Manuel Valls est-il « ultralibéral » ?

Manuel Valls en août 2013 (Crédits : Claude Truong-Ngoc, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

Manuel Valls serait un ultralibéral selon Marine Le Pen. Vraiment ? L’analyse de maître Feldman.

Par Jean-Philippe Feldman.

Manuel Valls en août 2013 (Crédits : Claude TRUONG-NGOC licence Creative Commons)Le 1er avril, Marine Le Pen a réagi, avec la modération qui la caractérise, à la nomination du nouveau Premier ministre : si François Hollande est un « ultralibéral honteux », Manuel Valls serait un « ultralibéral décomplexé ».

Une nouvelle fois, le terme « ultralibéral » constitue l’injure suprême dans notre pays. Or, il ne veut strictement rien dire. Dans l’histoire des idées politiques depuis le début du XIXème siècle, les « ultras » renvoient aux extrémistes de droite, « plus royalistes que le roi », sous la Restauration. Il est donc piquant que la dirigeante d’un parti d’extrême-droite utilise ce terme. Le mot « ultra » a pu ensuite être utilisé autour de 1968 pour qualifier la gauche extrême, en marge du communisme.

Appliquer ce mot au libéralisme n’a aucun sens. D’abord parce qu’un mouvement d’idées qui promeut la liberté et la tolérance n’a rien à voir avec l’extrême-droite. Ensuite, parce que le terme tend à distinguer des « ultralibéraux », étymologiquement des libéraux excessifs, et des libéraux, si l’on comprend bien, tièdes ou normaux, ceux-ci n’étant d’ailleurs jamais nommés. Parle-t-on jamais d’ « ultrasocialistes » ?

rlh - valls ultraliberalEn quoi Manuel Valls, comme d’ailleurs François Hollande, pourrait-il être apparenté à un libéral ? Marine Le Pen ne l’a pas explicité, sauf à ce que sa diatribe dans la même intervention contre l’ « européisme (sic) » et l’aggravation de la « cure d’austérité » en constituent une explication, au demeurant surprenante et confuse. Suffit-il de vouloir, à un moment donné, changer l’appellation du parti socialiste ou émettre des doutes sur l’efficacité des 35 heures pour être ainsi catalogué ?

Ce qui est surtout prégnant, c’est que la rhétorique de Marine Le Pen la rapproche des idées économiques les plus obscurantistes de la gauche et de l’extrême-gauche, quitte à accréditer le poncif selon lequel les extrêmes se rejoignent… À vrai dire, pour ceux qui connaissent l’histoire du Front National, il n’y a pas lieu d’en être surpris. Lorsque le FN se constitue au début des années 1970 des débris de plusieurs partis d’extrême-droite, le discours de Jean-Marie Le Pen mêle de manière inquiétante nationalisme et socialisme. La haine du « capitalisme » traverse tous les discours des dirigeants du nouveau mouvement. Quarante ans après, elle constitue toujours le fonds de commerce de la présidente du FN.

Pourtant, le débat politique mérite mieux que des invectives. Le travestissement de la langue doit être dénoncé car, ainsi que le rappelait dans une citation le plus grand penseur libéral du XXème siècle, Friedrich Hayek, lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté.