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La France compétitive, c’est maintenant ?

Publié le 25 février 2014
- A +

Par Yann Henry.

compétitivitéFrançois Hollande doit se rendre à l’évidence, il a échoué à inverser la courbe du chômage. De manière symptomatique, la rhétorique de la « baisse tendancielle de l’augmentation du nombre de chômeurs », invoquée en son temps par Nicolas Sarkozy, raillée par le candidat François Hollande, a été reprise par le gouvernement actuel. Celui-ci exprimait par la voix de Michel Sapin, Ministre de l’Emploi, sa satisfaction de passer de « plus de 30 000 chômeurs supplémentaires par mois » au premier trimestre à « 5 500 au troisième trimestre ».

Face à cet échec, le président français semble vouloir changer de tactique en admettant l’importance de la compétitivité des entreprises françaises pour qu’elles créent des emplois. Peut-être son pacte de responsabilité est-il un moyen cynique pour lui de se défausser sur les entreprises de son échec futur ? Ces dernières seront alors responsables des mauvais chiffres du chômage. Mais peut-être a-t-il (enfin) réalisé que les entreprises sont un allié nécessaire pour créer des emplois et que la politique du gouvernement depuis le début de son quinquennat agissait comme un véritable repoussoir pour les investisseurs potentiels. Ainsi Les Échos publiaient le 19 décembre un « manifeste des entreprises étrangères ». Dans celui-ci, cinquante patrons de filiales de grands groupes internationaux y tiraient la sonnette d’alarme, expliquant que « depuis quelques années, [ils avaient] de plus en plus de mal à convaincre nos maisons mères d’investir et de créer des emplois en France ».

Il ne s’agit pas d’un sentiment diffus, mais basé sur des faits. En effet, les indicateurs défavorables se multiplient et l’image de la France auprès des investisseurs étrangers est terriblement dégradée, comme l’explique fort bien Nicolas Doze.

À la fin du mois de janvier était publié un rapport de la CNUCED, dont un chiffre eut un certain retentissement médiatique : les investissements directs étrangers (IDE) vers la France avaient chuté de 77% en 2013. Bien sûr, cet indicateur est imparfait et volatil. Comme le note justement l’agence française pour les investissements internationaux dans son rapport annuel 2012 :

« Cette statistique, cependant, est peu adaptée à la mesure des flux d’investissements physiques, directement créateurs d’emplois et de capacités productives, pour deux raisons principales :

  1. elle intègre d’autres opérations que l’investissement physique (acquisitions, rapatriement de bénéfices, transferts de trésorerie, flux financiers inter-groupe…) ;
  2. elle ne rend pas compte de certains investissements physiques qui sont financés non par des flux d’IDE mais par d’autres sources (levées de fonds sur les marchés locaux notamment). »

Ainsi, une entreprise étrangère qui se finance sur le marché national des capitaux  ne génèrera aucun IDE, à l’inverse de celle qui préfère faire appel à sa société-mère.

Mais cet indicateur n’est pas isolé : quand on étudie les classements mondiaux sur l’environnement économique et la compétitivité, on s’aperçoit malheureusement que la France décroche de plus en plus. Regardons ainsi quelques-uns des plus connus.

D’après le baromètre Ernst & Young de l’attractivité de la France 2013, cette dernière est désormais distancée par le Royaume-Uni et l’Allemagne :

compétitivité 1

Plus grave, la taille des investissements liés est de plus en plus modeste : seules 10 500 créations d’emplois sont associées à ces projets, soit une baisse de 20%.

La France est à la 23ème place dans le dernier classement du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Sa position s’est donc encore dégradée de 2 places par rapport à l’année dernière, où pour la première fois elle n’apparaissait plus dans le top 20 de ce palmarès qui a trente ans d’existence.

classement WEF

La France est particulièrement mal placée concernant la lourdeur des réglementations (137ème) et le niveau d’imposition (134ème).

