Arnaud Montebourg, quand le redressement productif s’effondre

Arnaud Montebourg (Crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Il a fallu attendre un gouvernement de gauche et un ministre aux accents anti-mondialisation pour que les plus grands groupes privés viennent se faire servir la soupe comme jamais. Retour sur l’affaire du rachat de SFR.

Par Pierre Duriez.

Arnaud Montebourg (Crédits Philippe Grangeaud-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Depuis bientôt deux ans, le sport national est devenu le démontage en règle du ministère du Redressement productif. Enfin quelque chose de bien « made in France », mais qui ne plaît pas forcément à un Arnaud Montebourg victime de bien des railleries et d’acerbes commentaires. Pour la défense des nombreux pratiquants de ce nouveau sport à la mode, il faut dire que le ministre donne le bâton pour se faire battre. Dernier exemple en date : le soutien éhonté de Montebourg en faveur du rachat de SFR par Bouygues.

Le chômage ne baisse toujours pas en France, sauf quand SFR oublie d’envoyer des textos de relance aux inscrits de Pôle emploi. Cette vraie-fausse mésaventure ne devrait pas se reproduire car SFR va bientôt entrer dans le giron de Numericable après une âpre lutte contre Bouygues. Nouvelle structure donc, pour un meilleur service. Certainement ! Nouvelle structure et fin de partie pour un Gouvernement qui ne pourra plus compter sur des bugs organisés. Carrément !

Mais notre ministre improductif fait tout pour qu’une telle « tragédie » ne se produise pas. De déclarations fracassantes à la presse à l’utilisation de méthodes dignes de Poutine, tout est bon pour pourrir Numericable et contribuer à un rapprochement entre SFR et Bouygues qui ne veut décidément pas se faire. Malgré une campagne intense de la part du ministre, de Martin Bouygues et d’agences de communication sur les dents depuis deux semaines, ils ont tous fini sur les rotules. Aïe ! Ça fait mal ! Surtout pour un ministre qui accumule les échecs et est royalement ignoré par Vivendi – maison mère de SFR – qui n’a aucun compte à rendre à un Montebourg en quête perpétuelle d’espace médiatique.

Non content d’avoir été mis sur la touche, Arnaud Montebourg fait maintenant en sorte de flirter avec l’illégalité et d’entrer complètement dans l’immoralité. Redressement fiscal lancé contre Numericable et son PDG qui a le malheur de résider en dehors de l’Hexagone. Deux redressements pour le prix d’un, c’est ça la patte Montebourg ! Les Français croyait avoir un ministre de l’industrie, ils se retrouvent avec une pervenche en chef ! Un entrepreneur met plusieurs milliards sur la table, il est pris en chasse par Bercy ! On a connu stratégie plus productive pour ramener les emplois en France…

Fier chevalier sans armée, Montebourg croit avoir déniché l’arme de destruction massive, celle qui forcera le donjon de SFR et permettra à ses amis de Bouygues d’en récolter les fruits : la Caisse des dépôts et consignations. À en croire le ministre, la Caisse des dépôts serait disposée à prêter main-forte à Bouygues en lui prêtant des fonds nécessaires alors que Vivendi vient de lui claquer la porte au nez. Noble geste, mais bien loin de la mission première « d’intérêt général en appui des politiques publiques conduites par l’État et les collectivités territoriales et peut exercer des activités concurrentielles » que se doit de remplir la Caisse des dépôts…

Pas certain que les Français soient d’humeur chevaleresque sachant au passage que l’intervention de la Caisse des dépôts dans cette affaire serait vraisemblablement perçue comme une aide d’État illégale. Illégale et donc sujette à une amende adressée par la Commission européenne à la France. Une amende de plus ou de moins pourrait-on penser… Sauf que payer pour une faute commise par autrui, ça rend nerveux, hein ?!

Il fallait donc attendre un Gouvernement de gauche et un ministre aux accents anti-mondialisation pour que les plus grands groupes privés viennent se faire servir la soupe comme jamais. Martin Bouygues n’a plus à s’inquiéter du départ de Nicolas Sarkozy, il a trouvé en Montebourg, son idiot utile prêt à déplacer des montagnes pour lui faire plaisir. Il est pas beau le « redressement made in socialiste » ?

Mais qu’est-ce que Montebourg est venu faire dans la galère du Redressement productif ? Celui qui avait obtenu 17 % aux primaires socialistes sur le thème de la démondialisation n’est ni équipé intellectuellement pour répondre au besoin de réindustrialisation de la France, ni économiquement au niveau pour comprendre le phénomène de la concurrence. Concurrence ? C’est bien ce que veut tuer dans l’œuf Arnaud Montebourg. Lorsqu’il s’en est pris à Free, c’était parce que la concurrence dans les télécoms devenait trop grande et que les prix baissaient trop… Les 17 % d’électeurs qui l’ont suivi dans sa croisade contre la mondialisation n’avaient certainement pas compris que cette lutte se faisait au profit d’une hausse des prix pour les consommateurs et d’une augmentation des profits pour les entreprises privées.

Comme Saint-Thomas, les Français ne croient désormais que ce qu’ils voient, même si avec le ministère du Redressement productif, on se pince fort pour vérifier la réalité des choses. Lorsqu’il insulte les entrepreneurs étrangers tel un marchand de tapis : « T’aimes pas ma politique ? Bah casse-toi de chez moi », on comprend que les entreprises réfléchissent à deux fois avant de s’installer en France. Encore une stratégie payante pour celui qui pourrait gagner haut la main le concours Lépine de la contre-productivité… ! Mais qui sait ? Peut-être parviendrons-nous à vendre au reste du monde la contre-productivité comme un produit made in France, labellisé Montebourg, bien sûr…

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