La dernière étude de Séralini : dépubliée avant même d’être publiée ?

La dernière « étude » de l’équipe de Séralini n’a toujours pas été publiée, tandis que la campagne médiatique n’a pas vraiment pris.

Par Wackes Seppi.

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Médiatisation précoce, publication tardive

Comme nous l’avons relaté sur ce site, l’équipe de M. Gilles-Éric Séralini a commis une nouvelle « étude », « Major pesticides are more toxic to human cells than their declared active principles ».  Elle prétendait démontrer que les pesticides en formulation étaient des centaines de fois plus toxiques que les matières actives. Comme d’habitude, la publication incluait une mise en cause des procédures d’autorisation : « En conclusion, nos résultats mettent en doute la pertinence de la Dose Journalière Acceptable parce qu’elle est calculée à partir de la toxicité de la seule matière active in vivo. Un « facteur adjuvant » de réduction d’au moins 100 peut être appliqué au calcul actuel de la DJA si cela est confirmé par d’autres études in vivo ». Un facteur 100 ! Comme ça ! Sorti de la manche !…

L’« étude » devait être publiée dans Biomed Research International du groupe Hindawi. Elle a fait l’objet d’une publication préliminaire, postée par Hindawi dans un recoin de son site. Et la campagne médiatique a été lancée dans la foulée par M. Séralini, avec la complaisante assistance de l’AFP ; elle incluait l’inévitable Mayday ! Mayday ! de Générations Futures.

Las ! Deux semaines après, l’article n’est toujours pas publié.

Mais il y a mieux. Apprenant la publication (qui devait être prochaine) de l’article, le Prof. Ralf Reski, de l’Université de Fribourg-en-Brisgau, a démissionné avec fracas de son poste d’éditeur de la revue Plant Evolution. Son courriel de démission a été parfaitement clair : « Je ne veux pas être lié à un journal qui offre une tribune [à M. Séralini] pour ce genre d’agitation ».

M. Reski a dit qu’il ne peut pas juger de la valeur de l’article, mais que tout article de M. Séralini devrait être vérifié avec une attention accrue et qu’à elle seule la chronologie (six semaines seulement entre la soumission et l’acceptation de l’article…) avait suffi à le rendre suspicieux.

Message reçu par la maison d’édition. Selon un gazouillis de M. Reski, elle l’a remercié pour sa réaction et a promis de revoir la chose de plus près (« to look closer at this one »).

À notre humble avis, ça sent le roussi.

Harcèlement industriel

La publication était difficilement accessible et la campagne médiatique n’a pas vraiment pris. On ne sera donc pas surpris si elle n’a pas soulevé le même tollé que l’infâme article précédent. Mais il y a quand même eu des remarques acerbes.

M. Michael Coleman, toxicologue à l’Université Aston de Birmingham, considère qu’il y a « des problèmes en termes de conception et d’exécution de l’étude, ainsi que du point de vue du ton général de l’article ». M. Martin van den Berg, toxicologue à l’Université d’Utrecht, est plus précis : « Tout est toxique à forte concentration ; la question est de savoir si la toxicité est pertinente aux niveaux auxquels nous ingérons ces agents. Ce papier ne traite pas du tout de cette question ». Et aussi : « Les paramètres observés sont si généraux que nous pourrions probablement trouver la même toxicité avec du jus de citron ou de l’extrait de pamplemousse ».

Réponse de M. Séralini : « Je vois là les remarques de l’industrie »…

Certainement pas celle qui a financé ses travaux !

Et pendant ce temps là… les pétitions !

Et pendant ce temps là, les pétitions de soutien à l’équipe Séralini poursuivent leur chemin, cahin caha. Des pétitions hilarantes pour des esprits correctement formatés…

img contrepoints101 SeraliniAu moment où nous écrivons, celle lancée sur le site de l’Institute of Science in Society dès le retrait de la publication, fin novembre 2013, vient de dépasser les mille signatures de chercheurs et prétendus chercheurs et a atteint les 2.800 signatures de béotiens. Elle prétend que le retrait de l’article sur les rats viole la science et l’éthique – rien que ça. Et les signataires s’engagent à boycotter Elsevier… On tremble pour la maison d’édition !

Parmi les signataires on notera M. Robin Mesnage, co-auteur de l’étude dépubliée ; M. Christian Vélot, dont on soulignera, sans ironie aucune, la constance (d’autres amis de M. Séralini se font bien petits !) ; et la célèbre « écoféministe » Vandana Shiva qui se présente ainsi (mot à mot) : « Ph D physique quantique lauréat du Right Livelihood Award nombreux autres prix titres honorifiques de nombreuses universités dans le monde entier, Directrice de Navdanya, New Delhi, Inde ».  N’en jetez plus1 !

Dans les signataires il y a (ou avait) aussi quelques personnages célèbres, dont Bruce Banner, alias l’Incroyable Hulk

Une autre a été lancée sur un site ad hoc le 29 janvier 2014, endsciencecensorship, prétendument par un groupe de citoyens et de scientifiques préoccupés. Ou peut-être faut-il lire « citoyens et scientifiques » en postulant qu’il peut y avoir des scientifiques qui ne sont pas citoyens ? En tout cas, l’éditrice du site est Mme Claire Robinson, qui gère aussi GMWatch.org et GMOSeralini.org, et contribue à EarthOpenSource.org. La liste des 41 lanceurs de pétitions est un bel extrait du Gotha de l’anti-ogmisme (elle comprend M. Christian Vélot) et la liste des signataires suivants n’est pas mal non plus. Elle en est à 128, au total.


Sur le web.

  1. Il y a une formidable recension de son « Staying Alive: Women, Ecology and Development » ici.