La France, une démocratie ?

La France, une démocratie ? On peut se poser la question lorsque l’on constate le fossé profond creusé entre le peuple et les autorités le représentant.

Par Marc-André Chargueraud.

assemblée nationaleL’École Nationale d’Administration (ENA) a pour mission de former les corps de hauts fonctionnaires. Or ils occupent aussi la majorité des postes gouvernementaux. La séparation des pouvoirs entre l’administration et l’exécutif n’est pas respectée.

Les représentants de la fonction publique  sont surreprésentés à l’Assemblée nationale qu’ils dominent. L’explication est connue. Pour eux, se présenter aux suffrages ne comporte aucun risque. Le fonctionnaire en fin de mandat électif retrouve son emploi. Il n’en va pas de même pour les dirigeants d’une entreprise ou pour l’agriculteur qui a quitté sa ferme ou le commerçant qui s’est retiré de son établissement…

Comme la plupart des démocraties, la France a une chambre haute, le Sénat. Ses membres représentent les unités territoriales et sont élus au suffrage indirect par les élus locaux. Ailleurs les deux Parlements doivent approuver toutes nouvelles législations. En France, un vote négatif du Sénat n’est dans les faits que consultatif. En dernier ressort, c’est l’Assemblée Nationale qui décide.

Bien qu’élue au suffrage universel, l’Assemblée Nationale ne représente pas l’ensemble de la nation. Le système électif majoritaire élimine de fait des partis qui représentent moins de 10% de la population. La prime donnée au parti qui réunit le plus de voix lui permet d’être majoritaire au Parlement, même s’il ne représente que 20 ou 25% de suffrages.

Une majorité des électeurs se sentent ignorés. Ils ne sont pas ou mal représentés à l’Assemblée Nationale. Leurs élus territoriaux au Sénat sont dépourvus de tout pouvoir décisionnel. Le Parlement et le gouvernement sont dominés par les membres de la fonction publique. De nombreuses réformes urgentes sont ainsi bloquées. Un désenchantement du peuple envers les « politiques » en résulte. La crise grave que le pays traverse et les sacrifices qu’elle demande  pousse ce mécontentement à son paroxysme. La multiplication des grèves et des rébellions locales en attestent. Pour sortir de cette impasse dangereuse, il faudrait que les groupes politiques dominants aient le courage de décider de reformes qui restaurent la confiance du peuple envers ses dirigeants.


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