Les Français en ont marre de leurs politiciens

En votant FN, les Français ont voulu communiquer leur ras-le-bol à l’ensemble de la classe politique. Un point de vue d’outre-Manche.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Marine Le Pen à la tribune - Credits Rémi Noyon (CC BY 2.0)Ce n’est pas un hasard si l’expression « faute de mieux » est française. Un bon nombre de commentateurs s’excitent au sujet du succès de ce qu’ils nomment faussement « l’extrême droite » à l’occasion des élections municipales chez nos voisins d’outre-Manche. Même si le Front National n’a pas obtenu les résultats escomptés, les données brutes sont néanmoins frappantes : de 60 conseillers élus en 2008, le parti est passé désormais à plus de 1.200. Peut-on déduire que nous sommes à l’aube d’une de ces crises d’autoritarisme par laquelle la France semble passer de temps en temps, un revival de Boulangisme d’Action Française, du temps de Vichy ?

Non. Ce que l’on voit est un haussement d’épaule gaulois sur une balance gigotante : un rejet cynique, amer, râleur et pourtant las, de la classe politique dans son entier. L’impopularité de François Hollande crève tous les plafonds : trois quarts des électeurs français n’apprécient pas leur président. Mais l’opposition UMP, toujours baignée dans la corruption et l’immobilisme des années Sarkozy est détestée à un niveau quasi équivalent. Le parti a enregistré une petite remontée uniquement grâce au fait qu’il n’est pas le Parti Socialiste. Et pourtant, la majorité des Français ont voté contre X plutôt que pour Y.

Peut-on leur en vouloir ? Le chômage a dépassé les trois millions et aucun signe de redressement économique n’est à l’horizon. Seul 40% de la population française a un emploi tout type confondu contre près de 60% en Suisse. Il y a plus de jours de travail perdus dans des actions syndicales que dans n’importe quel autre pays de l’UE : 27 jours pour mille habitants par an, contre 3,4 jours en Allemagne. L’État a enregistré son dernier excédent en 1974. Les caisses sont vides.

Dans n’importe quel autre pays, la population aurait fini par tenter la chance d’un candidat pro libre-marché ; mais c’est une option mort-née en France. M. Hollande a été élu sur la base de promesses faites pour plus d’égalité sociale, plus de dépenses et un taux d’imposition de 75% – qui, tout comme l’exil des Huguenots 350 ans auparavant, a eu pour joyeux effet de chasser nombre de citoyens français entrepreneurs sur nos terres.

Il faut bien comprendre que Marine Le Pen se positionne elle-même à gauche de l’UMP et, du moins sur le plan économique, probablement à la gauche des socialistes. Elle a pesté contre le capitalisme et la mondialisation, a demandé plus de dépenses et soutenu un programme d’énergies, de sécurité sociale, d’éducation, de transports et de services financiers gérés par l’État. Alors que son père se plaignait des profiteurs du système, elle réclame un éventail de droits plus important. Alors qu’il décrivait son parti comme étant de droite, elle déclarait dernièrement dans Le Monde qu’il « n’était ni de droite ni de gauche, mais fondé sur l’opposition de la classe politique actuelle, sur la défense de la nation, et sur le rejet de l’ultra-capitalisme et de l’Europe. »

Ce dernier point est probablement son plus grand différenciateur. Les autres partis ont tous fait des déclarations idiotes sur la croissance économique boostée par la monnaie unique. Lors de la crise de l’euro, le Front National, au même titre que les Trotskistes, s’en lavait les mains, ayant affirmé depuis un moment qu’une union monétaire serait un racket, affaiblissant la classe travailleuse au bénéfice des financiers et des bureaucrates.

Certains commentateurs britanniques se font un plaisir de prédire – et, de fait, sincèrement percevoir – un retour du fascisme à tous les étages. Le succès du FN représente une horreur particulièrement excitante pour ces commentateurs car leurs résidences de vacances se trouvent souvent là où le parti a fait de bons scores : les petites villes de Camargue, du Gard et du Roussillon. (grande révélation de mon propre penchant métro-dodo : c’est une région de France où j’ai passé un temps considérable, et que j’adore.)

Je ne vais pas expliquer, à nouveau, en quoi il est mauvais de désigner les partis protectionnistes, corporatistes tels que le FN comme étant « d’extrême droite ». Il suffit de dire que la France n’a pas plongé dans le fascisme. Elle n’a plongé nulle part d’ailleurs. Elle en a juste assez de sa classe politique. Ayant entendu ses dirigeants tirer la sonnette d’alarme, encore et encore, contre le FN, de nombreux Français ont tout simplement décidé que voter pour ce parti était la méthode la plus efficace pour faire entendre leur mécontentement envers les partis traditionnels. Malheureusement, les problèmes de fond à l’origine de leur désenchantement ne sont pas près d’être pris en compte.


Sur le web. Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.