La culpabilisation écologiste

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Consommer moins, rouler moins vite, faire moins de bruit, faire moins de feu : les écologistes ne sont pas en reste pour proposer des idées « décroissantes ».

Consommer moins, rouler moins vite, faire moins de bruit, faire moins de feu : les écologistes ne sont pas en reste pour proposer des idées « décroissantes ». Cette nouvelle moralisation se fait par l’usage de la force et de mesures punitives destinées à culpabiliser et dénoncer celui qui ne rentre pas dans le rang.

Par Phoebe Ann Mo$e$.

Cette semaine, outre des résultats électoraux peu surprenants (sauf pour les instituts de sondage), c’est l’alarmant « 7 millions de morts en 2012 liés à la pollution de l’air ! » qui a retenu l’attention des médias. Le calcul de ce nombre reste mystérieux : comment peut-on attribuer à la pollution de l’air de façon certaine, sans aucun biais, la mort de 7 millions de personnes dont la majorité se trouve en Asie ? La nouvelle est en tout cas suffisamment alarmiste pour faire admettre deux principes : que les uns sont vraiment des tueurs en puissance et les autres des victimes.

Tueurs en puissance, ceux qui ont critiqué la circulation alternée. Cette mesure totalement inutile a seulement démontré que le gouvernement voulait donner aux Verts quelques miettes écologiques. L’inutilité de cette mesure peut être constatée en consultant les cartes de la pollution aux particules fines… C’est en prenant conscience de l’ineptie de telles décisions qu’on peut contester les décisions identiques ultérieures qui risquent d’être prises.

Passons aussi sur le manichéisme avec lequel on cherche à nous convaincre, quand on nous présente des filtres permettant de mesurer la pollution : quand ils sont vierges, ils sont blancs ; quand ils ont mesuré une vilaine pollution, ils sont noirs. Évidemment. Cela doit produire le même effet que les photos sur les paquets de cigarettes : affoler le consommateur pour qu’il change sa manière de vivre. Il doit laisser derrière lui un monde immaculé et mourir avec des poumons propres.

Filtre pollution

Si on ne peut dénier une certaine vérité à ces images, il n’en reste pas moins qu’on joue quand même sur l’imaginaire collectif : noir, c’est sale, c’est mauvais, c’est le goudron, les particules. Or la couleur et l’odeur n’ont rien à voir avec le danger : le radon, le monoxyde de carbone, sont incolores et même inodores. Le mercaptan est puant mais inoffensif.

Tout le monde a bien vu aussi les images des caméras dans Paris, qui rendaient concrète la pollution le 14 mars. Le problème posé par les images est qu’elles donnent une vision simpliste et parfois erronée de la réalité, tout le monde n’étant pas connaisseur de la météorologie. Ce n’est pas parce qu’il y a de la brume ou du brouillard localisé, que c’est synonyme de pollution. Ce n’est pas la couleur qui signale que c’est dangereux.

Pollution_Paris

Mais puisqu’il a été décidé de faire entrer dans la tête du consommateur que toute manifestation fuligineuse était à éradiquer, l’usage des véhicules ne va pas être le seul à pâtir des foudres écologistes. Le Professeur Dautzenberg (président de l’Office français de prévention du tabagisme) a récemment déclaré :

Oui la voiture est une source de pollution mais l’OMS souligne bien que la majorité des morts de la pollution provient de la pollution intérieure des maisons, en particulier les mauvaises ventilations. Tous les gens qui font des feux de bois dans les cuisines sans aérer (…) Bien souvent l’air est plus pollué dedans que dehors. Chacun peut considérablement baisser la pollution de l’air en ce qui le concerne : ne pas faire de feu de bois, c’est lutter contre la pollution de façon beaucoup plus efficace que de rouler de 70 à 60 sur le périphérique.

Il va donc falloir se préparer à être regardé de travers lorsqu’on allumera un barbecue l’été ou que l’on se réchauffera d’une bonne flambée l’hiver : il n’est désormais plus écologiquement correct d’utiliser le bois comme combustible. Ou plutôt, il ne faut pas que vous puissiez l’utiliser sans contrôle de l’État. Ainsi, fini les cheminées ouvertes et les vieux poêles à bois, il vous faudra acheter des poêles équipés de nouveaux filtres à particules, sous peine probablement de taxes en cas de non-respect de la législation nouvelle.

Enfin la fumée ne sort pas que des pots d’échappement et des cheminées, mais aussi des bouts de cigarettes, et comme le remarque très à propos le même Professeur Dautzenberg :

Il y a encore des gens qui fument dans leur domicile, ce qui est une source de pollution massive.

Le fumeur, déjà exclu des zones publiques pour qu’il n’affecte pas par son vice la santé des braves gens, pouvait encore s’adonner à son coupable plaisir dans le seul espace de liberté qu’il lui restait : son chez-soi. Hélas, coupable encore, il devrait pour bien faire, sortir fumer à l’extérieur. On se doute bien que le fumeur, déjà bien averti sur les risques multiples qu’il court avec son mégot, n’est pas particulièrement sensible au fait qu’il puisse polluer son petit chez lui. Qu’à cela ne tienne : en alertant toute la population, on va s’assurer que d’autres veilleront pour lui à ce qu’il adopte un comportement adéquat.

Toutes ces informations sur la pollution seraient bien utiles si elles étaient accompagnées d’incitations ou de valorisations : on pourrait expliquer au fumeur l’intérêt pour sa santé ou son bien-être personnel, prouver scientifiquement que ce sont bien les cheminées parisiennes qui font tousser les petits enfants. Au lieu de cela, on se met à pointer d’un doigt accusateur ceux qui font des feux, fument ou roulent comme s’ils allaient tuer les autres par leur geste. Si vous n’avez pas conscience d’être un danger, les autres se chargeront d’y penser pour vous. C’est pour mieux s’assurer de la collaboration d’éventuels délateurs, d’autant plus zélés qu’on les aura convaincus que leur vie est en danger.

Ça ne vous rappelle rien ?