à 5,5 millions de personnes. Si l’on tient compte des gens qui ont renoncé à s’inscrire à Pôle Emploi dont le nombre ne peut être qu’estimé et se situe entre 1,5 et 3 millions, on peut atteindre les 8,5 millions d’individus ! Comme « modèle social », « amortisseur de crise » qui « protège les Français », on fait mieux ! Nous vivons la faillite de l’État-providence.

Assommé par sa déroute électorale qu’il attribue en partie à sa « contre-performance » sur le « front de l’emploi » et du « pouvoir d’achat », le Président a pris une décision forte. Il a fait semblant de remanier son gouvernement. Prisonnier de son idéologie collectiviste, corseté par le pacte de solidarité et le pacte de responsabilité, le gouvernement actuel va prendre une série de mesures cosmétiques. Puis il se chargera de bien les vendre avant les élections européennes.

Pour commencer, il y a les 50 milliards d’économie en… cinq ans. Somme dérisoire quand on se penche sur la réalité de la situation. « La France s’endette de 5 500 € de plus chaque seconde en 2013 (4640 € mi 2013), soit 475 millions d’euros PAR JOUR, et près de 174 milliards par an. La dette publique de la France atteint 1788 milliards €, soit 89,1% du PIB et l’équivalent de 26 300 € pour 65 350 000 habitants au 1er janvier 2012. » L’objectif est de limiter le déficit du budget de l’État à 3% du PIB. C’est devenu le critère indépassable de la bonne gestion étatique. Mais 3% de déficit c’est 60 milliards de dettes de plus chaque année. Avec cette politique, la France ne s’en sortira jamais. En 2013, le déficit a été de 4,3% et la France, déjà sous surveillance, va mendier un sursis à Bruxelles !

Mais surtout le Président mise tout sur son célèbre « pacte de responsabilité ». Pacte qui repose sur une baisse de charge de 30 milliards et les fameuses « compensations ». Nous vivons dans un État très centralisé, tout dépend de lui. Les charges financent la protection sociale et reposent sur la spoliation légale. Si l’État spolie moins les entreprises, il lui faudra spolier quelqu’un d’autre. C’est déshabiller Pierre pour habiller Paul. D’où l’importance pour lui des fameuses « compensations », créations d’emplois décrétées qui sont censées accroître l’assiette des cotisations et apporter de nouvelles recettes. Bref de la construction artificielle macroéconomique pur jus ! Tout le gratin du conformisme applaudit ! Comme quoi la France est un pays où l’on marche sur la tête puisque moins spolier légalement quelqu’un c’est lui faire un « cadeau fiscal », ce qui exige des « compensations ». « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté » aurait dit Confucius. Le problème est bien là.

Cela fait des dizaines d’années que les Français perdent leurs libertés. Celles-ci leurs sont rognées peu à peu. Rares sont ceux qui s’en rendent compte. D’abord parce que c’est lent et indolore, ensuite parce que beaucoup de Français confondent liberté et démocratie, démocratie et loi de la majorité. À partir du moment où, de temps en temps, il leur est demandé de voter pour, éventuellement, changer de maître et qu’une prétendue majorité se dégage en faveur de tel ou tel, ils sont comblés ! Que le nouveau maître, comme l’ancien, porte atteinte à leurs libertés individuelles ne les perturbe pas. Le mot d’ordre est d’obéir à la loi aussi stupide et spoliatrice soit-elle. Par ses multiples règlements, cette loi pervertie confisque la vie de Français. Par ses multiples prélèvements, elle leur ôte les moyens de choisir librement. Les Français font ce que le gouvernement leur dit de faire, où il le leur dit et comment il le leur dit.

Cette soumission est paradoxale quand on lit partout que les Français n’ont plus confiance en leurs politiciens. Malheureusement, même si leur mécontentement s’est exprimé lors des dernières élections municipales, les Français n’ont  pas de véritable choix. Tous les partis politiques en France sont étatiques, centralisateurs et collectivistes. La seule différence entre eux est le niveau de spoliation légale qu’ils infligent aux citoyens. Les deux principaux partis se partagent la plus grosse part du gâteau. Part qu’ils défendent bec et ongles contre les appétits des partis plus petits. Tous sont d’accord pour éliminer, sans discussion ni débat, la voie du libre choix pour les individus. Toute la classe au pouvoir relaie parfaitement le message ! Ainsi les médias français ouvrent rarement leurs colonnes et leurs micros à des personnes qui veulent faire souffler un vent de liberté et de responsabilité sur notre malheureux pays. Le rejet du libre choix est ainsi devenu la marque de fabrique de la classe politique, le passage obligé de tout individu qui a une ambition politique au sens large. Le libre choix sert de repoussoir aux Français.