La France gagne une place dans le classement de Lausanne qui compare 60 pays selon leur compétitivité. Sur le long terme, la tendance est toutefois largement négative puisque la France était 21ème en 19971. Tout l’inverse de l’Allemagne, 16ème à l’époque et désormais 9ème.

IMD World Competitiveness Rankings 2013
Source : IMD World Competitiveness Rankings 2013.

 

Rajoutons à cela les classements peu glorieux à l’indice de liberté économique de l’Heritage Foundation (70ème sur 178), de l’Institut Fraser (40ème sur 152) ou au Doing Business2 de la Banque Mondiale (38ème sur 189).

À ces indicateurs s’ajoutent les discours contre-productifs. Il sera ainsi difficile de faire de la France une terre d’innovation avec un ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, qui manifeste une telle hostilité envers celle-ci, comme lors de la récente conférence LeWeb réunissant des entrepreneurs de ce secteur. À un spectateur qui l’interrogeait sur le « gouvernement français [qui ferait] plus pour défendre les intérêts enracinés des industries établies plutôt qu’aider les compagnies innovantes », le ministre répondit naturellement que « lorsque l’innovation détruit un système, on doit aller lentement ». Comment attirer les innovateurs avec un tel discours ?

L’attractivité de la France semble décliner dangereusement si l’on en croit la batterie d’indicateurs négatifs. Il semblerait toutefois que François Hollande souhaite s’engager pour faire changer d’avis les investisseurs. En effet, après avoir proposé le pacte de responsabilité aux entreprises, le président français a reçu le 4 février une délégation de patrons d’entreprises étrangères installées en France en préparation du conseil de l’attractivité qu’il a présidé le 17 février. S’agit-il d’un début de prise de conscience que la bataille de l’emploi ne peut se gagner qu’avec les entreprises, et non contre elles ? Nous en saurons sans doute bientôt plus sur les réelles intentions du président français qui devra passer de la parole aux actes.


Sur le web. Publié initialement sur 24hGold.

  1. Il n’y a que deux pays, les Émirats Arabes Unis et le Qatar, qui ont été intégré depuis au classement et qui précèdent la France.
  2. Doing Business présente des indicateurs quantitatifs sur les réglementations des affaires et sur la protection des droits de la propriété.
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  • Il est stupéfiant de voir des gens ayant fait des études… continuer de s’interroger doctement sur un « changement », un « revirement » chez François Hollande.

    Car enfin… que valent des mots face à des actes ?

    Rien.

    Donc d’un côté, l’engeance Hollande dont le cerveau fait des bulles qui sortent ensuite de sa bouche… de l’autre :

    -l’adoption définitive de la « Loi Florange »

    -et le vote de la loi encadrant… les « stages », créant des nouveaux « droits » (genre la stagiaire… enceinte)

    Et ce ne sont que deux exemples -édifiants- en moins de 48 heures…

    Bref, arrêtons de tomber dans le panneau de la « com' », arrêtons de perdre notre temps à faire l’exégèse de ce que racontent ces crapules… et analysons plutôt froidement les faits, les données et passons à la contre attaque pour nous libérer de ces cliques, de ce pouvoir corrompu.

    • Et je suis content de vous lire, car ceci rejoint un petit peu mon commentaire ci-dessous. Il n’y a aucun changement chez Hollande, ce n’est qu’un petit politicien opportuniste. Je ne comprends pas pourquoi les gens s’acharnent à vouloir voir chez lui une révolution turbolibérale.

      • ce ne sont pas les gens, ce sont les médias aux ordres

        • @ bobomede

          Les médias répondent a une demande de la majorité.

          croire que la majorité = peuple légitime influencé par les médias, les forts, le complexe militaro-industriel, Rosewell, les illuminati, … est le terreau même de qui nous arrive

          Creusez encore @bobomede ! y a encore du fond

          • D’un autre côté, il n’a pas totalement tort. On ne mord jamais la main qui nous nourrit. La presse mainstream, incontestablement, fait partie du problème. Et ce dernier est loin d’être binaire, ou à uniquement trois variables.