Après avoir refusé le libre choix, les politiciens se retrouvent coincés, sans marge de manœuvre. Perdus dans les constructions artificielles, pétris de certitudes, ils ne comprennent pas ce qui se passe. « On a tout essayé » disait Mitterrand. Tout ce qui ne marche pas peut-être. Et encore ce n’est même pas certain tant l’imagination du législateur pour les usines à gaz est infinie.

La conséquence de cet aveuglement est que cela fait des années que le chômage monte inexorablement, des années que régulièrement les médias en font leurs gros titres et que les politiciens « s’emparent du problème ». Ces derniers ne se remettent jamais en cause. L’intelligentsia rediscute à l’infini, remet sans cesse sur le tapis des propositions éculées, repeintes au goût du jour, qui ne fonctionnent pas et ne fonctionneront jamais. Cela fait des décennies que les mesures prises en France pour, dit-on, lutter contre ce drame, sont non seulement inefficaces mais aggravent la situation.

Or les solutions sont connues.

La voie de la liberté économique a fait partout ses preuves quand elle a été appliquée. Que ce soit par des gouvernements de droite ou de gauche n’a pas d’importance. Les réformes de liberté et responsabilité qui ont fait décoller l’Allemagne ont été mises en œuvre par Gerhard Schröder classé à gauche.  En Nouvelle-Zélande c’est Maurice McTigue, étiqueté centre droit, qui réformait le pays dans le même sens. L’Estonie a été remise sur pieds par Mart Laar, Docteur en histoire, qui disait que le seul livre d’économie qu’il avait lu était le très libéral Free to choose de Milton Friedman. Leur point commun est le retour plus ou moins marqué à la liberté économique. Ce retour est une nécessité absolue.

Pour mettre en place la liberté économique, il faut rendre aux Français la liberté de choisir leur vie et d’en assumer la responsabilité. Il faut diminuer simultanément la dépense publique et les prélèvements obligatoires. La seule solution pour baisser les dépenses publiques est de privatiser. Il est nécessaire de commencer par réétudier point par point ce qui doit être accompli par le privé et ce que les individus peuvent déléguer à la collectivité. On aboutit à une série de mesures que l’on peut synthétiser ainsi :

Rendre la fiscalité simple, faible, sans niches, strictement proportionnelle aux revenus. Laisser aux Français la libre disposition de la quasi-totalité de leurs revenus, pour un salarié c’est le salaire complet. Permettre aux Français de choisir librement leur prestataire de service en cas de maladie et d’en changer. Laisser les Français préparer leur retraite. Supprimer les multiples aides et assistances au profit d’une seule aide à la personne destinée à ceux qui sont dans le besoin. Elle pourra prendre la forme de bons scolaires pour rendre aux parents la liberté de choisir l’éducation donnée à leurs enfants. Privilégier le contrat à la loi avec la non-intervention de l’État dans la vie des entreprises et la non-intervention de l’État dans les relations propriétaires locataires. Simplifier les autorisations de construire en les faisant reposer sur le droit de propriété avec comme corollaire la nécessité pour celui qui construit d’en assumer les frais et de ne pas nuire au voisinage. Concentrer l’État sur ses fonctions régaliennes pour qu’il soit enfin efficace. Les élus auront un mandat précis et limité. La sécurité intérieure et extérieure sera assurée, la justice rendue, avec des moyens suffisants. Mettre fin à la spoliation légale : la Loi garantit les droits individuels naturels : Liberté, Propriété, Personnalité.

Le pouvoir d’intervention des politiques dans la vie des personnes se trouvera considérablement réduit et leur pouvoir de nuisance par la même occasion. Moins de pouvoir, cela signifie moins de centres de pouvoir et la disparition du mille-feuilles administratif, donc du cumul des mandats. La proportionnelle les incitera à s’entendre. L’État a une propension irrépressible à s’étendre sans fin. Il essaiera de reprendre le terrain perdu. Les personnes doivent donc disposer des moyens de protéger leur vie privée. On ajoutera donc la démocratie directe et le référendum d’initiative populaire pour que les individus puissent défendre, autant que possible, leurs libertés individuelles en cas de velléité collectiviste.

Il y a peu de chances pour qu’aujourd’hui, en France, un politicien quelconque parmi ceux qui sont au pouvoir, ou qui y aspirent, mette en œuvre un tel programme. Ils préfèrent supplier l’Europe de leur accorder un sursis plutôt que d’accepter l’idée que les difficultés de la France sont d’abord liées à leurs politiques et qu’ils doivent en changer.

À un moment ou à un autre, ils se fracasseront sur le mur de la réalité. D’ici là malheureusement ils auront fait d’autres dégâts dont les Français paieront le prix.