    • Dites les gars, vous ne connaissez pas le procédé rhétorique qui consiste à faire croire d’abord qu’on épouse un point de vue pour mieux lui opposer des faits qui vont le contredire ??…

    • 100% d’accord

  • Quelques petites observations modestes sur votre article, qui, s’il est, à mon sens, clair et sourcé, n’en soulève pas moins des questions.

    Ce qui m’a profondément interpellé est ceci : « Peut-être son pacte de responsabilité est-il un moyen cynique pour lui de se défausser sur les entreprises de son échec futur « ?
    Et, tristement, je pense que vous avez raison. Observez-donc les commentaires des internautes sur les paléo-médias comme le Monde ou Libération, et même le Figolu, et vous pourrez aisément vous rendre compte que, dans cet inepte et insipide pacte de responsabilité, les gens n’y voient que des cadeaux aux patrons, de l’exploitation, du MEDEF qui contrôle le monde et le tout saupoudré d’un peu de finance internationale apatride.
    En ce sens, oui, je pense qu’il va se défausser de sa responsabilité sur les entreprises, dont beaucoup n’ont rien demandé et ne sont pas partie des arrangements entre des partenaires sociaux aussi représentatifs que ma lampe de chevet.

    A ceci, j’ajoute cet article du monde : http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/02/25/pacte-de-responsabilite-des-pistes-pour-creer-jusqu-a-300-000-emplois_4372733_1698637.html

    On peut y lire certaines prescriptions, comme, notamment, augmenter la CSG. Ce qui se traduit instantanément, dans l’esprit inculte économiquement des français, en : « Hollande fait des cadeaux aux patrons de partout et nous on paie plus d’impôts snifff ouin sniff prout prout sniff ». Et ici, les entreprises sont encore discréditées.

    Au niveau communicationnel, c’est loin d’être idiot.

    Par ailleurs, légère parenthèse, je suis en faculté de droit et j’ai eu l’occasion de parler et d’entendre parler certains de mes professeurs, du genre communiste refoulée des années 60. En très grande majorité des professeurs de science politique, et non des juristes, passés par les GraaAaandes écoles style Science Posé-à-ne-rien-foutre ou autres. Hé bien pour tout vous dire, Hollande, au moins dans une partie du monde universitaire, est devenu un libéral à réactions autopropulsé.

    Ce pays est fou.

  • Allons un classement ou il y a avant nous l Arabie Saoudite et le Qatar est forcément bidon.

    Technique de L autruche -:)

  • je vous cite:
    L’attractivité de la France semble décliner dangereusement…
    Non, définitivement !!

    Le président français a reçu le 4 février une délégation de patrons d’entreprises étrangères installées en France..
    Ce n’est pas comme ça qu’on améliore quelque chose, mais en instituant des règles incitatives pour tous, pas pour servir la soupe a des gens déjà sur place et qui cherchent des subsides.

  • Le seul moyen d’arrêter nos politiciens : un seul mandat autorisé, pas de réélection possible.
    Là ils auraient moins peur de fâcher l’électorat et penseraient avant tout à l’image qu’ils laisseraient dans l’histoire, et favoriseraient donc la réforme.

    •  » ils penseraient avant tout à l’image qu’ils laisseraient dans l’histoire  »

      ils s’en foutent de l’histoire, dans l’histoire ils seront tous morts !

      en outre, ça ne changerait rien: ils voudront rester dans l’histoire comme celui qui à le mieux « protèger « les français…
      un peuple qui dégènère ne gènère pas des politiciens glorieux, mais des charles 4 d’espagne…

      • Ils s’en foutent de l’histoire, mais pas de leur image. Et en général un président qui n’a rien fait, n’a rien réformé et se complaisait dans la stagnation et le déclin c’est mal vu…Suffit de voir Brejnev en Russie ou Jacques Chirac en France.

    • SweepingWave: « Le seul moyen d’arrêter nos politiciens »

      Les transformer en serviteur du peuple plutôt qu’en petit roitelet.
      Démocratie directe, le peuple vote les lois comme dans les démocraties les plus libérales.

  • Les commentaires sont fermés.

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